Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

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André TRIVES

A Guy SOLTANA et son épouse

Ce magnifique poème qui nous fait parcourir les rues du quartier ne peut pas nous laisser indifférent. Il est magnifique de vérité. Mais si je suis boulversé par cet écrit c'est surtout parce qu'il est écrit par une Alsacienne née dans les brumes de l'Est, son épouse, qui n'a jamais vécu à BEO. Je crois connaître comment cela est possible: c'est tout simplement l'immense amour qu'elle porte à son tendre et "fragile" GUY. Je dis "fragile", car nous sommes tous comme lui, blessés à jamais par l'histoire injuste que nous avons subit dans notre jeunesse. Et le miracle de l'amour a fait que l'Alsacienne, telle une éponge, a capté les émotions de son homme humilié par le destin pour restituer sa douleur. Quelle magnifique leçon donnée par la fille de l'Est et l'enfant de BEO: ils nous redonnent espoir dans les valeurs humaines. Merci, au nom des frères et soeurs de Bab el Oued, continuez de nous faire du bien à l'âme et au coeur.

Fraternellement Vôtre

Guy SOLTANA

Après le très bel hommage rendu par André Trives à tous ces merveilleux petits commerçants de BEO, je prends la suite des souvenirs avec ce poème, toujours écrit par mon épouse.

Ma rue, mon quartier.

La rue de ma jeunesse et celle de mon coeur

Est restée tout là-bas écrasée de chaleur

Elle danse dans ma tête, habillée de lumière

Remplie de cris d'enfants et de gens ordinaires.

La rue de mon enfance est celle des copains

De mes belles années et du premier béguin

Celle que j'ai quittée, la laissant à son sort

Y penser seulement et mon coeur bat plus fort.

Et je ferme les yeux et murmure son nom

Ce nom mélodieux qu'est celui de Mizon

Avec la rue Suffren et Vasco de Gama

Elle fut le témoin de nos jeux d'autrefois.

C'était notre quartier au goût de paradis

Et la Cour des Miracles en était le parvis

En étions nous les anges ou bien les garnements ?

Qu'importe, nous vivions heureux et insouciants.

Ô oui je voudrais tant retrouver mon quartier

Ma rue et mes amis, l'enfant que j'ai été

Jouer aux osselets ou à la boléra

A seven ou aux tchapes et à fava-vinga.

Entasser les noyaux et les viser debout

Taper dans la pelote, l'envoyer dans l'égout

Tenter acrobaties sur l'unique patin

Rouler en carriole et faire le malin.

J'aimerais parcourir ma rue de bas en haut

Grimper les escaliers au trot et au galop

Me faire des frayeurs dans la maison fantôme

Et ne rien laisser voir, prouver qu'on est un homme.

Oublier les devoirs, ils attendront demain

A grands coups de sifflets appeler les copains

Leur lancer des cailloux, passoire sur la tête Casque des valeureux, jurer en patatouète.

Nous avions tous dix ans, un peu moins, un peu plus

Nous aimions ce quartier, cela de plus en plus

Nous aimions cette vie tous les jours un peu plus

La joie, l'exubérance et aussi beaucoup plus.

Et viennent les vieux jours, les rides et encore plus

Ils me mènent tout droit, direction terminus

Bercés du souvenir de ma rue et de plus

Quand nous avions dix ans, un peu moins, un peu plus.

A mon cousin Serge

À tous mes copains du quartier qui se reconnaîtront :

Riri

François

Jean-Pierre l'Australien

Norbert

P'tit Jean

Marco

Alain

José

P'tit Pierre

Michel

Francis

et aussi à tous ceux qui reconnaîtront leur enfance à travers ces quelques vers.

