Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Bibliothèque des trois horloges

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André TRIVES

Le : 23/09/2015 08:43

Un souvenir d'enseignant datant du 1° octobre 1961.

LES NEIGES ETERNELLES DU DJURDJURA L'hiver dernier, je vivais un moment extraordinaire à la neige sur la station du Sauze-Super Sauze près de Barcellonnette dans les Alpes de Haute Provence. La matinée inondée de soleil s'annonçait magnifique. Le téléski du col de Fours me transportait de bonheur vers le sommet dans un silence de cathédrale; seul le bruit feutré de mes skis glissant sur la poudreuse me ramenait à la réalité. Mon regard se remplissait d'émerveillement à la vue du col tout de blanc vêtu qui ciselait le bleu azur du ciel tandis qu'au même moment le soleil dans sa flemme matinale s'apprêtait à franchir la crête dans un halo aveuglant. La carte postale qui s'affichait à l'instant sur le présentoir de la beauté m'emporta dans des rêves vagabonds comme seule la montagne peut nous en donner. Etait-ce le choc subit par cette vue éblouissante de lumière qui me bouleversa au point de supplanter le présent pour instantanément me retrouver un demi-siècle en arrière dans une mémoire intacte ? Comment arrivais-je à substituer à ce décor grandiose une image du passé qui venait de frapper comme un jaloux à la porte des souvenirs et me rappeler une émotion qui restait enfouie depuis le 1° octobre 1961. C'était définitif, mon esprit était dominé par ce que j'avais enregistré dans le disque dur de ma mémoire et qui me revenait plus vrai que nature :

Le 1° octobre 1961 à 8 h 30 précises, je venais de prendre en charge la classe du CM1 de l'école communale de Dra el Mizan, dans l'académie de Tizi Ouzou. La veille j'avais vécu une journée peu ordinaire pour rejoindre ce village de kabylie perché tel un rapace sur un piton montagneux. Levé à cinq heures, j'avais quitté Bab el Oued et ma famille le coeur gros avec une valise en carton pour rejoindre la gare d'Alger. Le guichetier des C.F.R.A. m'avait délivré le billet pour Dra el Mizan en me précisant que la gare d'arrivée s'appelait "Aomar"; et pour moi qui venait d'avoir vingt ans, Aomar devait se situer au sein de Dra el Mizan, comme la gare de Lyon se trouve au coeur de Paris. Le train à banquettes s'ébranla lentement par les ports dans un vacarme de castagnettes que les roues martelaient en franchissant l'entrecroisement des rails. Curieusement, j'étais secoué en saccade avec mes voisins de compartiment par un mouvement latéral qui nous faisait dandiner de telle manière qu'on avait l'impression dans notre face à face obligé, de se dire "non" en permanence. La ville d'Alger disparue, c'est l'arrière pays qui se mit à serpenter au grès des champs cultivés, des vignes qui s'alignaient à l'infini, des collines arides et des oueds desséchés fidèles à leur réputation ; seule la machine signalait son passage à grands coups d'avertisseur sonore perturbant la quiétude de la campagne encore assoupie. Quelques minutes d'arrêt à Ménerville entourée de verdure, puis la traversée des gorges de Palestro au relief agressif, et quelques éclipses assourdissantes dans des tunnels interminables, le contrôleur annonça au son d'une clochette d'église, l'arrivée imminente à destination. Aucune agitation particulière s'en suivie, sauf l'arrêt brusque qui occasionna une dernière bousculade avant de me retrouver seul avec mes bagages sur un quai désert entouré d'une végétation luxuriante où je crus un instant revivre le film qui avait ému tout le Plaza:" Le pont de la rivière Kwaï". J'entendis pendant quelques instants encore le tintamarre des roues s'évaporer dans le lointain. J'étais sans réaction baigné d'inquiétude sur ce ciment zébré d'ornières, face à une bâtisse en ruine qui indiquait sous la forme d'un jeu de mots à compléter « G.re d'A.mar » ".J'étais bien arrivé dans la bonne gare et le sentiment qui m'envahit me rappelait que j'étais planté au milieu de nulle part. Un événement soudain me fit penser que les miracles ne se font pas qu'à Lourdes : un enfant d'une douzaine d'années longeant le ballast les pieds nus en compagnie de trois moutons plutôt malingres vint à ma rencontre le regard espiègle, vêtu d'un sarouel pas très propre qui couvrait ses jambes jusqu'aux chevilles. Il me questionna:" Msieur, t'y es le nouveau chir ?" J'acquiesçai avec soulagement car enfin je retrouvais une identité:" Oui petit, ana chir fil Dra el Mizan". Il me répondit:" Je suis Ali. Le taxi il n'est pas encore là, mais il va pas tarder". J'étais heureux d'avoir des informations mais surpris d'avoir un taxi à prendre. Devant mon étonnement, il compris la situation et rajouta:" Tu peux pas aller à pieds, Dra el Mizan est à quinze kilomètres dans la montagne". Enfin je venais de comprendre que la gare d'Aomar n'était pas ma destination finale.

