Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Michel SUCH

pour Papy. aller acheter un morceau de glace sans prendre un vieux journal... Quoi c'est pas hygiènique! Et alors, brûler les mains d'un enfant. Hein! C'est quoi ça? C'est des souvenirs qu'on traîne avec nous toute une vie... Tout comme la vie, du chaud, du froid, du tiède et parfois, enfin pas souvent, comme de la braîse...

pour Guy Balzano dit "le maire de BEO". Tu as raison pour les oursins. J'en ai bavé d'envie toute la journée et à cause de cette partie de mon visage qui reste paralysée, j'ai inondé le salon et failli me noyer. Heureusement que tout comme toi je flotte...( voir Archimède- (j'ai pas oublié la leçon) ) Et que mon boxer (mon chien, pas mon caleçon) ma jeté une vieille chambre à air que je garde toujours gonflée et prête à l'emploi, des fois que lui aussi, il se mette à baver.

Aux autres...

Je ne me souviens plus de celui qui a parlé de Mr BENSIMON avec tant de chaleur... En plus d'être un excélent prof, c'était, comme disent les brésiliens, une bonne personne... Il avait le nez pour débusquer derrière le bourricot, le petit quelque chose qui n'allez pas en faire un âne.

Quand je rentrais de Sigwalt ou de Lelièvre, à l'heure de la loubia ou du bouzoulouf, je prenais toujours le même chemin pour aller au quartier. J'allais voir si on tirait le boulitch aux bains de chevaux, longeais la caserne, traversais en regardant bien des deux côtés cette rue qui montait sur la gauche vers le cimetière de St Eugène. Je passais devant un café, faisait toujours un geste amical au pompiste de la station "du bout du jardin". Passait devant la famille VROUM VROUM les rois du Vespa et du démarrage sur la roue arrière. J'entrais voler une coca ( pas le soda...paraît qu'y a plein de pathos qui nous lisent pour s'instruire de ce qu'ils ne connaitront jamais...) dans la boulangerie de mon oncle Joachim en lui faisant croire qu'elle était meilleure que celles de mon père... Petit, j'ai toujours été un peu menteur. Continuons notre chemin. Je passais devant un coiffeur qui m'a rasé la boule à zéro pendant plus d'un an sur les recommandations du corps médical aprés une sale maladie à laquelle, j'ai tordu le coup. Non! Pas au coiffeur! à la maladie. Voilà, je suis devant le salon de coiffure, je vais traverser, et à chaque fois c'est pareil. sur le trottoir d'en face, dans un sous sol noir, il y a un homme que je distingue à peine, qui travaille le liège, qui ne lève jamais le nez de son ouvrage, même quand je reste là à le regarder et à lui manger le peu de cette lumière si précieuse qui lui parvient si chichement... Dans le garage de ma mère à Béziers, j'ai encore deux ceintures de sauvetage. Bon d'accord! Des bouées en liège, qu'il avait fabriqué tout spécialement pour moi, puisque tout le monde le sait, j'étais capitaine d'une pastéra, la "St Vincent". Ouais! CAPITAINE! c'est écrit sur le rôle, roulé dans un bambou étanche et fermé par un bouchon de liège qui lui aussi, le"rôle", est dans le garage de ma mère à Béziers avec mes palmes et mon harpon, mon carreau et mon tuba et le gantche à oursins pour ceux qui savent pas les plonger... pôvre d'eux. Cet homme, dans ce soupirail noir, qui travaillait le liège, je n'ai jamais su son nom et pourtant, j'y pense souvent et j'aimerais bien lui redonner une identité. J'aimerais bien dire à Gaëtan, mon petit fils qui va avoir quatre ans. "Tu vois ces bouées en liège, c'est Monsieur " " qui me les a fabriquées , quand j'étais CAPITAINE de bateau à Bab el Oued à la plage de l'Eden, à Alger, là où je suis né, au 4 de la rue François Serrano anciennement rue de la Vigie... Alors, pour que mon petit- fils ne grandisse pas dans l'ignorance... Si quelqu'un peut m'aider...

A celui qui a ressorti "pas bonne échappe", je peux lui dire que ce "pas bonne échappe" m'a évité pas mal de gnons... J'étais un peu moqueur quand j'étais enfant Michel

Michel SUCH

bonjour Side Ali. C'est un bonheur de te lire. Tu parles de Poupée... Une sacrée nageuse. Elle descendait à l'Eden, posait ses tianglesses sur le sable, entrait dans l'eau et nageait vers le large. Elle revenait une bonne heure après, se rhabillait et remontait chez elle. Poupée me fascinait. Dans l'eau, elle était une sirène et sur le gravier de cette partie de plage où elle laissait ses affaires, elle était pour moi, la plus belle des filles du quartier. Elle devait avoir 20 ans,je n'en avais que 12-13 le jour où elle m'a sauvé de la noyade. Tout le monde dans le quartier sait que je suis une brel au foot, qu'au petit couteau je n'ai jamais gagné une partie, que pour les tchaps, c'est tiouffa et que pour la nage, j'ai le bonheur de flotter (voir le théorème de Pythagore). Je connaissait le trajet de Poupée, je savais qu'elle reviendrait vers l'entrée de la plage. Alors j'ai nagé vaille que vaillle et j'ai attendu son retour. Je barbotait, faisait la planche,( mes enfants disent le cachalot) j'attendait le retour de Poupée. Elle ne faisait pas de remous quand elle nageait Poupée. Elle fendait l'eau, toujours au même rythme, toujours dans la même respiration. Je l'ai vue arriver et j'ai fait celui qui a des difficultés. "ça va pas?- J'ai des crampes. - Accroches-toi." Alors je me suis accroché. Elle a vite compris Poupée. ça la bien faite rire et je me suis vite retrouvée la tête sous l'eau. En plongeant, elle me retenait par le fond. Calade, j'ai bu calade et même plus. On raconte dans le quartier que pour la première fois, de mémoire des anciens, le niveau de l'Eden avait baissé... Une sorte de marée basse. Quand elle ma lâché et que je suis remonté à la surface, c'est là que Poupée m'a vraiment sauvé de la noyade et ramené au rocher "à fleur d'eau" . Quand pour la période de Pacques elle venait avec sa famille préparer dans le fournil de mon père, avec les autres clientes, toutes sortes de mounas, de pains farcis de soubressades ou de boutiffaras, ma mère ne pouvait s'empêcher de raconter à cette assemblée de femmes pâtissières comment Poupée m'avait sauvé de la baignade. Bien venu sur le site Side Ali et transmet les amitiés de ma famille à la tienne. Michel Such