pied noir

Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 
APPEL DE COTISATION 2021-2022 L ABEO LE BLOG COURONNE DES ROIS LE 30 JANVIER 2022 LE BLOG DE L ABEO JE VOUS PRESENTE MES MEILLEURS VOEUX POUR CETTE NOUVELLE ANNEE A TRES BIENTOT CHRISTIAN

Liste des messages

De : Azouz abdelmmaekEnvoyer un mail

Le : 16/10/2021 12:58

Bonjour je vous écris pour parler de ma mère qui apparaît sur l'une des photos de classe de l'école Léon roches au nom de Mouchouka fatiha entre 54 et 60, et je souhaiterais par la même occasion savoir si vous avez une page Facebook à cet effet en vous remerciant pour tous les efforts afin de raviver la mémoire de nos parents...

 

De : larianeEnvoyer un mail

Le : 09/10/2021 15:27

bonjour svp je veut des photos enciens climat de France et Scotto Nadal merci beaucoup

 

De : Llinares jacquesEnvoyer un mail

Le : 08/10/2021 16:40

Pour Natalie Clet,la caserne s'appelait d'Orleans le quartier les tagarins sur les hauteurs de Bab el oued à coté de la prison Barberousse et le cimetiere arabe d'el ketar.

 

De : AZAM DanielEnvoyer un mail

Le : 08/10/2021 14:06

A l'attention de Nathalie LE CLET
Il s'agit vraisemblablement de la caserne de Tagarins qui se situait sur les hauteurs d'Alger vers Bab el Oued.Recherchez sur Internet...
Cordialement

 

De : LE CLEI NathalieEnvoyer un mail

Le : 08/10/2021 09:05

Bonjour, je suis sur les traces d'un de mes ancêtres qui fut gendarme à cheval en Algérie dans les années 1840-50. Il a fini sa carrière à Alger dans une caserne de gendarmerie située dans un faubourg dont je n'arrive pas à identifier le nom avec exactitude (quelque chose comme SABARIN me semble-t-il ?). Pourriez-vous m'aider à retrouver le nom de cette caserne et son emplacement, ainsi que d'autres précisions ou photos si possible ? Grand merci pour votre aide.
Bien Cordialement

 

De : ABEOEnvoyer un mail

Le : 06/10/2021 10:32

Parce que chaque décès est une douleur, dont nous ne pouvons nous résoudre, parce que chaque ami qui part, laisse un vide immense, emportant à chaque fois, une part de nous, une part de notre vie, une part de notre passé, c’est avec le c½ur bien lourd que j’annonce le décès de Hervé Cuesta.

Qui ne connait son dévouement à la cause de ses compatriotes Pieds-Noirs, et son extrême disponibilité pour dénoncer les injustices, comme avec son association " Le Non au 19 Mars", qui veut tant dire de combats et de déceptions, pour faire reconnaitre la seule vérité de ce marché de dupe qu’était ce cessez le feu.

Nous ne le verrons plus le 26 Mars pour la fusillade d’Alger, pour le 30 Aout Journée Mondiale des Disparus, et à tant d’autres rendez vous où il répondait "Présent".

Il est parti le 2 Octobre, après avoir succombé à une maladie implacable et cruelle.
Je perds et nous perdons tous, un fidèle ami, dévoué à notre Histoire. Notre chagrin est immense.

Nous avons une pensée pour sa famille éplorée, à qui nous adressons nos plus sincères condoléances attristées.

Les funérailles d’Hervé Cuesta se dérouleront le 8 Octobre 2021 à 15heures au funérarium de Cuers (Var)

de la part de François PAZ Administrateur du CLAN-R avec qui je m'associe René SANCHEZ

 

De : Christol SergeEnvoyer un mail

Le : 03/10/2021 17:31


La Kemia.
Un bar réputé pour la kemia,c'était: le Penalty,situé avenue de la Bouzareah,
sous le cinéma Trianon(devenu par la suite un monoprix).
Il fallait parfois faire la chaine dehors pour attendre qu'il y ait de la place
à l'interieur.
Comme dirait l'autre:rien que d'y penser,l'eau à la bouche elle me vient.
Amitiées à tous...

