Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

André TRIVES

Pierrette a émis un souhait de faire revivre les "gens de bien" que notre quartier a généré avant 1962; l'idée est excellente et ma contribution s'intitule: BAB EL OUED: l'oeuvre inachevée.

"Le professeur Pierre GOINARD expliquait l'Algérie qu'il avait dans son coeur:" A chaque saison l'enchantement se prolonge: bref hiver lumineux et doux, déjà fleuri, printemps précoce, exubérant dont avril est l'apothéose; pendant l'été moite et parfois incandescent la mer, aux délicieuses tiédeurs, rafraîchit les après-midi par sa brise, et l'automne ramène le printemps. Durant l'année entière des parfums se succèdent d'une intensité sans pareil, senteurs de la mer, des jardins embaumés, de la première pluie sur les terres desséchées, des pins et des cyprès chauds accompagnées par les stridences continues des cigales durant les jours du long été. De longues plages, devant des vagues au bleu différent d'ailleurs, alternent avec les criques intimes, aux fonds chatoyants sous des eaux transparentes, et de grands promontoires sculpturaux. Les oeuvres des hommes ajoutaient à la beauté des collines et des plaines côtières: rectangles de primeurs en bordure de la mer abrités par des claies de roseaux, plus soignés que des jardins, vignobles en longs alignements impeccablement entretenus, vergers d'agrumes compacts et lustrés dans leurs hautes enceintes de cyprès..."

A l'image du pays, Bab el Oued étalait ses charmes et poursuivait des progrès constants: plus rien à voir avec ce faubourd du début du siècle qui accueillait au bassin de la Bassetta les mules des carriers de Valence et les chèvres des Maltais. Fini les hennissements joyeux le long de la plage où les Messageries remisaient leurs diligences et les chevaux débarrassés de leur harnais contraignant s'ébrouaient dans le ressac des vagues. Disparue la Compagnie Lebon et l'éclairage vacillant des becs de gaz. Terminé le charroi des chars à bancs transportant les pavés qui transformaient rues et avenues. Des bruits nouveaux se répandaient dans la ville: le lancinant klaxon détrônait le claquement sec du fouet, le ronronnement des moteurs se substituait au martèlement des sabots; et partout les chants des ouvriers accrochés à la façade des nouveaux immeubles, colportaient l'entrain et la joie au travail.

La modernité et son cortèges d'améliorations bousculaient les usages et prenaient place définitivement. Dire" que l'on avait beaucoup fait et qu'il restait beaucoup à faire" relève d'une banalité, sauf à préciser que la lente évolution du progrès résultait de l'effort et des sacrifices de toutes les femmes et de tous les hommes de toute origine sans exception, du plus humble au plus grand et qui croyaient à la générosité de leur terre nourricière. Chacun avait apporté sa contribution à l'édifice qui se construisait pas à pas ou plutôt, goutte à goutte comme la stalactite ou la stalagmite d'une grotte souterraine dont on admire le gigantisme et la beauté qui en découlent grâce au temps éternel.

Le temps vécu à l'échelle humaine est si peu de chose par rapport au burinage infini orchestré par la nature. Ce qui, il faut bien le reconnaître ne nous permet pas d'entrevoir l'oeuvre achevée; on agit pour transformer les réalités dépassées, les changer et ce sont les générations suivantes qui en profitent. Combien d'avantage avons-nous quantifiés au cours de notre vie et qui provenaient de la sueur et du sang de nos aïeux ? Ainsi va la vie où tous les hommes ont un destin commun; ils additionnent patience et ténacité, abnégation et courage, espérance et désespoir et aboutissent inéluctablement de la vie à la mort. C'est bien ce temps générationnel qui a tenté de bâtir le Bab el Oued qui obsède nos nuits aujourd'hui; combien de Pierre, de Khalid, de David, de Paolo et de Roberto ont quitté définitivement le quartier pour les étoiles sans avoir pu se réjouir du fruit de leur travail. Ils ont rempli les cimetières de St Eugène et d'El Khettar pour que leurs enfants aient une vie meilleure. Eux savaient que les bons doivent s'accomodaient avec les mauvais, que les forts doivent aider les faibles, que les grands ne sont grands que lorsqu'ils soutiennent les petits, que la Liberté, l'Egalité et la Fraternité ne doivent pas rester que des mots, que l'injustice et l'ignorance sont des combats de tous les jours.

