Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

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Robert VOIRIN

Le : 29/12/2009 22:04

BONNE ANNEE 2010

Qu'est ce que j'aimerai que tous ensemble on se réunisse joyeusement,

on serait tellement nombreux qu'il nous faudrait la Place du Gouvernement,

de partout on arriverait fissa, et tout notre cher Bab el Oued se retrouverait

dans un grand mouvement pour la fêter cette purée de nouvelle année !

On dévalerait de la Bassetta ou de la Rampe Valée,, on accourerait de Nelson,

des Messageries, des Place Lelièvre et du Tertre, de la Consolation,

de la Cité Picardie, des jardins Marengo ou du square Guillemin

on se presserait depuis les rues Mizon, Camille Douls ou des Moulins

des rues Leon Roches, Réaumur, Montaigne et Rochambeau,

on viendrait en courant des avenues de la Marne, des Consulats, Malakoff et Durando,

des boulevards de Champagne, de Provence, du Pitolet,

de Padovani, de la Caramoussa, ou du Marché,

enfin de tous ces lieux qui faisaient de notre grand quartier

un paradis si populaire et plein d'humanité.

Alors, au milieu de la Bouzaréah, autour de nos Trois Horloges on se rassemblerait

et ma parole on s'éclaterait dans un ramdam de joie et de fraternité

même si on commençerait à devenir un peu ouellos, mais pas encore des babaos

car on garderait le moral dans ce monde qu'il ne serait pas toujours beau.

Mais aïe aïe aïe je suis de gaz ou quoi, qu'est ce qui se passe,

j'ai comme des blis blis dans la tête, tout ça c'est encore des tchalefs, mais rlass,

j'arrête, car c'était un rêve qui trottait sous mon capéo et que je voulais vous raconter...

Aujourd'hui par la pensée on va essayer de se rassembler pour se la souhaiter cette bonne année,

aussi, à vous tous les Immortels de Bab El Oued je vous présente mes voeux de santé et de bonheur,

vinga que ça continue soua soua, et pourvu que la Mémoire de notre quartier reste dans nos coeurs.

Guy SOLTANA

Les souvenirs sont un bien très précieux. Chacun a les siens mais les nôtres, à nous PN, se ressemblent et je voudrais vous faire partager les miens que mon épouse (l'Alsacienne) a mis en vers pour ma plus grande émotion. Ce poème, un peu long, déjà paru dans le journal de l'ABEO, prend de la place et je voudrais m'en excuser.

Amicalement à vous tous. Guy

Bab-el-Oued

Quand revient l'été et que le soleil

Caresse les roses, mûrit les groseilles

Je suis nostalgique et rêve de là- bas

Du pays perdu qui fut mon chez-moi.

Dans l'air immobile flottent mille senteurs

Des odeurs de miel, de menthe et de fleurs

Et je me revois dans la rue Mizon

Jouer aux soldats ou bien au ballon.

Avec mes copains, P'tit Jean et P'tit Pierre

José et Marco, Michel et Norbert

Nous faisions bien sûr les quatre-cents coups

Nous étions heureux et nous étions fous.

Et je crois sentir l'odeur des beignets

Que le brave Blanchette des fois nous donnait

Nous crachions noyaux, riant et criant

Des bonnes grosses olives du vieux père Hazan.

Ô mon doux quartier, mon cher Bab-el-Oued

Où se côtoyaient Maurice, Mohammed

Je me souviens de ton exubérance

Des années de bonheur de mon enfance.

Et j'entends encore le chant de ma mère

Qui de sa belle voix, si douce et si claire

Rendait un hommage à ce beau pays

Lui jurant, confiante, amour pour la vie.

Il y avait Louis, Roland, Raphaël

Mes tontons frimeurs un peu paternels

Qui au «Pénalty» tenu par Roger

Buvaient l'anisette en jouant aux dés.

Dans les poches profondes de son tablier

Ma vieille grand-mère ramenait du marché

Pour son petit fils et P'tit Jean aussi

Ki-kilomètres, loukoums et oublies.

La rue s'éveillait après la chaleur

Elle s'animait à partir de vingt heures

Le monde affluait à la Basseta

Et on chantait avenue Bouzaréah.

Je revois encore lorsque le jour baisse

Cette foule joyeuse, ces soirées de liesse

Et comme au vieux temps je les vois unis

Parents et amis à jamais partis

Oui, je me souviens de nos dix-huit ans

Nous draguions les filles près du Marignan

Nous étions leurs princes bien sûr en blue-jean

Les rois du quartier roulant en Dauphine.

Au ciné du coin dit le Majestic

Lorsque s'éteignaient les lampes électriques

Nous leur susurrions qu'elles étaient jolies

Et froissions leur jupe en coton vichy.