 

De : André TrivèsEnvoyer un mail

Le : 02/10/2021 08:59

Après les cafés de Bab el Oued d'hubert, une réflexion que vous trouverez dans mon dernier ouvrage : " QUAND LES PEUPLES D'ALGERIE ETAIENT FRERES ",


La tradition de la kémia : une invention née à Bab el Oued 

Dès les années 1872, une tradition voyait le jour pour assoiffer un peu plus la clientèle : les patrons de bar avaient trouvé une idée géniale permettant en même temps de rassasier l’appétit des consommateurs tout en remplissant leur tiroir-caisse ; ils proposaient à volonté et gracieusement des assiettées d’amuse-gueules salés et pimentés. L’idée fut excellente et le chiffre d’affaires s’en ressentit immédiatement. Il fallait boire et reboire pour étancher la soif et adoucir les ardeurs épicées.
Des préparations culinaires très riches en saveurs, pimentées et poivrées, destinées à titiller les papilles et à provoquer la soif et une petite faim, s’alignaient sur les comptoirs et ne laissaient la gourmandise de personne indifférente. Difficile de résister à un choix aussi appétissant. L’abondance sur les comptoirs régalait tous les palais et perdait sa notion de péché de gourmandise devant l’Éternel… Des raviers remplis à ras bord déclenchaient une fringale collective insatiable à l’heure de l’apéro. Ils étaient composés de tramous (lupins), d’olives cassées pimentées, de variantes, de petits oignons et de poivrons au vinaigre, de cacahuètes salées, de pommes de terre épicées en salade, de salade de poulpe, de moules et de sardines en escabèche, de pois chiches grillés (blibli), de fèves au cumin, de branches de fenouil, de courgettes en beignet, de cocas à la soubressade ou à la tchoutchouka, de beignets de sardines et de calamar (calmar ou encornet), de fritures de petits rougets ou de « mange-tout », de sépia au noir (seiche dans son encre) ou d’escargots en sauce piquante. Chaque soir, la mise en appétit gargouillait de plaisir dans les estomacs et déversait la cascade de « Bérard » dans les gorges desséchées. Il ne serait venu à l’idée de personne au retour du travail, de rentrer à la maison directement sans faire une halte dans un estaminet et retrouver les amis du quartier. 
Dans tous les bars de Bab el Oued, la « kémia », un mot arabe traduisant l’abondance et la quantité devint une tradition. L'apéritif entre amis ne pouvait se concevoir sans grignoter la kémia du patron.
Pour oublier la fatigue de la journée de travail dans les carrières, les ouvriers se retrouvaient en fraternité en soirée autour de quelques tournées d'anisette pour partager un moment de convivialité. La coutume se perpétuait de génération en génération. Ces moments festifs se déroulaient souvent dans une ambiance musicale collective survoltée et pleine d’émotion.
Emportés par les chants traditionnels de leur Espagne repris en ch½ur, ces forcenés du boulot ne pouvaient trouver meilleure manière pour entretenir la nostalgie du pays. La clientèle, subjuguée par les accords d’une guitare, accompagnait la rengaine d’un flamenco en claquant le creux de leurs mains. Lorsque la salle reprenait en c½ur « Si vas à Calatayud », nombreux, pris par l’émotion, cadençaient le rythme de ce paso doble en tambourinant le dos de deux cuillères, à la manière d’une paire de castagnettes.
L’ambiance musicale retrouvée en soirée dans la cantina au retour du travail restait le moment privilégié le plus attendu avant de rentrer à la maison.
Ces exilés avaient compris que le vivre ensemble dans la joie et la bonne humeur pouvait atténuer les épreuves les plus difficiles et donner le baume au c½ur nécessaire pour poursuivre l’aventure. Peu importait la misère du moment et l’importance de la mouscaille dans laquelle le destin les avait embrigadés ; le passé misérable vécu dans leur Espagne les avait habitués.

