UNE FAMILLE PAS COMME LES AUTRES.

Si je vous disais que la famille à laquelle j'appartiens se compose de 100.000 frères et soeurs,vous auriez du mal à me croire. Si j'ajoutais que ces hommes et ces femmes se reconnaissent une même origine, tous issus d'une même matrice ayant forgé un lien indissociable, vous continueriez de douter. Mais si je précisais que le creuset qui a créé ce peuple atypique se trouve à l'ouest d'Alger et se nomme le quartier de Bab el Oued; vous vous reconnaîtriez alors comme membre de notre diaspora.

Notre peuple est né avant 1962, il a bénéficié de l'apport de la diversité: maltais, italiens, algériens, français, espagnols, juifs, musulmans, chrétiens et athés; et n'allez pas dire à ces braves gens qu'ils sont différents, ils sont justement l'addition de ces différences avec un même coeur et un même sang. Ainsi, Bab el Oued le berceau de notre enfance nous réunit quotidiennement sur le site de notre ami Chistian TIMONER (sexagénaire de dernière minute que nous félicitons de tout coeur) qui a su instiguer un principe simple:" parlons de ce qui nous rassemble et pas de ce qui nous divise". C'est de toute évidence la meilleure façon de respecter autrui. Alors Bab el Oued déchaîne les foudres des souvenirs de la camaraderie façonnés sur les bancs d'école, sur les placettes du quartier, dans les halles d'immeuble ou sur les terrasses mises à disposition le jour de buanderie. On vérifie tous les jours ce lien qui nous uni et qui confirme notre appartenance à une même fratrie. Avant on se comptait, désormais à nos âges on se décompte,et lorsque l'un d'entre nous est plongé dans la peine par un deuil, des messages de sympathie affluent de l'Europe entière, des USA, du Canada, d'Afrique du Nord, d'Israel, de la Réunion,...tout simplement pour témoigner à la famille parfois inconnue notre totale solidarité.

Notre peuple est inéluctablement en voie de disparition; aussi, reculons le plus longtemps possible l'échéance de notre dernier des Mohicans, préservons le ciment magnifique qui relie le peuple de Bab el Oued d'avant 1962 et lui donne la plus belle des parures du genre humain: la fraternité.