André TRIVES

Les petits commerçants de Bab el Oued

En hommage à mes perents, je voudrais remettre en lumière ceux que l'on appelait "les petits commerçants de BEO". De l'épicier au laitier, du cafetier au marchand de vaisselles, du droguiste au charbonnier, du boulanger au charcutier, du coiffeur au tenancier du "bain maure", de l'échoppe enfumée par les beignets arabes de Blanchette à TAGO, le vendeur itinérant de calentita, les rues du quartier embaumaient d'odeurs inoubliables chaque matin. La particularité de cette époque c'est que l'on trouvait des ateliers de réparation et de réfection en tous genres: on réparait une TSF, un transistor, un réveil ou un fer à repasser, on remettait à neuf un matelas de laine par rendez-vous sur la terrasse de l'immeuble en convoquant le matelassier, le rempailleur de chaises rxerçait son talent sur les trottoirs, les femmes faisaient stopper à la boutique de la remailleuse leurs bas filés, tandis que le cordonnier dans un capharnaüm de chaussures en détresse, ressemelait à longueur de journée celles "qui avaient faim". Il faut dire que le prix accordé aux choses et aux vêtements en particulier avait de l'importance; on jetait à la poubelle que ceux qui ne pouvaient se réparer. Autre particularité, il y avait de nombreux artisans qui exerçaient à leur domicile et compte tenu de la réputation qu'ils avaient, le quartier décernait le titre de notoriété absolu en les nommant:"roi" de leur métier. Ainsi, ROMANO, le "roi du chocolat" à la cité des HBM,rue Picardie, nous éblouissait par ses créations en cacao lors des fêtes de Pâques et de Noël. Le dimanche matin, il y avait la cohue dans le fournil situé en sous-sol rue du Roussillon: le "roi du mille-feuille" donnait en spectacle sa préparation avec une dextérité remarquable; il alignait les plaques sorties du four, crémait, glaçait, décorait et découpait la pâte feuilletée légèrement grillée et gorgée de crème patissière, sous le regard figé d'une foule de gourmets enivrée du parfum suave qu'elle respirait à pleins poumons en attendant d'être servie. Le "roi du nougat" c'était Manolo, un natif de la région d'Alicante, qui faisait saliver les habitants de son immeuble avec l'odeur des amandes d'Espagne qu'il grillait dans le plus grand secret; alors l'alchimiste du plaisir donnait naissance à un "torron" dur ou mou qu'il enveloppait amoureusement dans un papier cellophane: c'était décembre et les fêtes de fin d'années étaient toutes proches. Les coutumes sont comme les tics, on ne peut jamais sans défaire. On trouvait également à domicile de nombreux tailleurs et couturières qui débordaient d'activité au moment des fêtes pour habiller les enfants, mais aussi pour préparer une communion ou un mariage. Je ne peux oublier le " roi du pantalon" rue Picardie: Georgeot Bensimon, un personnage extraordinaire et plein d'humanité décédé à Marseille loin de son quartier qu'il aimait par dessus tout. " Georgeot, te souviens-tu d'un couscous au Hasban que ta maman nous avait servi à ta demande et de cette sépia au noir que l'on avait saucé sur le carrelage du club de volley des HBM parce que malencontreusement la marmite avait culbuté sur le sol. C'est toi, qui m'avait appris un jour que pendant la guerre tous les juifs de France et d'Algérie avaient été renvoyés de leur emploi seulement parce qu'ils étaient juifs; tu avais alors changé pour toujours ma vision sur les idées reçues. Permets-moi de terminer avec l'humour qui caractérisait le grand coeur que tu étais lorsque dans un sourire éclatant, tu lançais : " tu prends ton bain Simon ".

Certes, tous ces petits commerçants n'étaient certainement pas les plus à plaindre par rapport à l'échelle sociale; sauf que pour eux, une journée de travail durait allègrement entre douze et seize heurs non stop, qu'ils recevaient la clientèle sept jours sur sept et qu'ils ne prenaient jamais de vacances; on peut facilement comprendre que leur situation n'était enviée par personne.

Mais, qui étaient-ils ces petits commerçants ? Des privilégiés ayant hérités de fortunes familiales ? Des grandes familles qui suivaient une tradition bourgeoise ? Des nantis qui investissaient des avoirs spéculatifs ? Des riches bénéficiant de la bonne grâce des banques ? QUE NENNI, la grande majorité des petits commerçants de Bab el Oued étaient tout simplement le ....... ( VOUS LE SAUREZ PROCHAINEMENT DANS CETTE MESSAGERIE) André TRIVES

Les petits commerçants de Bab el Oued

(SUITE du texte paru le 6 novembre 2008 et qui terminait par la question suivants:" Mais qui étaient ces petits commerçants ? ")

