pied noir
Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER
 

Livre d'or : message de Antoine/Tony BILLOTTA

De : Antoine/Tony BILLOTTAEnvoyer un mail

Le : 20/08/2026 16:50

MON ENFANCE A L'ESPLANADE DE HUBERT ZAKINE.

Un p'tit chouïa d'érudition pour ceux qui veulent pas mourir idiot ! Napoléon III qu'il était venu à Alger en 1861, il avait demandé à sa femme l'impératrice Eugénie d'aller voir si là-bas, il y était ! Elle avait dû lui casser les bonbons ! Alors, elle s'est promenée dans les rues et elle a attrapé une insolation. Obligé, la pauvrette, elle avait dû oublier son ombrelle chochotte. A savoir ce qu'elle a fait à son empereur de mari pour regagner ses grâces, toujours est-il (ne croyez pas que je parle toujours comme ça, hein!) qu'elle a demandé à l'empereur de planter des arbres parce que, décidément, y avait trop de soleil, en Algérie. Qu'est-ce qu'elle croyait, celle là-là ? Qu'en l'Algérie, y faisait un temps pourri comme à Paris ! Et mon empereur, cucu la praline comme tout, il a dessiné lui-même les trouées des boulevards Laferrière et Général Farre futur Guillemin avec plein d'ombres et une tonne de verdure. Et voilà, l'histoire du jardin Guillemin! Ça vous en bouche un coin, hein ?
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Napoléon, c'est bien joli à Paris mais nous, à l'Esplanade, on avait aussi, quelques Empereurs. Prenez Antoine Espig qui s'installe rue Delacroix en 1876 pour le commerce du safran importé d'Espagne. De fil en aiguille, la famille crée la marque du fameux safran Spigol que tout le monde s'arrache et, pas seulement, en Algérie. C'est comme Grosoli, l'empereur du créponné, des tranches napolitaines et des bombes glacées où vous croyez qu'il s'est installé ? Rue Lazerges, à l'Esplanade! Et le vin ne sera pas Monserrat comme le chante le fameux slogan mais le Royal Kébir de Frederic Lung même que ses entrepôts y sont situés au 9 avenue Malakoff. Idem pour les sommiers Royal indéformables, inusables et solides qui font concurrence aux sommiers Mondial. Le Majestic qui appartient au maltais Seiberras (chof, l'érudition!) c'est paraît-il, le plus grand cinéma de France, et peut-être d'Europe et tant qu'on y est, pourquoi pas, du monde! Albert Yvel, enfant de Bab El Oued, y décroche son premier titre européen des poids lourds contre l’Espagnol Paco Bueno sur la scène du Majestic puis conserve sa couronne en 1947 au stade de Saint-Eugène contre l’Italien Tontini, au milieu d’une cohue indescriptible. Purée, qu'est-ce qu'on est fort à l'Esplanade.
Le sport, c'était la raison de vivre de la jeunesse. Les clubs y poussent comme des champignons: l’Elan de Bab El Oued, Pro Patria, C.C.B.E.O. club cycliste de Bab El Oued même que Hubert Ferrer, il a tapé quelques tours de France, Algeria Sports, Footbal Club Rochambeau où Marcel Salva il a fait ses premiers pas, Sporting Club Algerois, le fameux Spadegna, équipe des porteurs d’espadrilles, Joyeuse Union Algeroise, Racing Club Nelson, Sport Athletique Bab El Oued, Volley Club Habitations Bon Marche, j'en passe et des meilleurs.
C’est en 1949 que le stade Marcel Cerdan il est inauguré à la Consolation. Alphonse Halimi, apprenti-tailleur, chez mon oncle, y rangera définitivement son aiguille d’apiéceur et sa pelote d’épingles avant de donner une véritable tlérah à l’italien Mario D’Agata pour devenir champion du monde des poids coqs.
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A l'Esplanade, comme dans tout Bab El Oued, on aimait les vivants et on respectait les morts. A cause de la fameuse impératrice, vous savez celle qui gonflait les bonbons de Napoléon III, la percée qui aboutissait aux Bains des Familles délogea les anciens cimetières de l’Esplanade. Après un tcherklala (agitation) pas possible entre les propriétaires de terrain, les promoteurs et les profiteurs, le projet vit le jour en 1880 grâce à la confiscation municipale d'un terrain appartenant à la famille Oualid, à Saint-Eugène, limitrophe de Bab El Oued. Limitrophe ou off-limits, that's the question?