Après une heure d'attente, je pu m'introduire en force dans un taxi Panhard dont le pot d'échappement pétaradant indiqua bien à l'avance sa venue. J'étais comprimé en surplus sur le siège arrière avec d'autres passagers, des paysans qui rentraient après avoir vendu leur petit bétail et acheté des victuailles au marché d'Aomar. La galerie était à l'image du véhicule: pleine à craquer de couffins et de paquets ficelés d'où des caquètements de poules en souffrance me parvenaient comme des appels à l'aide. Ce n'était pas un voyage de plaisir dans ces lacets tortueux qui devaient nous mener tous à bon port; j'avais l'impression de revivre l'aventure de Charles Vanel dans "Le salaire de la peur"? Toute proportion gardée. Pour l'enfant de la ville que j'étais, la vie rurale me donnait ses premières leçons et en définitive ce qui dominaient principalement c'étaient la décontraction, le sourire et la fatalité de ces montagnards de kabylie qui préservaient une certaine sagesse dans ce décor lunaire : " Ne fabriques pas le mauvais sang, il se fabriquera tout seul" me dit l'un d'eux. Mon arrivée à l'hôtel fut ressentie comme une délivrance avec une grande joie d'être accueilli comme un notable ; une odeur de "cheurba" remplissait mes narines et je me délectais à l'avance du thé à la menthe que je n'allais pas tarder à savourer.

Le 1° octobre 1961 donc, à 8h30, je venais de faire l'appel de la classe et j'eus la bonne idée d'aller ouvrir la fenêtre. Ce fut un éblouissement incomparable, un moment magique que la mémoire enregistre pour toujours, j'étais au balcon d'un spectacle de montagne que j'observais pour la première fois de ma vie. Face à moi, les neiges éternelles du Djurdjura scintillaient comme des diamants dans un écrin, le soleil s'apprêtait à franchir les crêtes dans un halo aveuglant, c'était ahurissant de beauté ; comme j'aurais voulu partager cet instant avec ma famille et les amis restés à Bab el Oued. Le tableau mêlait toutes les couleurs de l'arc en ciel, et le Djurdjura dans sa majestueuse hauteur, tel un artiste peintre, me donnait l'impression de tremper la pointe blanche de son sommet dans le bleu azur du ciel. Je me sentis attirer par cette féerie éternelle, et chaque matin désormais, en ouvrant la fenêtre de ma classe j'entrevoyais le vrai bonheur. C'était il y a bien longtemps et le Sauze a contribué bien courtoisement à faire revivre pour un instant le Djurdjura. Entre montagnes c'était la moindre des choses.

Liliane DOMENECHE

Le : 22/09/2015 10:14

Je reprends le message d'Antoine Billota.

Comme je le comprends...

J'ai eu mon 1er poste de prof de secrétariat à 23 ans et j'avais des élèves entre 15 et 18 ans.

Je me souviens du 1er cours où quand les filles sont rentrées dans la classe, j'avais mis mes mains tremblantes derrière le dos et je me les pincées pour que çà s'arrête.

J'ai été parachutée moi aussi sans formation et je crois que finalement je me suis pas trop mal débrouillées.

