Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Michèle VERNETTOZZA

Je viens de lire les derniers messages et je dis un grand bravo à André Trivès qui nous rappellent tant de souvenirs qui sont parfois les nôtres à BEO...

Tout cela réveille en nous de la nostalgie et aussi de la tristesse d'avoir perdu tant de belles choses..

Il aut continuer à en parler à nos enfants et à nos petits-enfants car notre vie à BEO était vraiment particulière et tellement pleine de convivialité.

BEO était un quartier merveilleux, populaire, animé et tout le monde se connaissait. Nos voisins étaient nos amis et même souvent étaient considérés comme de la famille...

Merci de nous avoir fait revivre des souvenirs inoubliables et je vous dis à dimanche à Rognes mais il faudrait que chacun se reconnaisse. Bonne fin de journée.

Merzak TAMENE

Pour FASANO Pierre-Claude et TRIVES André

Pour continuer sur la lancée des souvenirs, bien sûr la friperie de Bab Edjdid et les Stocks Américains, au début de la rue Borély la Sapie, avant le Kassour. Mais indépendamment de notre volonté, d'autres lieux nous reviennent en tête. Ave de la Bouzaréah, aprés les 3 horloges, en allant vers le Café de Barcelone sur la gauche, il y avait un minuscule estaminet "Mon P'tit Bar" où se tenaient toujours plusieurs personnes, quelques unes en tenue de travail, qui prenaient l'apéro sur le seuil, en se racontant des calembredaines. Il y avait aussi à un jet de pierre de là, rue Fourchault pas loin du Bain Maure, la Cinique Ferrari où beaucoup d'enfants du quartier sont nés.

Et Ave de la Bouzaréah, pas loin du Trianon, il y avait une bijouterie, "Algeria Bijoux" qui, si mes souvenirs sont exacts, faisait office de Mont-de Piété.

Tant de commerces, cinémas, et autres ont disparu, effacés par le temps, et auxquels nous pensons de loin en loin avec regret.

Merci à vous deux de bien vouloir partager avec nous ces richesses.

Bonne soirée à toutes et à tous.

Tamene Merzak.

ABEO Rognes 2011

Quelques modifications ont été apportées dans la rubrique L'association ABEO au sujet du grand rassemblement à Rognes le 12 juin 2011.

Ajout de cartes postales

- 6 cartes postales de Roselyne SASTRE

André TRIVES

BAB EL OUED ENTRE TRADITION ET MODERNITE

Printemps 1956- Après un automne pluvieux et un hivers ridicule, le retour du printemps redonne au quartier ses habitudes coutumières et la rue redevient le grand théâtre des plaisirs et des émotions. Le soleil est de nouveau présent à la nuit tombée par l'empreinte laissée sur la peau encore rougie. C'est dans une ambiance amicale et bon enfant au retour du travail que les attroupements de copains et copines se forment devant les bars et les entrées d'immeuble pour parler de tout et de rien. Ici, la tchatche est importante, c'est la thérapie de groupe la plus répandue. Alors on discute et on confie à ses amis les problèmes de la vie, juste "en bas la rue".

L'avenue de la Bouzaréah retrouve son "supermarché annuel de la drague" où dragueurs et draguées se rencontrent ou se croisent furtivement pour tenter de trouver "chaussure à son pied". Un terrain de chasse à la"petite caille" s'établit sur le parcours entre les 3 Horloges et le square Guillemin; filles et garçons rêvent de la rencontre providentielle qui changerait le destin de leur vie. C'est probablement le seul endroit de la ville où l'épidémie de torticolis affecte gravement les garçons "armés" d'un peigne qui accompagnent du regard le passage d'un "canusse".

Depuis quelques temps la jeunesse du quartier en quête de mythes et de légendes est en train de vivre un changement extraordinaire et terriblement excitant: on ne veut plus ressembler à cette vie toute tracée, on veut vivre différemment.Désormais, la rue nous contraint à des modes et des comportements importés d'ailleurs, et pour la jeunesse de Bab el Oued c'est une liberté de s'y soumettre. Nous vivons l'époque des toutes premières fois en tous genres. C'est la première fois que:

on s'habille avec des "sweats" et "tee shirts" portant des inscriptions de collèges américains, les filles montrent leur nombril en portant le bikini et dévoilent impudiquement le genoux avec la scandaleuse mini-jupe, on danse "comme des barjots" tout seul, sans enlacer sa partenaire le twist, le madison ou le houla hop, les chanteurs ont l'âge de leur public, le rock and roll est n°1 à la salle des fêtes de St Eugène et au bal de la Redoute, la laque détrône la gomina, la 4 cv démocratise les déplacements et les embouteillages bloquent la circulation au boulevard de Provence, le cinéma Trianon devient un monoprix, le Bijou, roi du cinéma western, prend le nom fétiche de Lynx,