C'est en pensant au professeur Pierre GOINARD, fondateur de l'hôpital Barbier Hugo à Bab el Oued que je ressens une imprescriptible envie de rendre l'hommage qu'il convient à celui qui a écrit une belle page de l'histoire du quartier. L'oeuvre de cet éminent neuro-chirurgien, fils et petit-fils de médecin, homme de coeur et grand humaniste au service de tous et particulièrement des plus déshérités est immense.

Souvenons-nous de ce bâtiment situé en lisière de l'hôpital Maillot, à l'angle de la rue Cardinal Verdier et du boulevard de Frandre longeant le cimetière de St Eugène. C'est la Croix Rouge Française peut avant la guerre de 1939, qui avait installé un Dispensaire appelé Barbier-Hugo. Après le débarquement anglo-américain de 1942, Alger, capitale de la France en guerre eut à faire face à tous les besoins médicaux et chirurgicaux militaires et civils. L'autorité militaire réquisitionna le Dispensaire Barbier-Hugo pour la neuro-chirurgie, spécialité d'avant-garde et n'étant pratiquée encore en France qu'à Paris, malgré le développement de la faculté de médecine d'Alger devenue l'une des toutes premières de France. C'est le professeur Antoine Porot, fondateur du centre psychiatrique de Blida-Joinville qui dépêcha à Paris le jeune professeur Pierre GOINARD à l'été 1942 malgré l'occupation allemande, pour s'instruire de cette discipline auprès du professeur Clovis Vincent qui en été le pionnier. De retour en octobre 1942, le professeur GOINARD, mobilisé comme médecin-capitaine fut naturellement désigné pour assurer le traitement des blessés crânio-cérébraux à l'hôpital Barbier-Hugo. Tous les blessés étaient acheminés des théâtres d'opération ( combats de Tunisie, de l'Ile d'Elbe, d'Italie et plus tard en 1944 de Provence) vers Bab el Oued. Le général EISENHOWER basé alors à Alger rencontra le professeur GOINARD pour lui adjoindre un neuro-chirurgien américain expérimenté du Mount Sinaï Hospital de New York, le professeur James Lawrence Pool afin de répondre à la tâche grandissante. Un travail remarquable fut accompli aussi bien en direction des blessés de guerre que des civils qui bénéficiaient des dernières technologies; L'installation d'un bloc opératoire ultra moderne, soixante-quinze lits pour toutes catégories sociales, des appartements pour héberger les infirmières qui travaillaient sept jours sur sept, faisaient de cet établissement qui dominait les jardins de l'hôpital Maillot et la mùer, le plus important et le plus performant de France. A Paques 1951, la Fondation Barbier-Hugo recevait sa consécration par le cinquième Congrès de la Soctété Française de neuro-chirurgie dont le professeur Goinard avait été le fondateur; journées brillantes et chaleureuses qui se déroulèrent sous un soleil de plomb où l'été précoce s'était déjà installé sur Bab el Oued.

Le professeur GOINARD, grand serviteur de son pays: l'Algérie, a oeuvré toute sa vie pour le bien de toutes les communautés. Il était fier de l'oeuvre française accomplie par toutes les générations de médecins sortis de la faculté de médecine, la seconde de France après Paris. Cet homme remarquable de simplicité, au comportement de chevalier, m'expliquait son désarroi d'après 1962:" Les médecins pieds-noirs ont fait dans leur exil le bonheur de toutes les facultés de France, mais c'est l'Algérie mon pays qui en avait le plus besoin." Homme clairvoyant et épris de justice, il n'était pas dupe des efforts que l'administration française devait entreprendre pour réduire les inégalités. Il était ravi et fier d'être Président d'honneur de l'ABEO dont il estimait que le quartier de Bab el Oued avait un impérieux devoir de regrouper ses enfants au sein d'une association. J'avais organisé sa venue à Rognes pour la dédicace de son livre d'amour :" Algérie, l'oeuvre française" aux éditions Robert Laffont.