J'ai essayée de prendre tout ce qui avait été positif avec les profs que j'avais eu.

Surtout pas la pédagogie d'un prof d'histoire géo de 4ème qui commençait toujours le cours par une intéro. Il suffisait de repérer la vingtaine de mots en gras du cours car l'intero se résumait en 20 questions dans l'ordre chronologique. C'était très facile 'avoir 20.

Ensuite on échangeait nos feuilles et on corrigeait. Puis relevé des notes.

Il restait un quart d'heure avant que la cloche sonne, c'est tout juste si on avait le temps de lire la leçon suivante.

C'était pas compliqué d'être prof...

Tony BILLOTTA

Le : 22/09/2015 07:58

À propos de cet arrêté paru aujourd'hui dans la rubrique "documents divers" de ce site.

Avec étonnement et grande surprise, je retrouve mon 1er arrêté de nomination du 30 septembre 1960 dans l’enseignement au Collège Laverdet de Maison-Carrée pour assurer « immédiatement » les cours de lettres-anglais, sans avoir jamais été informé ou préparé.

Surprenant le fait

- que j’avais reçu cette notification la veille de la rentrée scolaire (peut-être aucun enseignant n’avait-t-il eu le courage de rejoindre ce poste ?) - que, pendant 8 ans, j’avais fait 4 fois par jour à pied le trajet des Messageries au lycée Bugeaud, sans jamais voir l’adresse que je découvre en lisant le cachet du Service Départemental de l’Enseignement Primaire d’Alger : 7 avenue de la Marne ! ! ! Ami-e-s collègues, le saviez-vous ?

Voilà, simple et heureux souvenir : Je n’avais que 20 ans et suis arrivé dans un collège mixte mais où les jeunes filles de 3ème, largement majoritaires, en avaient 16-17 ! ! !

Je n’en menais pas large(c'est ça, les copains, rigolez !)...

Je me souviendrai toujours des très bons résultats obtenus par mes élèves au BEPC (particulièrement en anglais où j'avais donné en classe le même texte qu'à l'examen !), Brevet Élémentaire, et au Certificat d’Études Primaires par toute la classe de 5ème que j’avais préparée et présentée en candidats libres.

Ce qu’il en reste ? Beaucoup de fierté et surtout beaucoup d’émotions quand elles et ils se sont manifesté-e-s après m’avoir retrouvé sur Internet et quand nous nous écrivons, nous rencontrons ou nous nous téléphonons ; c’est à l’un d’eux d’ailleurs que je dois d’être retourné avec ma famille à Alger,d'avoir été logé chez lui, nourri, accompagné..

André TRIVES

Le : 17/09/2015 09:13

Souvenir olfactif et fraternel à Bab el Oued

Les murs des maisons autour du lavoir de la Bassetta, doivent se souvenir de ces airs espagnols qui se répandaient dans le quartier par les fenêtres entrouvertes les matins d’été. Nos aïeux se régalaient à écouter ces musiques de leur pays sorties d’un phonographe à manivelle. La vie se déroulait paisiblement, pourvu que la table du dimanche midi ait été bien garnie autour et dessus. Autour, il y avait la famille, parents et enfants ; dessus une marmite contenant une “arroz caldo” qui embaumait les paliers des maisons. A la fin du repas, retentissaient des rires à l’écoute de cet air valencien : “ La ouella fa roz sin seba, et le ouello di que no vol, la ouella salsa li pega et le ouello li trenca le pérol.” Cette comptine de nos anciens rappelait le pays de leurs ancêtres qu’ils avaient quitté pour offrir un avenir meilleur à leur descendance. Et comment oublier les odeurs qui s’installaient tous les jours, sur le coup de midi dans le courant d’air des maisons aux portes d’entrée toujours ouvertes. La friture de poissons, de poivrons, d'aubergines, les sardines en escabetch et « l’omblette de pon de terre » ravissaient nos narines d'enfant. Alors, on ressentait un torrent de plaisir se déverser dans nos gorges. Mes amis, quel bonheur et quelle chance d’avoir vécu cette époque extraordinaire sous la protection de nos parents. L'existence en ce temps là à Bab el Oued se déroulait dans la simplicité du monde ouvrier et les petites gens qui habitaient le quartier, trimaient toute leur vie pour espérer donner un avenir meilleur à leur famille. L'amitié et la solidarité entre voisins apportaient du réconfort à chacun. Souvenons-nous du trait de caractère de ce modeste petit peuple : la déconnade et le rire. Sans prétention, nous avions inventé le festival du rire à tous les coins de rue. Chaque soir au retour du travail, surtout l'été, la rencontre avec les copains était un moment sacré d'échanges et de fraternité ; là aussi, nous étions les précurseurs des MJC ( maisons des jeunes et de la culture). Je me marre d'entendre aujourd'hui qu'une fois par an on célèbre la fête des voisins. Chez nous, chrétiens, juifs et musulmans se retrouvaient dans la joie à chaque fête religieuse et comme nous avions trois religions et que la coutume voulait que l'on offre une assiette de gâteaux fait maison à ses voisins de palier, on se régalait toute l'année.