La grande majorité étaient tout simplement le produit de la crise économique et du chômage qui avaient sévi dans les années 1929-1936 où le "tube" à la mode était "l'Internationale" et la couleur préférée de tous le rouge car le quartier, comme un seul homme, était communiste. C'est bien ici à Bab el Oued, que fut fondé en 1937 le journal "Alger Républicain" dont Albert CAMUS, fils de parents illétrés, fut journaliste l'année suivante. La récession économique dans cette période créa un marasme sans précédent et nos jeunes parents connurent les pires difficultés pour nourrir leur famille. Le marché, vivier des ménagères d'ordinaire exubérant, traduisait une ambiance morose où toutes les conversations tournaient autour de la fermeture des ateliers de confection. Les couturières et les petites mains qui travaillaient à leur domicile se voyaient réduites à l'inactivité faute d'approvisionnement et rejoignaient leur mari déjà sur le carreau. Plus de pantalon à monter à cinquante sous la pièce et, nourrir sa famille était devenu un casse-tête de tous les instants. Les soupers pris à la lueur d'une lampe à pétrole se composaient souvent d'un bol de café au lait et de tartines de pain rassis; se coucher avec l'estomac dans les talons était le lot commun de chaque foyer. Plus de travail assuré pour tous, les petites entreprises familiales en faillite se multipliaient, plus de perspective d'avenir, seuls les petits boulots payés à l'heure étaient proposés. La Mairie d'Alger n'avait plus aucune peine à embaucher des journaliers qui formaient de longues files d'attente dès l'aube chaque matin, et à qui l'on confiait le débouchage et l'entretien des égouts de la ville. De nombreuses maladies affectèrent ces volontaires honteux qui arpentaient de jour comme de nuit le dédale des caniveaux souterrains à l'odeur pestilentielle parcourus par des meutes de rats. Le salaire de la peur leur donnait droit pour certains au destin malchanceux de contracter le typhus ou le choléra aux conséquences malheureusement radicales. Les veinards rentraient à la maison au petit matin et devaient se décrotter un long moment au savon noir dans la cuvette émaillée pour espérer faire disparaître l'odeur nauséabonde qui collait à leur peau. Compte tenu de leur aptitude en maçonnerie, les chômeurs du bâtiment se voyaient proposer du travail au cimetière de St Eugène où ils étaient utilisés dans toutes les opérations funéraires: creusement des tombes, exhumation, inhumation, exhumation et réduction de corps qu'ils accomplissaient à main nue.

D'immenses manifestations partaient de la place des Trois Horloges en direction du centre-ville d'Alger pour réclamer du travail et du pain. La détresse se lisait collectivement et les nouvelles déversaient par la TSF parasitée en provenance de France n'étaient pas encourageantes. Les chants du Carmen de Bizet avaient déserté les chaînes d'empaquetage à la main des cigarettes: les cigarières des manufactures de tabac Bastos ou Mélia avaient rejoint le flot des chômeurs qui touchait désormais toutes les familles. Malgré le soleil imperturbable destiné à donner un enthousiasme sans fin, des jours tristes et pour plusieurs années s'étaient levés sur Bab el Oued; même "Maria de Barcelone" ne résonnait plus dans le choeur des lavandières du lavoir de la Bassetta devenu silencieux.

Ah, si Emile Zola à cette époque avait vécu dans notre quartier !

Ainsi, les pénuries, les grèves de désespoir, les difficultés de tous ordres, une vie sans horizon vécue au jour le jour, un avenir totalement bouché, conduisirent bon nombre de nos parents à réfléchir sur un destin qui ne dépendrait plus dorénavant que d'eux-mêmes. En finir avec la dépendance d'un travail fourni par un patron si généreux soit-il,et désormais ne dépendre que de soi-même. Ainsi une page important fut tournée et de nombreux petits commerces et emplois à domicile virent le jour et donnèrent un peu d'espoir à ces laissés-pour-compte. Dans toutes les rues passantes on vit surgir des magasins dans toutes les branches d'activité, tandis qu'à domicile dans des espaces minuscules se créèrent des métiers qui répondaient au besoin de la population: coiffeuse, couturière ou laveuse-repasseuse par exemple.

Mes parents décidèrent de créer un magasin de vins et liqueurs au 4 de la rue des Moulins, à deux pas du marché, et pour faire un pied de nez à la pénurie qui sévissait, ils l'appelèrent:" Aux caves de l'abondance". On peut imaginer aisément le chemin de croix qu'ils eurent à entreprendre pour aboutir à leur projet. Sans économie et aucune garantie,la banque d'Alger comme toutes les banques ne prêtant qu'aux possédants, ils se résolurent au prêt d'un usurier ( à BEO avec la crise et la demande, le métier d'usurier était en pleine expansion); ainsi, la Régie Foncière qui gérait le parc immobilier des principales rues, consentit la location d'un local vétuste et abondonné que mon père avec ses mains de maçon expérimenté transforma en un magasin moderne et accueillant en s'investissant jour et nuit. C'est bien dans ces circonstances que les nouveaux petits commerçants abandonnèrent provisoirement le monde ouvrier pour lancer leur propre affaire à l'hypothétique réussite. Provisoirement dis-je, car certains y revinrent dans les années meilleures soit à cause de leur échec, ou pour cumuler les deux métiers devenus indispensable pour faire face aux conditions de vie qui désormais comptaient de nouvelles bouches à nourrir.

En 1962, alors que l'été continuait d'apporter le bonheur dans ce beau pays, ils durent quitter le commerce qui représentait toute leur vie; laissant rayons, étagères, vitrines chargées de victuailles et de marchandises. Ils pensaient revenir et retrouver leur clientèle qu'ils avaient servi pendant plus de 25 ans. Le destin en décida autrement...

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- 1 photo dans Ecole La Consolation de Nadir ASSARI

- 2 photos dans Ecole Jean-Baptiste CECCALDI de la rue LARREY de Nadir ASSARI

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- 2 photos dans Ecole Lelievre de Laurent VASILE

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