Aux Trois Horloges nous avions rendez-vous

Et leur carillon se moquait de nous

De notre impatience, de nos prises de tête

Allaient-elles venir, Renée et Francette ?

Dieu, qu'elles étaient belles, de jeunesse parées

En ballerines, un rien effarouchées

Aux surprises-parties ou aux bals du soir

Nous dansions sur les airs des Chaussettes Noires.

Enfants d'ouvriers ou de commerçants

Nous n'étions pas riches, nous étions vaillants

Et nous avions tous un seul voeu fervent

Passer notre vie ici, simplement.

J'ai la nostalgie du bord de la mer

De ses cabanons, celui de mon père

Du sable chaud de la plage de l'Eden

Et des Deux Chameaux, je les croyais miennes.

Les rochers Charlemagne et du Fauteuil

Quand nous sommes partis ont pris le grand deuil

Dans une brume épaisse ils se sont chachés

Afin de ne pas nous voir embarquer.

Ô mon Bab-el-Oued, ma Porte du Ruisseau

Nous t'avons fermée, en larmes, le coeur gros

Pourrai-je un jour encore te pousser

Dans le sens contraire, trouver mon passé ?

Des tendres années laissées sur ton seuil

Mon âme à jamais en porte le deuil

Mes rêves d'enfant comme d'adolescent

Sont restés là-bas, chassés par le vent.

Ô toi Bab-el-Oued, ma cité perdue

Serrés dans tes bras nous avons vécu

Heureux, insouciants, un peu comme des rois

Souviens-toi de nous, Pieds-Noirs,... quelquefois.

Antoine BILLOTTA

Eh voilà! L'avalanche des souvenirs grossit, grossit tellement que des torrents d'émotions viennent nous submerger, nouer nos gorges et embuer nos yeux (non, j'ai pas dit « nous faire pleurer »: on est "schquartiones" ou pas?)....

Maintenant, si tu sais pas qu'en allant sur le site, tu vas direct sur l'quartier sans prendre l'avion ou le bateau, c'est que t'ché barjo ou qu't'ché pas d'chez nous. Alors, te gêne pas, et viens partager ces merveilles avec les ancien-ne-s du site et les nouvelles qui se font de plus en plus nombreuses.

Merci à toi, Annie pour cette balade au PETIT DUC que j'ai connu aussi et dont j'ai vu la démolition. Merci à toi, Jean-Louis pour nous avoir promenés dans ces rues qu'on connaissait comme notre poche et d'avoir cité le nom de Melle Valensi qui (et là, je me rengorge!) a été ma "première maîtresse" en 1946 à l'école Sigwalt, mais rue Charles Lebars où se trouvait également une autre classe: celle de M.Gantchoula

Depuis le 1er jour où elle est arrivée tout vêtue de rouge, elle a profondément marqué ma vie puisqu'elle m'a toujours suivi et dirigé à distance à telle enseigne que, quand elle nous a quittés pour la rue Mizon, tous les parents et les enfants en avaient été consternés. Mais bon, elle habitait avenue de la Marne et je me consolais tant bien que mal puisque je la rencontrais tous les matins en allant au lycée, rougissant chaque fois qu'elle me faisait la bise et s'informant de mon travail.

Et puis un jour, le ciel qui me tombe sur la tête: on reçoit à la maison son faire-part de mariage ! ! ! P....! quel choc ! Moi, Son Chouchou, Son Chéri, me faire ça à moi! J'en ai été malade et priais tous les saints que ce mariage ne se fît point....Et la veille de son mariage, vous ne le croirez pas, un pneumatique (lettre urgente par porteur) arriva, nous annonçant qu'il était rompu....

Vous dire que j'en étais heureux est faible...Je la retrouvais chaque jour, et puis aussi lors de mon certificat d'études au CC Lelièvre, en candidat libre avec ses grands yeux écarquillés pour me demander ce que je pouvais bien faire ici......Puis ce fut la Fac, la vie active, l’éloignement et en juin 1961, la convocation au Lycée Delacroix pour corriger les épreuves d’anglais du BEPC dans une salle réservée à cet effet. Parfois, on se levait pour se dégourdir les jambes, discuter un brin avec les autres collègues. Vers midi, je me dirigeais vers la sortie quand, d’une autre salle , à ma grande surprise, apparut une dame bien habillée et élégamment coiffée :…Melle Valensi ! ! ! Elle m’a pris dans ses bras, m’a embrassé et après quelques balbutiements de ma part, m’a entraîné dans la salle de correction des épreuves de français où se trouvaient encore tous les correcteurs en s’exclamant à haute voix :« Je vous présente Antoine. Je l’ai eu comme élève au CP et maintenant il est professeur ! C’est extraordinaire, non ? » Et de continuer à m’encenser et tenir des propos dithyrambiques à mon égard. J’étais rouge de confusion, mal à l’aise, sans voix….: Je redevenais le petit garçon de l’école Sigwalt, comme au 1er jour de sa rentrée où mon cœur s’était mis à battre à tout rompre….