la fontaine qui avait fait le bonheur de générations d'enfants à l'angle de l'avenue des consulats et des Messageries est rasée pour faciliter le passage des trolleybus vers Notre Dame d'Afrique, le poste "transistor" véhicule la musique en toute liberté, le disque 45 tours efface à jamais le 78 tours, la musique américaine envahie nos chambres d'adolescent avec le "teppaz", les surprises-parties révolutionnent nos dimanches après-midi où danser un slow des Platters, de Fats Domino ou de Paul Anka avec une fille qui a bien voulu accepter votre invitation est un moment divin, les garçons se coiffent à la Elvis tandis que les filles portent deux couettes enrubannées à la Brigitte Bardot, les robes sont fabriquées à la maison avec du tissus vichy bleu ou rouge comme dans le film"Et Dieu créa la femme", les rêves des garçons d'avoir une voiture américaine ou une "MG" restent des rêves et leurs inspirations sont suscitées par James Dean ou Jacques Charrié dans " Les tricheurs", la Vespa ou la Push procure à quelques privilégiés les clés de la puissance surtout auprès des filles, les salles de jeux à destination des jeunes proposent en plus du billard traditionnel, le bay-foot et le billard électrique appelé "flipper" qui nous apprend qu'à trop en vouloir, la vie peut faire "tilt" ( au bar de chez Raymond, on attendait avec impatience le réparateur de flipper Pierre Claude FASANO qui en partant nous offrait des parties gratuites).

Cette nouvelle vague vit dans l'insouciane une révolution culturelle comme jamais vécue. On la qualifiera de"blouson noir", de "rocker", de "teen ager", de "yéyé", mais personne ne le sait encore. Tous partagent ces nouveaux rites et ces transformations, et rien ne pourrait les en détourner. Nos parents ne comprennent pas cette envie de changement que la rue nous impose. Nous sommes témoins et acteurs d'une vie nouvelle qui nous grise par sa vitesse, qui nous éblouit par ses plaisirs, qui nous étonne par sa modernité et qui nous démontre que rien ne sera plus comme avant. Une chose est sûre: on fait avec les moyens que l'on a.

La télévision ne nous manque pas puisqu'elle n'existe pas sauf en démonstration dans la vitrine de Discophone où s'agglutinent les badauds. Le Marignan, le Majestic, le Plazza, le Suffren, le Monciné,le Lynx, le Rialto et autres cinémas Laperle ou les Variétés, ravissent les nombreux cinéphiles du quartier avec des films en noir et blanc. La couleur sur écran ou photo n'existe pas certes, mais elle est dans les têtes, dans les coeurs, dans le décor et les magnifiques paysages où Bab el Oued s'unit avec les bleus de la mer entre le Cassour et l'Eden: du bleu cajoleur de l'été au bleu agressif des tempêtes, du bleu éclatant de lumière au bleu mystérieux des nuits profondes, du bleu de l'allégresse au bleu de la mélancolie d'hiver. Sans oublier le bleu lumineux du ciel immaculé qui met dans un écrin de beauté Notre Dame d'Afrique la gardienne de tous les habitants du quartier.

Seuls les plaisirs simples qui se vivent en famille et réunissent les voisins perdurent comme ces soirées où l'on "prend" le frais sur le balcon en tenue légère jusqu'à tard dans la nuit à la recherche d'une brise rafraîchissante venant de la mer. La braise incandescente des cigarettes dans l'obscurité témoigne de cette vie tardive que l'on partage avec la famille, les amis et la nature. Dans la rue quelques-uns reviennent de chez "La Princesse" ou de chez "Grosoli" le pas nonchalant, d'autres rentrent du cinéma, se remémorant à haute voix les scènes du film qu'ils viennent d'admirer. Minuit ne va pas tarder, on bâille et on sétire une dernière fois, le silence enveloppe soudainement le quartier, les douze coups de l'horloge de l'école de la Place Lelièvre marquent la limite de la journée, demain sera un autre jour, Bab el Oued avec des rêves plein la tête s'endort en toute sérénité.

Je dédie cette vision de mon enfance à Mohamed NEMMAS, dit MOMO qui tout comme moi a vécu cette belle page de l'histoire de Bab el Oued.

Annie SALORT

Le cadeau de mon petit-fils David de 8 ans à sa mère, ma fille.

Où que tu sois Maman je te le dédie.

J'ai cherché dans les poèmes,

Comment te dire je t'aime.

J'ai trouvé des mots savants

Bien trop longs pour mes 60 ans.

J'ai cherché ailleurs

Et j'ai trouvé dans mon coeur

Les mots que tu m'as appris

Quand j'étais encore petite

Maman je t'aime Grand comme çà

Je te le dis avec mes bras.

MAMAN TU ME MANQUES !

Sydney BOISIS

Te souviens-tu ?

Quand arrivait Noël et ses belles lumières,

sa magie, les enfants impatients, les sapins.

Te souviens-tu ? Cette nuit-là dans nos chaumières,

nous attendions nos cadeaux jusqu’au froid matin.

Les sabots en chocolat pour la gourmandise,

au pied de l’arbre embelli pour les chanceux,

nous avions hâte de goûter aux friandises,

près du père Noël imaginaire, nous étions heureux.