Il s'est éteint le 31 janvier 1991, quelques jours après m'avoir remis ces notes sur l'hôpital Barbier-Hugo parues dans le journal de l'ABEO. Nous étions six enfants de Bab el Oued à lui rendre un dernier hommage en déposant son cercueil dans le caveau familial au cimetière St Pierre de Marseille. Son plus grand regret: ne pas avoir été enterré avec les siens dans son Algérie natale.

Voilà pourquoi, consciemment ou inconsciemment, nous éprouvons une grande fierté d'être un enfant de Bab el Oued; nous sommes héritiers de valeurs humaines dispensées par ces altruistes immodérés, notables ou anonymes, qui ont modestement et inlassablement durant toute leur vie, mis leur petite pierre à la construction d'une belle fraternité et d'un peuple nouveau aujourd'hui en voie de disparition.

Michèle VERNETTOZZA

Oui, en effet, nous avions des expressions bien à nous à BEO et dans toute l'Algérie aussi....: compère Loriot, caca de cheval ou de pigeon...

Notre langage était très imagé et nous l'utilisions fréquemment....Mais tout cela faisait notre charme et nous différenciait de la Métropole...

Vous souvez-vous du nougat turc que nous appelions caca de cheval si bien qu'un de mes cousins qui était très petit en Algérie disait lorsqu'il voyait un cheval faire ses besoins: tiens il fait du nougat turc....Ceci est véridique et peut-être qu'il se reconnaîtra s'il va sur ce site.....

En fait il s'agit de l'Halva turc qui est délicieux mais avec tout plein de calories.....

Entre ce nougat et les bonnes pralines de chez nous, il y a de quoi dire....

A BEO: dans les rues et au marché, les marchants vendaient tout cela au moment des fêtes de Noêl...Je m'en souviens comme si c'était hier. Pierrette doit bien s'en rappeler aussi.....

Tout ce petit monde faisait notre joie comme nulle part ailleurs...Ensuite on mangeait des la calentita puis les beignets de chez Blanchette, puis les cacahuétes, les bliblis et les jujubes chez les petits marchantd de la rue....

Je me souviens de cacahuétes toutes chaudes dans des petits cornets faits dans des journaux...

Je vous laisse sur ces notes nostalgiques....Bon après-midi à tous.

Michel SUCH

Et pourquoi frotter l'orgelet avec une pièce de 1 sou frappée de la francisque?

On retrouve ce métal dans presque toutes les pommades contre les compère-loriots vendues en pharmacie... Alors...

Le zinc?

Bravo!

Sans le savoir nos grand-mères faisaient de la chimie, de la pharmacie, de la science appliquée et surtout, elle nous aimaient.

Elle me manque ma grand-mère un peu sorcière.

Parfois il me semble l'entendre chuchoter" Michel mon fils arrête de lire tu vas t'user les yeux."

Mais sans la lecture, nous ne serions pas là, devant nos écrans, à trouver des définitions à des actions qu'elles pratiquaient par la transmission d'un savoir oral.

Continuons à les faire vivre, à transmettre notre culture.

""S'il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu'on a perdu, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d'inhumain qui m'habite aujourd'hui.Un émigrant revient dans sa patrie. Et moi je me souviens. Ironie,

raidissement, tout se tait et me voici rapatrié." Albert Camus. "Entre oui et non.""

Ajout de photos

- Ajout de photos dans Retrouvailles de Christian TIMONER

Michel SUCH

Je pensais ma grand-mère unique et je me rends compte que dans Alger, BEO et certainement dans tout le pays, des centaines de vieilles femmes vêtues de noir faisaient bouillir de l'eau, crachaient dans des pots, récitaient des prières... Massaient les ventres gonflés avec de l'huile d'olive et de l'eau bénite. C'est péché de vouloir toujours expliquer le pourquoi du comment et de trouver une racine à ce que vous appelez "enfite". Chez nous, dans cette rue en impasse qui se terminait par un escalier dans lequel j'ai failli des dizaines de fois me casser la gargoulette en ramenant de chez Madame Nivart, une bouteille d'huile à crédit; oui chez nous dans cette rue François Séranno, anciennement rue de La Vigie on venait chez ma grand-mère pour l'INFITE. Pour moi ce mot est magique et avec l'enfite, je viens de laisser échapper ma bouteille d'huile d'olive. Elle va encore me gueuler dessus ma Mémé Angèle la maltaise. Et tout ça pour un E à la place d'un I. Même si vous avez raison... J'ai pas tord! Et les "compalorios" alors hein! Y'a que ma mémé qui les soignait?( Pour les lettrés, ne pas prononcer le S et ne venaient pas me dire que cela vient de l'espagnol...)Ma Mémé m'a laissé quelques pouvoirs et je sens que certains vont devoir faire provision de "bliblis". Oui, chez moi, dans cette rue en impasse anciennement Rue de la Vigie, les pois chiches étaient déjà grillés...