Andrée

Le : 26/08/2015 15:20

OUI NOUS AIMONS CETTE PLAGE DE L'EDEN QUI NOUS RAPPELLES QUE DE BONS SOUVENIRS ET OU TOUS LES ENFANTS DE LA BEO SE RÉUNISSAIENT VOICI UN PETIT TEXTE QUE J'AVAIS ECRIT SUR CETTE PLAGE DE L'EDEN UN COUCOU A ROSE ET A TOUS LES AMIS(ES) DE LA CONSOLATION ET A VOUS TOUS

PLAGE DE L’ÉDEN

CHÈRE PLAGE DE MON ENFANCE

MES SOUVENIRS SE PENCHENT

SUR LE CHEMIN DE MON ENFANCE

JE FERME LES YEUX

JE TE VOIS DU HAUT DE MES 8 ANS

BELLE MAJESTUEUSE ENDROIT MAGIQUE

OU TOUS LES ENFANTS DE LA BEO SE RÉUNISSAIENT

TU RECEVAIS EN ÉCHANGE BEAUCOUP D’AMOUR DE NOUS TOUS

POUR ARRIVER VERS TOI

JE LONGEAIS LE COTE DU JARDIN RICOME

PUIS UN PEU LE BOULEVARD PITOLET

ET LA J’EMPRUNTAIS LES ESCALIERS

QUI ME MENAIS VERS TOI

C’EST CHEZ TOI CHER PLAGE DE L’EDEN

QUE J’APPRIS A NAGER

C’EST SUR LE ROCHER DE FLEUR D’EAU

QUE J’APPRIS A PLONGER

C’EST LA PRES DE TOI

QUE NAISSAIENT LES PREMIERS AMOURS

TOUTES CES BELLES JOURNÉES ENSOLEILLÉES

SONT GRAVÉES DANS MA MÉMOIRE

ET RANGER DANS UN TIROIR SECRET

CHER PLAGE DE MON ENFANCE

ALGER CHER PAYS OU JE SUIS NÉE

JE PENSE SOUVENT A TOI

ET CE SERA AINSI JUSQU’À LA FIN

ANDREE

Raymond MOLTO

Le : 25/07/2015 07:27

Les odeurs de là bas

Sens-tu le frais parfum de la blanche anisette

Dans le verre embué ? Et celui des brochettes

Aux portes des cafés ? De là bas c'est l'odeur.

Me voici transportée sous l'oranger en fleurs

Des souvenirs, soudain, s'ouvre tout grand le livre

Quand toutes ces senteurs se mettent à revivre,

C'est un ciel éclatant d'azur et de vermeil

Une mer d'émail bleu ondulant au soleil

C'est la vigne naissant au sein des terres rouges

C'est midi si brûlant que l'ombre seule bouge

C'est l'ardente clarté courbant les floraisons

C'est la chaleur, la plage; c'est notre maison.

