Livre d'or : message de Antoine/Tony BILLOTTA
Le : 06/08/2021 17:59
Hubert Zakine
36 min ·
"TCHALEFS D'UN ENFANT DE BAB EL OUED de Hubert Zakine
SOUVENIRS DE L’ECOLE ROCHAMBEAU ..............
Parmi les souvenirs que, même les plus babaos d’entre nous y veulent pas oublier c’est, sans conteste, l’école qui fait encore couler quelques larmes sur nos joues mal rasées. Peut être que les bancs de l’école y z’ont usé nos culottes courtes, peut être que les punitions à faire à la maison en cachette pour que notre mère, elle attrape pas « un coup de sang », elles nous gênaient pas tant que ça, peut être que tout au fond de nos cœurs de petits « chitanes » mal élevés, le nom de nos maitres et maitresses y se sont inscrits indélébiles dans nos mémoires, plus profondément en tous cas qu’on voudrait bien le laisser deviner, aujourd’hui qu’on est devenus grands.
Qué, devenus grands ! Quand on repense à nos années de billets d’honneur, de craie blanche et de tableau noir, on redevient des enfants pas très sages, mais des enfants quand même qui aiment évoquer ces années de lumière lors de retrouvailles dans un sous bois enfumé. Alors, on se souvient de Mr Serror, Papa Ayache, Pietri, Castellani, Vittori, Benfredj, notre chère madame Dahan et bien d’autres avec des étoiles au fond des yeux.
Pour ma part, j’ai une tendresse toute particulière pour un homme et une femme qui ont gravé dans ma mémoire des souvenirs indélébiles. Et lorsque, au hasard de la vie, dans une rue de Toulon, je me suis retrouvé nez à nez avec Mr Ayache, bien que de très (trop) nombreuses années s’étaient enfuies depuis le jour fatidique de l’indépendance, je suis redevenu l’enfant qu’il avait quitté le 30 Juin 1956. Surtout qu’il m’a apostrophé par mon nom comme si on s’était vu la veille :
--« Ô Zakine, comment tu vas ? »
--« Bonjour Mr Ayache, vous vous rappelez de moi ? »
--« Je me rappelles de tous MES élèves, je dis bien de tous ! »
Tous SES élèves, au cours des années où il exerça, lui avaient témoigné leur affection en l’appelant non pas Mr Ayache mais PAPA AYACHE.
Ainsi, au fil du temps et des générations, le surnom incrusté dans les cœurs d’adolescent est demeuré dans nos mémoires d’hommes. Avec mon ami, Henri Agullo, nous l’avons fêté lors des retrouvailles de l’A.B.E.O et plus tard, avec mon frère qui fut lui aussi SON élève, nous l’avons porté vers sa dernière demeure. Nous lui avons rendu, à la fin de sa vie, l’affection, le respect et l’hommage que cet homme de bien méritait.
Une Dame avec un grand D était la directrice de l’école maternelle de la rue Rochambeau. Tous les élèves gardent de Madame Dahan un souvenir ému car cette Dame nous impressionnait par sa beauté, sa prestance et son caractère. Nous l’avons retrouvé à Marseille où elle coulait une retraite paisible et l’avons, comme PAPA Ayache, fêtée au rassemblement de l’A.B.E.O. Elle était très émue devant ces hommes et ces femmes qui n’avaient jamais oublié qu’ils avaient été SES élèves.
Dans sa grande capeline et sous son élégant chapeau, elle avait goûté aux joies d’être connue et reconnue par toute la communauté de Bab El Oued.
D’autres souvenirs d’école habillent ma mémoire mais je les évoquerai sans tristesse dans d’autres « tchalefs » que je dédie à tous les « chitanes » d’Alger la blanche.
FIN
SOUVENIRS DE L’ECOLE ( bis )
D’autres souvenirs de l’école Rochambeau, y en a « une chiée plus quinze. » (Je sais, c’est vilain, mais ces expressions, tellement elles font partie de nous autres qu’on dirait que c’est du Ronsard!)
Qui se souvient de ces chiens savants qui venaient nous taper la danse du ventre et de ce cow-boy qui se prenait pour Hopalong Cassidy, le roi du lasso qui nous donnait le tournis ? De ce couple de photographes pointilleux au possible (y faut dire qu’avec les zigotos de Rochambeau, Lelièvre , Franklin et
Sygwalt, plus d’un photographe y se serait jeté au Kassour !) et surtout de Madame Juan, la concierge de l’école, d’une gentillesse à toute épreuve ?