Vivent nous ôtes!!!

Michel

Antoine BILLOTTA

Moi aussi, j'ai été guéri de "l'enfite" et des coups de soleil comme vous le décrivez. Par ailleurs, quand, selon ma mère, j'avais "le mauvais œil", elle m'envoyait. chez la grand-mère de Kiki Sultan, 4 Bd de Provence.

J'avais toujours un petit peu la trouille car cette "vieille" dame imposante et majestueuse que je rencontrais habituellement vêtue de noir, avec un chignon impeccable, me recevait chez elle en peignoir et ça me débousselait.

Elle me faisait asseoir près de sa table et, craintif, j'attendais qu'elle mît fin à ses préparatifs : elle allumait une bougie tout en psalmodiant ses prières, s'asseyait en face de moi, enlevait une épingle des ses cheveux pas encore coiffés, ce qui entraînait leur chute et mon angoisse; elle parvenait à percer un pois chiche avec cette épingle et elle le passait sur la flamme de la bougie en ouvrant ses grands yeux ...

je crois que j'osais à peine respirer, les yeux rivés sur cette flamme et ce pois chiche qui noircissait, noircissait, rougeoyait puis s'enflammait ! ! ! envoyant ses lueurs dans les yeux immenses et figés de Mme Sultan tandis que, seules, ses lèvres remuaient. Alors, elle prenait une grande respiration et soufflait sur la flamme, l'éteignant en faisant des cercles dans l'espace, laissant le pois chiche s'éteindre de lui-même...

"Antoine, tu as le mauvais œil, beaucoup; reviens demain, mon fils"...

Elle me raccompagnait et comme elle habitait au rez-de-chaussée,je me retrouvais très rapidement au grand jour et dans la rue, un peu plus rassuré : ma mère avait raison et demain, Mme Sultan me délivrerait.... Et le lendemain matin, même rituel, mêmes gestes, mêmes prières, une autre épingle à cheveux sans doute, un nouveau pois chiche mais qui peine à s'enflammer et moi de me rasséréner.... "A demain, mon petit"....Et le 3è jour, non! je ne suis pas monté aux cieux: le pois chiche n'a jamais pu s'enflammer ! ! Mme Sultan avait vaincu mon mauvais œil. Je lui faisais un bisou et repartais tout guilleret, sachant que si mes résultats de jeune lycéen faiblissaient, c'était à cause du "mauvais oeil"...

Vrai ? Faux ? Que sont-ils devenus, mes résultats ? Si je vous le dis, vous ne le croiriez pas ....Mais ce dont je veux témoigner, c'est que Mme Sultan avait probablement un don et qu'elle l'offrait gratuitement. Ensuite, que je n'ai jamais réussi à enflammer un pois chiche ! ! !

Robert VOIRIN

RIEN QUE JE MARCHE DANS L'AVENUE

Ca yest, me revoilà plongé dans des scènes qu'elles me reviennent,

akarbi elles sont comme écrites dans d'immortelles rengaines,

elles déferlent en moi pareilles aux vagues de la Madrague

que c'est la plus belle des plages.

Non bessif, je ne serai jamais dans la " nuit noire de l'oubli "

comme dans la chanson, car j'y pense bezef à mon petit paradis.

Il est six heures du soir mainant, je sors de chez moi rue Réaumur,

puis je descends fissa les escaliers du Cassis, qu'ils sont raides ça c'est sur,

je continue rue Cardinal Verdier jusqu' là bas en bas,

et la oilà mon avenue de la Bouzaréah !

Qué calor en ce début de soirée, mais c'est impeccable pour faire un tour,

j'arrive aux Trois Horloges que y'en a qu'une qui marche comme toujours,

cette place c'est le plus beau des carrefours !