Respire à pleins poumons cette odeur généreuse

Et vois le bourricot sur la route poudreuse

Qui trotte résigné, chargé de lourds paniers

Qui lui battent les flancs. Retrouve les palmiers

Aux écailles brunies dont la houppe balance

Dans les cieux en fusion la verte nonchalance

Qui, respire bien fort les parfums de là bas

Et tu verras alors, emplissant les cabas

En tunique de sang, la tomate pulpeuse

L'orange ensoleillée et la grappe juteuse

Tu sentiras l'odeur des couscous épicés,

Des paëllas fumantes, des piments grillés,

Et l'arôme fruité de notre huile d'olive

La fragrance salée du rouget, de la vive

De la dorade rose au bout de l'hameçon

Dont on se mijotait des soupes de poissons

Vois les figues sucrées emplissant la corbeille

Près desquelles tournoient les friandes abeilles

Délaissant le jasmin langoureux, obsédant.

Nous mordions dans la vie, ensemble, à pleines dents

C'était la joie, le rire, c'était le bonheur !

Le passé contenu dans ces fortes senteurs

C'était les temps heureux, c'était notre richesse...

Car l'odeur de là bas, c'était notre jeunesse !

Odette TREMELAT LEGAY

André TRIVE

Le : 18/06/2015 09:27

LE COUP DE CANON

C'est 18 h, le coup de canon vient d'annoncer que le jeûne peut être rompu. Nous sommes au mois d'Aoùt 1950, j'ai 9 ans. Le Ramadan est installé pour un mois dans Bab el Oued. Le sirocco et la chaleur caniculaire de l'été accentue la difficulté à ne pas boire durant la journée. Dans la rue des Moulins on note une agitation particulière avec les clients qui se précipitent dans le café maure de l'Etoile Blanche pour rompre le jeune en avalant une gazouz bien fraîche. Les marchands itinérants ont installé leur chariot à deux roues, maintenu en équilibre par une béquille. On fait la queue pour acheter des maïs grillés, des jujubes, des figues de barbarie. A gauche de l'entrée s'alignent sur des grandes plaques les pâtisseries orientales au miel et aux amandes dont je raffole. Pour certains, la partie de dominos les transporte dans un moment de plaisir partagé entre amis autour d'un thé à la menthe après une dure journée de carême. Leur joie s'exprime par le claquement du pion qu'ils frappent sur le tapis. L'euphorie est générale. Qu'il fait bon vivre dans ce quartier populaire d'Alger où les traditions sont respectées par toutes les religions. A 21 h, après notre repas pris en famille, nous nous retrouvons assis sur le trottoir à profiter de cette belle fête qui occupe la rue et comme chaque soir, avec quelques pièces de monnaie j'achète des zalabias et des makrouds qui collent aux doigts. Alors, je me lèche les babines comme un chaton avec ce miel qui ne coagule jamais en été. Nous allons nous coucher avec les douze coups de l'horloge de l'école de la place Lelievre. Quel bonheur de savoir que tout recommencera le lendemain et ce, pendant un mois. C'est impossible à oublier ces moments d'enfance passés en compagnie de mes parents. Ce mois de Ramadan en été dans la rue des Moulins à Bab el Oued ne s'est jamais effacé de ma mémoire...C'était la fête pour tous. Bon Ramadan, khouya Mustapha !

Robert VOIRIN

Le : 15/06/2015 17:17

MOTS D'HISTOIRE

C'était " le commencement de la fin " et le début du cauchemar,

on venait de nous asséner un " coup de Trafalgar '',

" ils se moquent de nous comme de l'an quarante "ceux qui nous gouvernent

se disait on, et en plus ils nous faisaient " prendre des vessies pour des lanternes ''.

On s'est retrouvés rapidement "dans la dèche "et dans la peine,

alors là vraiment on était " bons comme la romaine ",

victimes du "coup de Jarnac ''

nous qui n'avions jamais '' tourné casaque "

on ne s'est pas sentis en odeur de sainteté dans notre pays en faillite

il a fallu prendre une mesure draconienne , le quitter au plus vite.