Le petit muret qui nous séparait de la cour des filles qui, à la récréation, se faisaient draguer par les garçons jusqu’à l’intervention de la préposée à la cour (c’est le cas de le dire !) ? Les parties de « pigeon » à la récré, pourquoi « pigeon », dieu seul y le sait ? C’était pas mieux de dire « à la mora », à savoir !
Les maitres y z’avaient tous leurs petites manies.
Mr Sapina il avait trouvé la note parfaite, « plus que parfait ». Parfait c’était pas assez……..parfait. L’élève qui obtenait « plus que parfait », ça le montait au pinacle quand c’était pas chez Azrine. Car, on regardait dans nos classes de Bab El Oued ceux qui avaient une bonne note comme un « fils à pepe » ou comme un martien.
Mr Lucas, le directeur il avait toujours à portée de main son trousseau de clé professionnel. Pourquoi professionnel, parce que une vingtaine de clés, les unes plus grosses et lourdes que les autres, garnissaient le trousseau. Seulement, Mr Lucas c’était un nerveux et y avait de quoi avec la bande de oualiones qui sévissaient dans sa classe. Et chaque fois qu’un élève y faisait du bruit ou qu’il amusait la galerie, Mr Lucas y se transformait en lanceur de trousseau de clés. BA BA BA ! Ca faisait un de ces mal (Normalement si j’étais un algérois des beaux quartiers, je dirais un de ces maux, mais j’suis de Bab El Oued) ! Mr Lucas, il avait du s’entrainer parce qu’il ratait rarement la cible !
Mr Vittori, avec son borsalino et son accent corse, son index de la main droite jauni par la cigarette et son costume sombre, y semblait tout droit sorti d’un film d’Humphrey Bogart. Dans sa classe, personne y bronchait. Je me souviens d’une bagarre avec Papa Ayache dans la cour au sujet d’un élève qu’il avait maltraité et qui lui valut sa mise à pied (en voiture ou à cheval) mais la vérité, j’ignore le fin mot de cette histoire que je vous narre (ba ! ba ! ba ! Comment je parle bien !) alors, je préfère m’abstenir ! Ya pas à dire hein, l’école Rochambeau y avait pas que des babaos, suivez mon regard de laouère !
Madame Castellani c’était la maitresse de la classe de 5ème que je sais plus à quoi elle correspond au jour d’aujourd’hui (zarmah, je parle comme un bâchelier). Je me rappelle d’elle d’abord parce qu’elle ressemblait à la sœur de ma mère, tata Lisette que son vrai prénom Elise ça faisait trop chic pour habiter rue Marengo dans la casbah. Y faut dire que c’était plus dans l’air du temps de Bab El Oued avec toutes les Claudette, les Paulette, les Fifinette, les Mauricette, les Josette, les Marinette j’en passe et des meilleures. C’est bizarre cette idée qu’elles avaient les mères de chez nous d’appeler leurs filles avec des « ette » comme il en pleuvait.
Mme Castellani, elle avait une grosse règle en bois dur qu’elle administrait à ceux qui jouaient les zigotos. Le bout des doigts repliés vers le haut, le malheureux y morflait un maximum sous ses coups. Et mon ami, elle y allait pas avec le dos de la cuillère (encore une expression à la « mords-moi………. »).
Allez va, mieux on pense à nos gentilles têtes blondes et souvent brunes que les maitres y peuvent plus toucher ou sinon on leur fait un procès !
Quand à Mr RUIZ, y parait qu’y matait toutes les femmes. Alors, rien qu’il les convoquait. Pour un oui, pour un non, y faisait la cour aux mères de familles. Heureusement que les hommes y s’occupaient pas trop de l’éducation de leurs enfants ou sinon, Mr RUIZ, il aurait pas fait long feu à Rochambeau comme dans toutes les écoles de Bab El Oued voire d’Alger et tant qu’on y est dans l’Algérie toute entière.
Heureux temps de notre enfance et de notre école quand les maitres et les maitresses y prolongeaient l’éducation de nos parents avec sévérité mais avec indulgence et il faut le préciser, avec l’amour de leur métier dans leurs cartables.