Une affiche au sol annonce un bal à Padovani avec l'orchestre Ripoll

où yen a qui se prennent pour les rois du tango ma parole,

et que le choléra i'm dévore les yeux si c'est pas vrai,

on se croirait kif kif dans la scène principale d'un tableau animé

par des tchatcheurs heureux, acteurs pleins de gaieté.

Planté devant chez Moati où les gens font la chaîne, j'observe ce monde en ballade,

autour de moi ce n'est que tchalefs et rigolades,

ici on s'arrête, on tape cinq, et devant la pharmaçie on repart de plus belle

pour se faire l'avenue plusieurs fois comme dans un rituel.

Une fois que j'ai tout bien aregardé, et vinga comment que j'me lance

à mon tour dans cette folle ambiance,

ba ba ba ! les filles bras dessus bras dessous en robe légère ont un air triomphant,

les épaules bronzées , elles ont un sourire éclatant,

d'un pas léger et rien qu'avec un peu de tcheklala, elles sillonnent le trottoir,

suivies pas des garçons qui ne veulent pas faire tchoufa, alors ils sont pleins d'espoir...

Faut être jmaous pour vouloir traverser au milieu des Vespas et Lambrettas,

Dauphines, Arondes, Fregates, Dyna Panhard, 203, et autres motos Puch et Jawa,

c'est un tintamarre sympathique, sans parler des grincements terribes du tram des T.A.

Je rêve ou quoi, on perd pas la fugure devant ce spectacle sans égal,

heureusement que je suis pas bizlouche car pour moi c'est un régal,

ça peut pas exister ailleurs un endroit si convivial !

Des cafés et des magasins qu'est ce qu'y en a pas

les chaussures Pons, le photographe Petrusa,

le marchand de journeaux Spadaro, la teinturerie Serra, l'ébéniste Pedro,

Vidal et Méléga, le chausseur Marco

l'Epi d'Or, les jouets ElBaz, la boucherie Henny,

le Select Bar, Chez Jules, le monoprix ex Trianon, les vêtements Ricry

et par la rascasse de sa race, c'est sur que j'en oublie.

Quand j'arrive devant Roma Glace, qu'est ce que je vois pas devant mes yeux !

sur un fil glissent doucement des beignets délicieux...

Mais je continue, je sens qu'il flotte dans l'air des odeurs de kemias

surtout quand j'arrive au niveau de la rue Barra,

devant le bar Alexandre ça sent bon les brochettes,

dedans on dirait que certains sont un peu chispounes... c'est la fête...

En rejoignant mes copains rue Montaigne devant le café des frères Escobedo

je passe devant Discophone où je vois affichée une photo de Dario Moreno.

On se fait un aller et retour en errière dans l'avenue parce qu'on est pas des ouellos,

puis on pousse jusqu'à la Grande Brasserie où ça se bouscule au comptoir,

mais par la mort de ses os on doit la quitter cette avenue pleine de belles d'histoires,

nous on voudrait que ça s'arrête pas, pourtant on se dit chiao

en se séparant à la rampe en fer de l'avenue Durando.

Jean Michel et moi on descend jusqu'à la Consolation et bientôt

on passe la Poire d'Or et la Princesse, la Poste, Maillot et enfin devant la Cité Picardie

chacun remonte à la maison la tête encore pleine

des images de ce Bab el Oued que l'on aime,

je n'ai que seize ans, mais si je devais le quitter un jour, j'aurai la rabia,

j'ai l'impression qu'il me manque déjà...

Robert Voirin

Michel SUCH

pour Liliane Domenech

il me semble que nous avons la même grand-mère... en plus des coups de soleil, la mienne enlevait "l'infite" et les "compalorios"... C'est à croire que nous sommes tous frères... et soeurs. La mienne, de grand-mère, chauffait de l'eau dans des pots de conserves. Elle utilisait un vieux (à l'époque, il était déjà vieux)réchaud à pétrole. Quand ça bouillait, elle jetait une poignée de sel dans le pot, elle approchait son visage de l'eau chaude, crachait dedans et marmonnait des prières. Ensuite, elle renversait le contenu des pots dans des assiettes (un peu comme on le fait avec la tortilla dé patatas) J'ai toujours pensé qu'elle était un peu sorcière cette grand-mère qui m'a élevé et que je garde toujours en pensée. D'origine maltaise, elle est née à Alger en 1895. Son nom de fille était Borg, celui de femme Tomani. Depuis 1970, elle repose à Thiais. Si un jour elle avait pensé qu'on parlerait d'elle sur le site à Christian elle m'aurait dit "t'yes fou mon fils... c'est pas pour nous. Et arrête de lire et d'écrire tu t'iuse les yeux..."