 

De : Antoine/Tony BILLOTTAEnvoyer un mail

Le : 28/09/2021 18:22

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extrait de "IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED" de Hubert Zakine.

LES CAFÉS

Le café de Bab El Oued ne possède pas pour vertu première d’étancher la soif de ses clients mais de servir de lieu de rassemblement aux hommes du faubourg, de prolonger l’amitié de l’enfance par la permanence des rencontres.
On y revit sa jeunesse radotée par d’anciens « chitanes » qui se sont écorché les genoux dans les mêmes rues avoisinantes. Mus par un besoin de reconnaissance, nul ne s’aventure à franchir le seuil d’un établissement qui ne parle pas à ses jeunes années. Quel intérêt peut bien exciter la curiosité d’un futur adulte en mal de repères dans un lieu où rien ni personne n’invite à « taper » la belote, la ronda ou la manille ? Où la grande claque dans le dos en guise de bonjour demeure lettre morte, où le regard-girophare ne croise que des visages entraperçus au cours d’un paséo ou d’un match de football inter-quartiers. En effet, la fréquentation d’un café ne dépend que de l’amitié partagée avec autrui, camarade de classe, de jeunesse, de travail ou bien de sport. La boisson ne tire son épingle du jeu que par ricochet car ici, on n’entre pas dans un café en adepte de la « tchitchepoune-mania 1» mais en habitué d’un cercle d’amitié, l’homme de Bab El Oued s’oxygénant chaque jour le c½ur et l’âme à la fontaine de jouvence choisie selon des critères bien définis.
Le soir, après le travail ou le dimanche matin, sitôt le petit déjeuner avalé, l’homme du quartier retrouve les gestes naturels d’antan auprès d’anciens camarades de jeux, coéquipiers sportifs, élèves d’une même classe ou les trois à la fois. C’est un besoin viscéral qui le prend par la main pour guider sa mémoire dans les allées de sa jeunesse à peine évanouie. Une farouche envie de perpétuer une amitié que l’Orient teinte d’éternité.
Quoi de plus envoûtant, de plus sensuel que de tremper ses doigts dans une khémia d’anchois ou d’olives, de petite friture ou de tramousses en évoquant des souvenirs partagés par la complicité des culottes courtes? Quoi de plus enrichissant que de « taper une belote » à l’ombre d’une amitié d’enfance aperçue au travers d’un papier rose bonbon, quand le visage poupin transparaît sous la barbe naissante et que défilent les années éblouissantes, les genoux écorchés et les bagarres pour « de faux ». Avec cette certitude inébranlable de vivre ce bonheur simple aux côtés de gens simples, simplement, sans raison que cela s’arrête un jour ou l’autre, bercé par le chant du voisinage, de la famille et de l’amitié.
Contrairement aux brasseries de la ville, Tantonville, Milk Bar et autres Otomatic, les cafés de Bab El Oued n’offrent pas de terrasses aménagées pour le plaisir des yeux, les fameux « conso-mateurs » de jolies promeneuses. L’élément mâle du faubourg ne tient pas en place et il lui semblerait incongru de rester des heures, assis à la même place sans cartes dans les mains. Pour draguer à mort , il préfère s’adosser à la devanture dans une attitude empruntée à Clark GABLE, Marlon BRANDO, James DEAN ou Elvis PRESLEY, éventuellement faire quelques pas avec la jolie petite qui d’un sourire timide l’encourage à pousser plus avant ses investigations.