FIN
Hubert Zakine
36 min ·
"TCHALEFS D'UN ENFANT DE BAB EL OUED de Hubert Zakine
SOUVENIRS DE L’ECOLE ROCHAMBEAU ..............
Parmi les souvenirs que, même les plus babaos d’entre nous y veulent pas oublier c’est, sans conteste, l’école qui fait encore couler quelques larmes sur nos joues mal rasées. Peut être que les bancs de l’école y z’ont usé nos culottes courtes, peut être que les punitions à faire à la maison en cachette pour que notre mère, elle attrape pas « un coup de sang », elles nous gênaient pas tant que ça, peut être que tout au fond de nos cœurs de petits « chitanes » mal élevés, le nom de nos maitres et maitresses y se sont inscrits indélébiles dans nos mémoires, plus profondément en tous cas qu’on voudrait bien le laisser deviner, aujourd’hui qu’on est devenus grands.
Qué, devenus grands ! Quand on repense à nos années de billets d’honneur, de craie blanche et de tableau noir, on redevient des enfants pas très sages, mais des enfants quand même qui aiment évoquer ces années de lumière lors de retrouvailles dans un sous bois enfumé. Alors, on se souvient de Mr Serror, Papa Ayache, Pietri, Castellani, Vittori, Benfredj, notre chère madame Dahan et bien d’autres avec des étoiles au fond des yeux.
Pour ma part, j’ai une tendresse toute particulière pour un homme et une femme qui ont gravé dans ma mémoire des souvenirs indélébiles. Et lorsque, au hasard de la vie, dans une rue de Toulon, je me suis retrouvé nez à nez avec Mr Ayache, bien que de très (trop) nombreuses années s’étaient enfuies depuis le jour fatidique de l’indépendance, je suis redevenu l’enfant qu’il avait quitté le 30 Juin 1956. Surtout qu’il m’a apostrophé par mon nom comme si on s’était vu la veille :
--« Ô Zakine, comment tu vas ? »
--« Bonjour Mr Ayache, vous vous rappelez de moi ? »
--« Je me rappelles de tous MES élèves, je dis bien de tous ! »
Tous SES élèves, au cours des années où il exerça, lui avaient témoigné leur affection en l’appelant non pas Mr Ayache mais PAPA AYACHE.
Ainsi, au fil du temps et des générations, le surnom incrusté dans les cœurs d’adolescent est demeuré dans nos mémoires d’hommes. Avec mon ami, Henri Agullo, nous l’avons fêté lors des retrouvailles de l’A.B.E.O et plus tard, avec mon frère qui fut lui aussi SON élève, nous l’avons porté vers sa dernière demeure. Nous lui avons rendu, à la fin de sa vie, l’affection, le respect et l’hommage que cet homme de bien méritait.
Une Dame avec un grand D était la directrice de l’école maternelle de la rue Rochambeau. Tous les élèves gardent de Madame Dahan un souvenir ému car cette Dame nous impressionnait par sa beauté, sa prestance et son caractère. Nous l’avons retrouvé à Marseille où elle coulait une retraite paisible et l’avons, comme PAPA Ayache, fêtée au rassemblement de l’A.B.E.O. Elle était très émue devant ces hommes et ces femmes qui n’avaient jamais oublié qu’ils avaient été SES élèves.
Dans sa grande capeline et sous son élégant chapeau, elle avait goûté aux joies d’être connue et reconnue par toute la communauté de Bab El Oued.
D’autres souvenirs d’école habillent ma mémoire mais je les évoquerai sans tristesse dans d’autres « tchalefs » que je dédie à tous les « chitanes » d’Alger la blanche.
FIN
SOUVENIRS DE L’ECOLE ( bis )
D’autres souvenirs de l’école Rochambeau, y en a « une chiée plus quinze. » (Je sais, c’est vilain, mais ces expressions, tellement elles font partie de nous autres qu’on dirait que c’est du Ronsard!)
Qui se souvient de ces chiens savants qui venaient nous taper la danse du ventre et de ce cow-boy qui se prenait pour Hopalong Cassidy, le roi du lasso qui nous donnait le tournis ? De ce couple de photographes pointilleux au possible (y faut dire qu’avec les zigotos de Rochambeau, Lelièvre , Franklin et
Sygwalt, plus d’un photographe y se serait jeté au Kassour !) et surtout de Madame Juan, la concierge de l’école, d’une gentillesse à toute épreuve ?