Au dessus de nos têtes se profilait l'épée de Damoclès

et sans faire des salamalecs ni " des pataquès ''

on s'est précipités sur les quais du port d'Alger en rang d'oignon ''

pour prendre le bateau en catastrophe et ça se bousculait au portillon .

On devenait comme " des dindons de la farce ''et complètement abandonnés,

sur qu'on était pas sortis de l'auberge "alors que l'heure H était arrivée ".

Arrivés en France ça était la croix et la bannière et encore pire

car pour avoir droit au chapitre on a eu maille à partir

avec ceux qui voulaient nous mettre à l'index à jamais

et nous " jeter aux oubliettes " en nous faisant une cote mal taillée .

" Solide comme le Pont Neuf " grâce à notre travail de romain

on leur a alors chanté à tue tête c'est nous les Africains .

Robert Voirin

Raymond MOLTO

Le : 31/05/2015 06:26

Bonne fête des Mamans

Pour vous chères Mamans en ce jour de fête ... Que vous soyez gracié par cette journée. Pour toutes les femmes qui ont donné la vie. Que ce jour soit celui de la Paix et de l'Amour pour vous ... Pour toutes les Mamans du monde...

Que la vie vienne les combler à leur tour. Quelque soit votre âge vous êtes des personnes uniques. Pour vous qui avez donné la Vie ... Quand vous regardez vos tout petits... Vous êtes si heureuse de ce bonheur si indescriptible...

Je le sais en tant que Maman ... Que dans le fond de mon coeur... Je suis fière de mes enfants ... Je les aime tellement ...ils sont venus Combler ce que je n'avais eu enfant...

Vous savez ...vous les Mamans que je ne connais pas. Je vous souhaite tout le bonheur du monde... La mienne est partie au ciel... Si la vôtre a rejoint le paradis... Levé les yeux au ciel elle vous sourira...

Une Maman reste dans le coeur d'un enfant éternellement. N'oubliez pas que ce que le vie vous donne ... Jamais elle vous le reprend vos enfants sont ... Un lien d'amour avec vous-mêmes... Soyez fières d'être des Femmes dont la force est inégalable.

Alors pour toutes celles qui ont donné la vie... Où qui vont le faire bientôt ... Je vous souhaite une merveilleuse fête... Prenez soin de vous surtout... N'oubliez pas vous les Mamans

Vous êtes des Anges sur terre...