A l’intérieur du café, les tablées de belote au pays de CAMUS paraissent plus animées que celles de RAIMU. Pour qui ignore la force de la mauvaise foi, véritable institution en ces lieux dits de convivialité, la bagarre générale dans le « saloon » semble imminente alors que fusent moqueries et que crépitent rires de complicité et « tape-cinq » de connivence.
Il faut dire que Bab El Oued réinvente une nouvelle race de cafetiers, toujours aux petits soins avec une clientèle avide de khémia et de bonne humeur. Chaque établissement conserve ses habitués par la variété et la diversité de son comptoir. La sépia au noir, les petits piments rouges, les tramousses, la petite friture, les allumettes aux anchois, les « zitounes », on ne dit pas olives dans le langage pataouête, les parts de calentita, les cacahuètes avec ou sans leurs coques craquantes, les blis-blis, les escargots sauce piquante et mille et unes recettes les plus inventives les unes que les autres, attirent la foule des « goulaffres » , « morfals » et autres « crève-la-faim » du faubourg connus comme des loups blancs pour avaler tout ce qui se présente. Aussi, les patrons de ces auberges du bonheur planquent leur khémia dès qu’ils franchissent le pas de leur porte. Il faut dire que la tentation est forte de goûter à toutes ces fantaisies culinaires très pimentées et salées dont la fonction première est d’assécher le palais. Ainsi se déroule le cycle infernal et divin d’étancher sa soif après « avoir la bouche en feu » et bis répétita. Beaucoup de « tchitchepounes » et autres « kilos », ivrognes en langage pataouête, durent leur état d’ébriété à l’excellence de la khémia avalée qui exigeait d’éteindre le feu de leur bouche par quelques verres d’anisette. Les épouses ne furent jamais dupes et se consolèrent par « l’empressement » de leurs maris au sortir de ces tournées des « pots- pôtes ».
La clientèle sélectionne également son établissement par sa fréquentation et la spécialité de ses services. Au-delà de la khémia qui régale le palais, le sport, le communautarisme, les jeux de cartes, le jacquet, le billard, le ping-foot, ici on ne dit pas Baby-foot, le ping-pong et la musique déterminent le choix des amateurs de cafés.
Affirmer que Bab El Oued manque de ces fontaines de jouvence où l’on chuchote avec un haut-parleur serait pure extravagance. Songez que dès 1837, plus de quatre cents débits de boissons dont plus de cinquante au c½ur du faubourg, accueillent civils et militaires qui combattent la chaleur à leur manière. On y boit jusqu’à plus soif et même au-delà, de la bière, de l’absinthe et une liqueur forte, le « trois-six » bientôt supplantées par un breuvage alcoolisé, anisé et rafraîchissant qui deviendra boisson nationale: l’anisette.
C’est la mode des cafés-concerts à Alger mais Bab El Oued conserve à ses bars et ses buvettes son identité italo-espagnole avec des réminiscences de « machisme ». Une femme de bonne éducation s’interdit de franchir le seuil de ces antres enfumés, « lieux de perdition et de débauche » où sévissent aventuriers et spéculateurs. Malgré la modernisation des esprits, le café conservera cette étiquette de lieu de rassemblement des hommes et même dans les années soixante, les jeunes filles, à l’instar de leurs mères, adopteront le comportement des femmes en pays méditerranéen où
seul, l’homme jouit de certaines prérogatives. En un mot comme en cent, une femme dans un café, c’était « une moins que rien! ».