Fiers on montrait notre belle trottinette,

ou notre fusil pour jouer à Zorro et courir,

tout le quartier devenait bruyant, c’était la fête,

le pauvre et l’orphelin retrouvaient le sourire.

Te souviens-tu nous vivions un conte de fée ?

On était chic, belle chemise, beau pantalon,

le dimanche nous allions au cinéma ou au café,

reluquant les filles on se prenait pour des apollons.

Près de la belle bleue, nos rêves n’étaient pas vains,

envolées les erreurs de jeunesse qu’on pardonne,

très tôt nos mains offrirent un précieux gain

à nos mères, sous le regard de la madone.

André TRIVES

UNE FAMILLE PAS COMME LES AUTRES.

Si je vous disais que la famille à laquelle j'appartiens se compose de 100.000 frères et soeurs,vous auriez du mal à me croire. Si j'ajoutais que ces hommes et ces femmes se reconnaissent une même origine, tous issus d'une même matrice ayant forgé un lien indissociable, vous continueriez de douter. Mais si je précisais que le creuset qui a créé ce peuple atypique se trouve à l'ouest d'Alger et se nomme le quartier de Bab el Oued; vous vous reconnaîtriez alors comme membre de notre diaspora.

Notre peuple est né avant 1962, il a bénéficié de l'apport de la diversité: maltais, italiens, algériens, français, espagnols, juifs, musulmans, chrétiens et athés; et n'allez pas dire à ces braves gens qu'ils sont différents, ils sont justement l'addition de ces différences avec un même coeur et un même sang. Ainsi, Bab el Oued le berceau de notre enfance nous réunit quotidiennement sur le site de notre ami Chistian TIMONER (sexagénaire de dernière minute que nous félicitons de tout coeur) qui a su instiguer un principe simple:" parlons de ce qui nous rassemble et pas de ce qui nous divise". C'est de toute évidence la meilleure façon de respecter autrui. Alors Bab el Oued déchaîne les foudres des souvenirs de la camaraderie façonnés sur les bancs d'école, sur les placettes du quartier, dans les halles d'immeuble ou sur les terrasses mises à disposition le jour de buanderie. On vérifie tous les jours ce lien qui nous uni et qui confirme notre appartenance à une même fratrie. Avant on se comptait, désormais à nos âges on se décompte,et lorsque l'un d'entre nous est plongé dans la peine par un deuil, des messages de sympathie affluent de l'Europe entière, des USA, du Canada, d'Afrique du Nord, d'Israel, de la Réunion,...tout simplement pour témoigner à la famille parfois inconnue notre totale solidarité.

Notre peuple est inéluctablement en voie de disparition; aussi, reculons le plus longtemps possible l'échéance de notre dernier des Mohicans, préservons le ciment magnifique qui relie le peuple de Bab el Oued d'avant 1962 et lui donne la plus belle des parures du genre humain: la fraternité.

Michel SUCH

pour le maire de BEO.

Guy, si tu vas te taper un plongeon à les dindes, plage qui a été notre Eden, regarde sur les rochers, en descendant; voilà quatre décennies et demi, jy ai perdu une petite bague en or, en forme de coeur, que Nana, mon arrière grand-mère maltaise, m'avait offert. Qui sait? Avec un peu de chance... Je compte sur toi... et la bande des Messagerie... Et puis, c'est l'époque des oublades qui se pêchent au pain sur l'eau. Va à la Carra Moussa pour le roseau, à Padovani pour un crin de cheval, pour le bouchon noirci, je vous fais confiance, à toi et tes acolytes, parce que je sais que vous n'allez pas que boire de la Hamoud Boualem, du Crusch et du Sélecto... Pour le pain, derrière son pétrin, mon père cachait toujours un sac de pains rassis pour faire son 'boudinngue'... Si la boulangerie est fermée, achète une fougasse chez n'importe quel boulanger, le pain est bon à Alger et se sont les espagnols (têtes de...)qui leur zon appris... Alors... Et n'oublies pas, trois bouchons... Tant que le troisième n'est pas sous l'eau, tu laisses partir... Au fait, c'est quand qu'tu reviens???

Michel

Sydney BOISIS

Les copains d’avant.

De ces mots de là-bas mon cœur en réclame,

et quand mon regard se pose sur la page,

je me dis : « Suis-je à Alger ou à Paname ? ».

alors je surfe, je vole, je nage.

Ces mots sont des feux d’artifice,

un des mes favoris c’est « La Consolation »,

de simples baraquements, pas d’édifices,

la pauvreté en prime mais l’esprit de communion.

Les trois horloges semblent présentes à mes yeux,

témoin silencieux elles gardent leurs secrets,

peut-être qu’avant leur dernière prière aux cieux,

Ahmed et Pierrot rejoueront sur le sol sacré.

Aux noyaux, aux billes et aux toupies,

pour un temps retrouvé, l’air bête,

j’épancherai mes chagrins vieillis,

la tête haute, le cœur fier, j’irai à la fête.

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