Merci chère Liliane de m'avoir donné encore une fois l'occasion de parler de ma grand-mère Angèle. "Angèle la maltaise" comme elle aimait à se nommer.

Michel

Antoine BILLOTTA

Tout le monde l'a vu ou en a entendu parler. Je veux parler du film "Bienvenue chez les ch'ti".

J'ai bien aimé mais...ayant vécu mon exil douloureusement, comme la plupart d'entre nous, je ne peux que me rendre à l'évidence :

je suis d'une autre terre, où je me rends plusieurs fois par jour, où je me sens bien, où je me ressource parce que je vous retrouve, parce que je me retrouve dans vos récits, dans nos quartiers, nos rues, nos maisons, nos escaliers, nos étages, nos odeurs, nos cris et nos écrits, nos voisins, nos copains, nos béguines, notre marché grouillant de sangs-mêlés, nos écoles, nos classes, nos mères et nos pères, nos engueulades, nos fêtes, nos disparu-e-s etc...

Alors OUI : "Bienvenue chez les ch'timoner" (= "T'es mon air")car c'est là que je le prends mon air, mon oxygène indispensable pour que mon cœur continue à battre grâce à Christian et aux souvenirs que vous toutes et tous nous offrez si généreusement.

....A la mi-août (Lucien Jeunesse), Acropolis, Adieu (Mireille Mathieu),Adieu M. le Professeur (Hugues Aufray), Bleu, blanc, bleu, Chiquitita, Fleur de Paris, Le petit cordonnier, Etoile des Neiges, deux ailes et trois plumes (Enrico Macias), Frou-Frou, Maurice Chevalier, Line Renaud, André Clavaud, Tino Rossi, Luis Mariano etc...etc..... ça vous parle tout ça, non ? Parmi toutes ces (vieilles) chansons, ... certaines d'un autre temps très lointain !!...Il y en a sûrement une qui vous rappellera un tendre souvenir, une personne qui a plus ou moins profondément marqué votre vie, un évènement du passé ou récent, ou tout simplement "revoir "nos parents, en fredonner certaines.... « une chanson douce » par exemple ...ou alors écouter tout simplement ..."c'est beau la vie"!!! A chacun son jardin secret. Allez, un peu de nostalgie ! ! !... Pour votre délectation, allez sur le site "Bienvenue chez Muse" : vous y retrouverez une série de chansons avec paroles et musique qui devraient vous être agréables ...et peut-être vous rappeler des souvenirs. Ce sera ma petite contribution à l'animation de notre site "à nous" et d'ores et déjà, je vous remercie de nous faire part de vos ressentis, comme me l'ont déjà exprimé certain-e-s après des mois, voire des années de silence...mieux quand même que celles et ceux qui se sont tus ou se taisent intentionnellement, ne s'identifiant peut-être pas à notre ferveur et à notre fierté de Babelouédien-ne-s. Mais je rends l'antenne...A vous les studios.......

Alfred LANGLOIS (Freddy)

AH ! les boules de SAPINDUS, indissociables des petits paquets de BLEU,

pour la lessive mensuelle.

Nous nous les achetions, tous les mois la veille des jours de lessive, à la droguerie Driguez (pas loin des trois Horloges.)

Ces deux "ingrédients" ajoutés à l'eau dans la lessiveuse où devait bouillir "le blanc", avaient pour but, je crois, l'un d'en raviver la blancheur (le bleu) et l'autre de le désinfecter (le sapindus).

Les petits paquets de "BLEU" se vendaient à la pièce et les boules de SAPINDUS au poids.

Se vendaient au poids, également, les boules de NAPHTALINE, pour garnir les armoires et les placards.

Que de souvenirs et surtout que D'ODEURS OUBLIEES !

Amitiés Freddy

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