La nostalgie du pays originel marque de son empreinte la musique échappée des cafés qui tournent résolument le dos au modernisme en diffusant paso dobles ibériques, ritournelles napolitaines ou mélopées judéo-arabes alors que d’autres établissements, apôtres de la jeunesse, s’américanisent aux échos assourdissants d’un juke-box rutilant.
Tout au long des avenues, sur les places, autour des marchés, fleurissent ces débits de boissons où la franche rigolade tient lieu de respiration et les jeux de cartes de sport national. " LE FAISAN D’OR " de Monsieur DENIS,
, le " CAFE VERT " de SCOTTO et ses ping-foot, " MANOLO " et sa khémia réputée dans tout Bab El Oued, le " SELECT " et ses panneaux de résultats sportifs, " L’OLYMPIQUE " et ses supporters de l’A.S.S.E, le "PALACE " de MORAGUES amateur de boxe, la "BRASSERIE MAJESTIC " du réputé COUKA, le " BAR NELSON " de SOLER ex-joueur de l’E.B.O, le " BAR ROYAL " du maltais BUSUTIL, terrible chasseur d’Afrique, le " BAR DE L’ORPHEON " de Félix CARRIO, le " BAR DES MOULINS" d’Antoine PRULON, rendez-vous de tous les " fanfaristes ", le " BAR DE L’AURORE " d’un CERDAN parmi tant d’autres, le " BAR MONDIAL " d’Alexandre POCCESCHI, le " BAR CENDRILLON " de MIRABELLO, le " BAR DES NOBLES ARTS " de RIPOLL, le " CAFE ROBERT ", la " BRASERIE DES AVENUES " tenu par François VICENTE, " LE TRIOLET " de MERCADAL, le " CAFE RICHE " de Sauveur MARCO, supporter enfammé de l’O.H.D, son juke-box et son affichage des photos des rencontres de football de la semaine précédente, rendez-vous des habitués du Majestic, le " JOEL BAR " de la rue Eugène ROBE où s’entassaient les amateurs du cinéma " les VARIETES " lors d’entractes interminables, " chez LOLLO " café qui partageait la clientèle de Guillemin avec la " LA GRANDE BRASSERIE " de " Pépete " SOLIVERES , ses billards français et son fameux " SCOPITONE », le " MADRIGAL " , son juke-box et son flipper, le " CAFE DE LA BUTTE », rendez-vous obligé des gens de la Basseta. , le « JANIL’S », ses escargots sauce piquante et son sous-sol réservé en semaine au ping-pong et le week-end aux surprises-parties, concurrencées par les « boums » de "PROSPER" rue Lestienne et "CARRIO" Place Lelièvre. Et tant d’autres qui évoquent une si grande nostalgie.
Jusqu’aux derniers instants de la présence française, les cafés demeurent le forum par lequel transitent les idées, les espoirs et les peurs. Ils prolongent les débats politiques entamés la veille au soir sur les balcons, les rencontres de football du dimanche précédent, les défis lancés à l’adversaire d’une partie de belote, de ronda, de schkobe, de manille ou de poker ; théâtres de concours de billards, de ping-foot, de flipper où la tricherie et la mauvaise foi jouent des coudes pour s’affirmer le meilleur ; refuges contre la solitude et soutien contre l’adversité, ils font un pied de nez à la morosité et au découragement ; la bonne humeur et l’entrain s’y invitent sans façon, sans ambiguïté, simplement, avec la recherche de l’amitié pour seul alibi.
En résumé, on n’entre pas dans un café pour le plaisir de boire mais pour retrouver une famille de c½ur adoptée par l’enfance. A la vie, à la mort !
Bab El Oued aimait tant ces lieux de convivialité qu’ils parlent encore aujourd’hui à la mémoire de ses enfants, orphelins, loin de la terre natale, de ces enclaves de bonheur à jamais disparues.