André TRIVES

Le : 29/05/2015 15:08

Pour François Estève de la rue des moulins. Slimane et Omar L'enfance c'est des moments de vie insouciants rangés méticuleusement dans la bibliothèque de sa mémoire et qui reviennent en boucle tout le temps dès qu'un petit signe vous relie à ce passé. Ce signe peut être une odeur, un son ou la lecture d'un simple mot qui vous transperce d'émotion. L'an dernier sur notre site un message de l'ami Merzak citait ce noms d'une figure du quartier : "Slimane le charbonnier"; mon regard s'embua immédiatement, ce nom ne pouvait pas me laissait indifférent, il ravivait toute mon enfance à Bab el Oued. Slimane DOUDOU et son frère Omar tenaient un commerce de charbon juste en face du magasin de vins et liqueurs de mes parents au 4 rue des Moulins. Originaires de Bounoura près de Ghardaïa (Mzab)ils m'avaient vu naître en 1941. Entre mes parents et les Doudou, il y avait bien plus que de l'amitié. Pendant les années 39/40 alors que mon père était mobilisé sur le front en France, Slimane rendait de nombreux services à ma mère qui gérait seule le magasin avec la charge d'élever mon frère aîné âgé de 3 ans. Il intervenait quotidiennement pour placer les lourds tonneaux de vin sur le chantier ; sans son aide, ma mère n'aurait pas pu assurer la marche du commerce. Le magasin de Slimane ressemblait à une véritable caverne d'Ali Baba. On y trouvait de tout et les produits de droguerie vendus au détail et à l'air libre vous piquaient les yeux et la gorge en entrant dans le petit espace qui accueillait les clients. Dans un grand tonneau situait à la droite de l'entrée recouvert d'un plateau, se trouvait la sciure de bois, et au dessus une balance romaine servant à peser le charbon vendu en vrac, stocké dans la pièce arrière jusqu'au plafond. Inévitablement,parfois, la pile de charbon dégringolait brutalement, semant la panique dans le magasin où un immense nuage de poussière noire se répendait telle l'encre de sépia. Le haïk blanc des femmes sorties précipitamment sur le trottoir pour respirer avaient leur haik blanc transformé en niquab afgan tout noir de la tête au pied. Et Slimane comme un capitaine de navire en train de sombrer, sortait le dernier enveloppé de poussier noir en train de se dissiper lentement. Son sourire gêné à la "Afric-film" ressortait le blanc lumineux de ses yeux et de sa dentition, alors, il se confondait en excuses auprès des voisins et l'incident était clos. En pénétrant dans le local, on était saisi par l'ambiance sinistre où l'ampoule électrique recouverte de poudre fine distillait une lumière tamisée comme dans une catacombe romaine. Deux calendriers côte à côte étaient fixés au mur : le traditionnel des postes et celui de l'Hégire écrit en arabe où la main de Fatma de couleur verte, sertie de paillettes conjurait le mauvais sort. Le comptoir servant de caisse croulait sous la paperasserie : les factures et le traditionnel carnet de crédit fait aux clients n'échappaient pas à la poussière de charbon qui s'insinuait de partout. Même poussière sur les rayonnages où s'entassaient des produits les plus hétéroclites : kanoun, lampe à pétrole, veilleuses, fourneau à pétrole, déboucheurs de fourneaux, mèche à lampe, bougies vendues à l'unité, cristeaux de soude, naphtaline, pinceaux à chaux en alfa, lavette en filasse, éventail et soufflet (marora) pour kanoun, alcool à brûler et pétrole tirés d'un tonneau métallique, lessiveuses, savon de Marseille en paillettes, blanc d'Espagne, brillantine Roja, le "ça sent bon" (banita), paquets de lessives Bonux et Persil, pompes à flytox, poudres à teintures, henné, encens(jaoui) et pour les superstitieux : graines pour kanoun(fassour) et tarentes séchées (téta). A chaque vente, il époussetait le produit en soufflant énergiquement d'une expiration profonde comme un trompettiste de jazz afin de retrouver l'étiquette et percevoir le prix. Quand j'allais "faire" de la monnaie pour mon père, au retour je n'échappais pas aux salissures du poussier de charbon qui faisaient la réputation des charbonniers et aussi des ramoneurs. Je me revois âgé de 5 ou 6 ans dans le calme d'un après midi d'été, Slimane me juchait en amazone sur le cadre de son vélo et me faisait faire le tour de l'immeuble par la rue de Chateaudun et la rue du Roussillon. L'air chaud caressait mon visage et me donnait une sensation de rafraîchissement comme le ventilateur qui tournait au plafond de chez Prosper le marchand de tissus. Chaque midi, son magasin dégageait des odeurs de cuisine ; Slimane préparait le repas. Je le revois activant par saccade la pompe du fourneau à pétrole comme une pompe à bicyclette et me disant poliment : " André, tu manges avec moi ?" Il faut bien reconnaitre que Slimane et Omar étaient déjà des travailleurs immigrés dans leur propre pays. Ils travaillaient à Bab el Oued loin de leur famille qu'ils retrouvaient à tour de rôle une fois tous les 2 ans. A cette occasion ils s'habillaient avec fierté dans le tradistionnel costume des gens du sud tout de blanc vêtu ; enfin ils allaient retrouver femme et enfants qu'ils avaient regardés durant tous ces longs mois de labeur à Bab el Oued sur de minuscules photos en noir et blanc délavés. C'était çà notre vie à Bab el Oued ; remplie de scènes pittoresques d'une époque totalement révolue et que nous partagions parce qu'elles faisaient partie de notre destin commun. Dans le quartier nous nous connaissions de père en fils depuis des générations. Les fils prenaient la suite des parents et cela semblait éternel. Les charbonniers Slimane et Omar rendaient des services à tout le quartier et tout le quartier les considérait comme de la famille

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