Le petit muret qui nous séparait de la cour des filles qui, à la récréation, se faisaient draguer par les garçons jusqu’à l’intervention de la préposée à la cour (c’est le cas de le dire !) ? Les parties de « pigeon » à la récré, pourquoi « pigeon », dieu seul y le sait ? C’était pas mieux de dire « à la mora », à savoir !
Les maitres y z’avaient tous leurs petites manies.
Mr Sapina il avait trouvé la note parfaite, « plus que parfait ». Parfait c’était pas assez……..parfait. L’élève qui obtenait « plus que parfait », ça le montait au pinacle quand c’était pas chez Azrine. Car, on regardait dans nos classes de Bab El Oued ceux qui avaient une bonne note comme un « fils à pepe » ou comme un martien.
Mr Lucas, le directeur il avait toujours à portée de main son trousseau de clé professionnel. Pourquoi professionnel, parce que une vingtaine de clés, les unes plus grosses et lourdes que les autres, garnissaient le trousseau. Seulement, Mr Lucas c’était un nerveux et y avait de quoi avec la bande de oualiones qui sévissaient dans sa classe. Et chaque fois qu’un élève y faisait du bruit ou qu’il amusait la galerie, Mr Lucas y se transformait en lanceur de trousseau de clés. BA BA BA ! Ca faisait un de ces mal (Normalement si j’étais un algérois des beaux quartiers, je dirais un de ces maux, mais j’suis de Bab El Oued) ! Mr Lucas, il avait du s’entrainer parce qu’il ratait rarement la cible !
Mr Vittori, avec son borsalino et son accent corse, son index de la main droite jauni par la cigarette et son costume sombre, y semblait tout droit sorti d’un film d’Humphrey Bogart. Dans sa classe, personne y bronchait. Je me souviens d’une bagarre avec Papa Ayache dans la cour au sujet d’un élève qu’il avait maltraité et qui lui valut sa mise à pied (en voiture ou à cheval) mais la vérité, j’ignore le fin mot de cette histoire que je vous narre (ba ! ba ! ba ! Comment je parle bien !) alors, je préfère m’abstenir ! Ya pas à dire hein, l’école Rochambeau y avait pas que des babaos, suivez mon regard de laouère !
Madame Castellani c’était la maitresse de la classe de 5ème que je sais plus à quoi elle correspond au jour d’aujourd’hui (zarmah, je parle comme un bâchelier). Je me rappelle d’elle d’abord parce qu’elle ressemblait à la sœur de ma mère, tata Lisette que son vrai prénom Elise ça faisait trop chic pour habiter rue Marengo dans la casbah. Y faut dire que c’était plus dans l’air du temps de Bab El Oued avec toutes les Claudette, les Paulette, les Fifinette, les Mauricette, les Josette, les Marinette j’en passe et des meilleures. C’est bizarre cette idée qu’elles avaient les mères de chez nous d’appeler leurs filles avec des « ette » comme il en pleuvait.
Mme Castellani, elle avait une grosse règle en bois dur qu’elle administrait à ceux qui jouaient les zigotos. Le bout des doigts repliés vers le haut, le malheureux y morflait un maximum sous ses coups. Et mon ami, elle y allait pas avec le dos de la cuillère (encore une expression à la « mords-moi………. »).
Allez va, mieux on pense à nos gentilles têtes blondes et souvent brunes que les maitres y peuvent plus toucher ou sinon on leur fait un procès !
Quand à Mr RUIZ, y parait qu’y matait toutes les femmes. Alors, rien qu’il les convoquait. Pour un oui, pour un non, y faisait la cour aux mères de familles. Heureusement que les hommes y s’occupaient pas trop de l’éducation de leurs enfants ou sinon, Mr RUIZ, il aurait pas fait long feu à Rochambeau comme dans toutes les écoles de Bab El Oued voire d’Alger et tant qu’on y est dans l’Algérie toute entière.
Heureux temps de notre enfance et de notre école quand les maitres et les maitresses y prolongeaient l’éducation de nos parents avec sévérité mais avec indulgence et il faut le préciser, avec l’amour de leur métier dans leurs cartables.
FIN
Hubert Zakine