 

De : André TrivèsEnvoyer un mail

Le : 27/09/2021 10:33

SLIMANE ET OMAR
L'enfance ce sont des moments de vie insouciants rangés méticuleusement dans la bibliothèque de sa mémoire. Il suffit d'une photo en noir et blanc délavée, d'un son, d'une odeur ou la lecture d'un mot pour qu'elle revienne vous transpercer d'émotion. Par hasard, je suis tombé sur une photo ancienne prise en 1954 où l'on voyait notre voisin charbonnier Omar... Mon regard s'embua immédiatement à la vue de son visage souriant ; il ravivait mon enfance à Bab el Oued.
Omar et son frère Slimane DOUDOU tenaient un commerce de charbon face au magasin de vins et liqueurs de mes parents au 4 de la rue des Moulins. Originaires de Bounoura près de Ghardaïa (Mzab), ils m'avaient vu naître en 1941. Entre mes parents et les Doudou, il y avait bien plus que de l'amitié. Pendant les années 39/40 où mon père fut mobilisé sur le front en France, Slimane rendit de nombreux services à ma mère qui gérait seule le magasin avec la charge d'élever mon frère aîné âgé de 3 ans. Slimane intervenait quotidiennement pour placer les lourds tonneaux de vin sur le chantier ; sans son aide, ma mère n'aurait pas pu assurer la marche du commerce.
La droguerie d'Omar et Slimane, couverte d'une poussière noire de charbon du sol au plafond, donnait l'impression de descendre dans une mine souterraine. Dans ce commerce, les produits de lessive et d'entretien vendus au détail et à l'air libre vous piquaient les yeux et la gorge. A la droite de l'entrée se trouvait une barrique contenant de la sciure de bois et au dessus une balance romaine pesait le charbon, seule énergie à alimenter le kanoun. Dans la pièce du fond était stocké jusqu'au plafond un monticule instable de charbon. Inévitablement, souvent, la montagne de charbon dégringolait brutalement, semant la panique dans le magasin où un immense nuage de poussière noire se répendait comme l'encre d'une sépia. Les femmes en haïk blanc sortaient précipitamment sur le trottoir pour respirer ; elles étaient toutes noires de la tête au pied. Et Slimane comme un capitaine de navire en train de sombrer, sortait le dernier enveloppé de poussier noir en train de se dissiper lentement. Son sourire gêné à la "Afric-film" ressortait le blanc lumineux de ses yeux et de sa dentition, alors, il se confondait en excuses auprès de la clientèle et des voisins, et l'incident était clos.
Dès l'entrée dans le magasin, on était saisi par une ambiance sinistre où l'ampoule électrique recouverte de poudre fine distillait une lumière tamisée comme dans une catacombe romaine. Deux calendriers côte à côte étaient fixés au mur : le traditionnel des postes françaises et celui de l'Hégire écrit en arabe où une main de Fatma sertie de paillettes conjurait le mauvais sort. Un petit comptoir servait de caisse et croulait sous la paperasserie : les factures et le traditionnel carnet de crédit fait aux clients n'échappaient pas à la poussière de charbon qui s'insinuait de partout. Sur les rayonnages il en était de même ; là s'entassaient des produits les plus hétéroclites : kanoun, lampe à pétrole, veilleuses, fourneau à pétrole, déboucheurs de fourneaux, mèche à lampe, bougies, cristeaux de soude, boules de naphtaline, pinceaux à chaux en alfa, lavette en filasse, éventail et soufflet pour kanoun, alcool à brûler et pétrole tirés avec une pompe d'un tonneau métallique, lessiveuses, savon de Marseille en paillettes, blanc d'Espagne, brillantine Roja, le "ça sent bon" (banita), paquets de lessives Bonux, pompes à flytox, poudres à teintures, henné, encens(jaoui) et pour les superstitieux : graines pour kanoun(fassour) et tarentes séchées (téta). A chaque vente, il époussetait le produit en soufflant énergiquement d'une expiration profonde comme un trompettiste de jazz afin de retrouver l'étiquette et percevoir le prix. Je me revois âgé de 5 ou 6 ans dans le calme d'un après midi d'été, Slimane me juchait en amazone sur le cadre de son vélo et me faisait faire le tour de l'immeuble par la rue de Chateaudun et la rue du Roussillon. L'air chaud caressait mon visage et me donnait une sensation de rafraîchissement. Chaque midi, son magasin dégageait des odeurs de cuisine ; Slimane préparait son repas. Je le revois activant par saccade la pompe du fourneau à pétrole comme une pompe à bicyclette et me disant poliment : " André, tu manges avec moi ?" Slimane et Omar, travailleurs immigrés dans leur propre pays, travaillaient à Bab el Oued loin de leur famille qu'ils allaient retrouver à tour de rôle une fois tous les 2 ou 3 ans. A cette occasion ils s'habillaient avec fierté dans le traditionnel costume des gens du Mzab tout de blanc vêtu ; enfin ils allaient retrouver femme et enfants qu'ils avaient regardés durant tous ces longs mois de labeur sur de minuscules photos toutes délavées. C'était çà leur vie à Bab el Oued ; remplie de scènes pittoresques, une époque totalement révolue que nous partagions parce qu'elles faisaient partie de notre destin commun. Dans le quartier nous nous connaissions de père en fils depuis des générations. Les fils prenaient la suite des parents et cela semblait éternel. Les charbonniers Slimane et Omar rendaient des services à tout le quartier et tout le quartier les considérait comme de la famille

 

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