Depuis ce jour, je ne l’ai plus revue, sans jamais l’avoir oubliée…

Merci, Melle Valensi de m’avoir appris à lire et à écrire et donc permis de raconter et partager cette belle histoire avec toutes celles et ceux que j’aime.

Robert VOIRIN

UN DIMANCHE AU BOULEVARD BRU

Dans les méandres du long fleuve de la mémoire si fidèle

qu'elle nous permet de garder notre histoire immortelle,

nous aurons toujours quelque chose d'Alger

qui nous replonge dans nos joies passées.

Une fois de plus cela se passe lors d'un dimanche, peut être d'avril,

mon père nous emmène en auto de l'autre côté de la ville

pour passer une journée en famille.

Nous prenons de la hauteur par la rue Mizon et la rampe Valée,

passons la caserne d'Orléans, les Tagarins sont maintenant tout près,

on en contourne le stade, et sur le boulevard du Télémly nous roulons un bon moment.

Que la route est agréable quand nous montons vers le Parc de Galland

que je connais pour avoir dévaler ses escaliers qui descendent majestueusement

au milieu de plans d'eau recouverts de nénuphars aux tons éclatants.

Nous longeons alors le parc luxuriant du Palais d'Eté, et un peu plus loin

on aperçoit l'Hôtel St Georges et son charmant jardin,

après, au niveau de la Maison de la Radio nous sommes tout près

du boulevard Bru où mon oncle Vincent, boulanger

tient sa boutique sur cette longue et jolie voie étalée

sur le flanc de la colline en direction de la Redoute et du Clos Salembier.

L'après midi nous partons en promenade,

j'en profite pour m'éclipser et partir seul en ballade,

je continue sur le boulevard au hasard puis je m'asseois sur un parapet,

et là je découvre pour la première fois le spectacle fascinant d'Alger

s'étalant à perte de vue devant moi comme nulle part ailleurs

dans une parfaite harmonie de formes et de couleurs .

Mon âme de jeune garçon a du mal à absorber tant de beautés

et en voyant s'étaler devant moi tous ces quartiers

je me dis quelle chance j'ai de pouvoir ainsi les admirer.

Soudain une jolie nymphe venant de je ne sais où me rejoint,

elle commence par me décrire le panorama comme une habituée du coin,

depuis le Ravin de la Femme Sauvage, dont elle me raconte la légende oubliée

de cette mère qui, folle de désespoir de n'avoir pu retrouver ses enfants égarés

vécut seule dans les bois et disparut à jamais.

Après le Ruisseau, elle me montre un lieu de rêve et de calme, le Jardin d'Essai

aux allées ombragées bordées d'arbres exotiques aux verts les plus nuançés,

puis on continue vers Belcourt, et vers la route moutonnière qui longe le Hamma.

Je vois alors son regard planant au dessus du Champ de Manoeuvres et de Mustapha,

du square Laférière, et remontant vers le Fort l'Empereur et le haut de la Casbah

il plonge en direction de l'Amirauté, du phare, et de la jetée tout là bas.

Notre regard glisse alors vers l'immense port, jusqu'au bassin de l'Agha,

et au delà vers cette baie si belle qu'elle semble nous offrir une invitation

à la rejoindre dans la tièdeur de ses flots bleus pour y nager à l'unisson.

Limite superbe de la ville, c'est moi qui lui montre Notre Dame d'Afrique

bien minuscule dans le lointain, mais toujours aussi magnifique.

Longtemps elle va continuer à me parler de notre ville avec passion,

je continuer à regarder ce beau tableau tout en l'écoutant avec attention,

mais alors que je n'ai pas encore eu le temps de digérer

un tel spectacle, voilà que, sans crier gare, la belle disparaît

et me laisse seul, je la cherche alors longuement sans que je puisse la retrouver.

Je rejoints alors ma famille, et dans la 203 je suis encore amer

alors que nous rejoignons Bab El Oued, mon quartier, par le bord de mer.

En rentrant rue Réaumur j'ai l'esprit un peu chamboulé,

je me dis que je retournerai vite chez mon oncle pour revoir cet Alger de lumière,

et qu'à cette occasion je ferai tout pour retrouver mon petit guide éphémère

car depuis que je l'ai rencontrée elle reste pour moi tout un mystère.

Robert Voirin (Rue Réaumur)