Quand on veut, on peut expliquer le pourquoi du comment de la controverse sur le off-limits de l'Esplanade.
On l'a déjà dit, les émigrants espagnols fondent Bab El Oued. En 1830, aimable comme une porte de prison, l'entrée de la ville (ou la sortie c'est selon si tu rentres ou tu sors. La palisse, c'est bibi) se dresse, sous les anciens remparts ottomans, sensiblement, à hauteur de la caserne Pélissier et du Lycée Bugeaud. En 18 ans, les immeubles poussent comme des champignons et la ville étend ses bras vers Bab El Oued. Plus le temps y passe, et plus le génie militaire il est obligé de se rendre compte que la ville elle étouffe. Ni une, ni deux, comme le génie il est intelligent, en 1848, y se prend pour Hercule et y déplace les fortifications sur la place du Général Farre futur boulevard Guillemin.,
Encore douze ans de construction et de tcherklala, et en 1860, les portes sont envoyées chez leur mère. Plus de portes, plus de frontières, plus de off limits! Alger s'aère. Bab El Oued respire. Bab El Oued est émancipée! Les portes marquaient la frontière de Bab-El-Oued. Bab El Oued devient un quartier d'Alger. Bab El Oued est réunifié.
C'est la fiesta bohémienne mais y'a toujours des empêcheurs de tourner en rond! Peut-être que ces ignares y pensent qu'il vaut mieux tourner en carré! Yaré, yaré! Ils restent avec l'ancienne image des portes de 1830. Des rétrogrades, quoi! Mais petit à petit, l'Esplanade, bien qu'elle revendique sa propre identité, devient fille de Bab El Oued.
Purée, ma parole, j'aurais dû faire prof d'histoire! Avec une serviette sous le bras, des souliers pas cirées et des lunettes de laouère. Genre Topaze! Aouah, qué j'm'en fiche de Charlemagne et de Godefroi de Bouillon et de Roland de Roncevaux! Ah, ça y est, je sais, j'aurais pu être prof d'histoire de l'Algérie! Ouahhhhh! C'est ma mère qui aurait été contente! Qué dommage, quand même, hein, c'est pêché!
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Allez arrêtons de rêver va! La réalité elle a dépassé la fiction. On est parti de l'Esplanade, une main devant, une main derrière, loin de notre quartier, loin de nos amis, de nos copains et de l'Esplanade, de Bab El Oued et des Trois Horloges, de la Basseta et des Messageries, de nos cinémas, de nos petites fiancées, de l'ASSE et du GALLIA, loin de tout ce qui faisait notre vie. J'ai plus le cœur à plaisanter.
Je pourrais dire: kirikiki, mon conte est fini mais je préfère laisser le mot de la fin à Jean Brune qui parle un français moins pataouète que le mien:
Enfin l’Esplanade est le seul quartier d’Alger qui communie aussi intimement avec la mer. Alger peut lancer vers elle la passerelle moderne de l’avenue du 8 Novembre. L’Esplanade reste un bastion bâti sur un rocher face aux colères du vent du large et aux brisants sur lesquels vint mourir jadis un bateau qui s’appelait « La Reine Mathilde ».
Nulle part ailleurs qu’à l’Esplanade la mer n’est plus proche de la ville, on en devine nulle part autant qu’ici la prodigieuse présence vivante et nulle part ailleurs la vie citadine n’est mieux rythmée par les échos alternés des grondements et des murmures de la Méditerranée.
Quand l’hiver fait rage, les embruns battent les avenues de l’Esplanade comme le pont d’un navire.
Quand l’été sourit les parfums de l’iode enchantent les aurores et les crépuscules… et quelle que soit la saison, on retrouve sur les ferrures rongées des balcons et des portes, les stigmates qui font la noblesse des vieilles cités maritimes.
Par un étrange paradoxe, ce faubourg d’Alger qui a voulu se donner un visage de quartier bourgeois, est peut-être celui où les souvenirs de l’Alger barbaresque restent les plus vivants.
Vue de la mer l’Esplanade semble à peine superposée à une vieille lithographie. Les bastions dont les murs plongent dans la mer sont les mêmes qu’autrefois. Ils ont seulement reçu une destination différente.
Hubert Zakine

FIN

 

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