Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Keyword - cimetière de Saint Eugène

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HSAMBUCHI

Nostalgie

Parfois..la nuit,quand les souvenirs me tiennent réveillée...me voila transportée «Boulevard de Flandre» ...cette longue allée bordée d'arbres,prise en tenaille par le mur blanc du cimetière de Saint Eugène,et celui,tout en pierres grises de l'Hôpital Maillot...et vient buter sur cette chére rue du Cardinal Verdier au bout..le numéro 60..a l'angle,la marbrerie Louguassi,mais qui a une époque plus lointaine, appartenait a notre Grand'Père ..son nom apparaissait encore ,au fronton en 1960.En face,une porte tristement célèbre,faisant partie de l'hôpital Barbier Hûgo ,dans une salle au réz de chaussée,les cercueils attendaient,le corps des militaires qui avaient succombé a leurs souffrances!..En face, le laboratoire en pharmacie CRÉAT....les jours de fabrication,une odeur forte de créosote envahissait la rue!..A coté le bar «LE PETIT GLACIER»..tenu par la famille Péris...que de bons casses croûtes! ils faisaient!...le pain croustillant venant de chez Sandra..la saubressade et le jambon de chez Cano...mais également et surtout la schorba,qui mijotait toute la matinée ,le parfum du coriandre!...je sent encore l'odeur!!..les amateurs ne manquaient pas!..chaque jour le restaurant était plein a craquer!....les rires fusaient..les voix s'amplifiaient en fin de repas,aidées par le délicieux rosé glacé ...ils refaisaient le monde.!!...plutôt perturbé! mais personne n'en venez aux mains...ils montraient seulement que la vie même difficile était bonne a vivre!!!et reprenaient le chemin de l'usine ou du bureau! Le vendredi soir, les ouvrières sortaient,toutes joyeuses du week end qui s'annonçait ..les unes courants retrouver leurs amoureux,les autres partants ,bras dessus bras dessous,«faire »,comme l,on disait ,l'avenue de la Bouzarhéa..l'avenue des Consulats..entrant a «la Princesse» consommer un succulent gâteau ou une glace..certaines, s'offrant un livre de poche ...revenant sur leurs pas,recommençant a déambuler dans les mêmes rues suivies parles garçons faisant des compliments de la coiffure en choucroute ..des robes en corolles gonflées par 3 ou 4 jupons fraîchement amidonnés ...tous et toutes insouciants et heureux..comme l'on est a 20 ans.....malgré les déchirures qui menaçaient

Pierre-Emile BISBAL

Le cimetière

-« Et tiens-toi bien ! » . Ma grand-mère vient de me donner l’ultime conseil avant de passer le seuil du cimetière de Saint Eugène. Ce n’est pas rien le cimetière. C’est un lieu ou il faut être digne. La preuve, on m’a mis une bel chemise, de l’eau de Cologne et j’ai du me peigner. Nos morts sont-la. Une lourde pierre sur eux, comme pour les empêcher de partir une seconde fois. D’ici, on voit tout, c’est ce que tout le monde dit. Ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé à quel point la vue était magnifique. Cette colline qui ne peut se retenir de dévaler vers la mer. Cet horizon, ouvert à perte de vue. Une mer offerte comme un cadeau. La chaleur qui trouble les détails. Les maisons et les immeubles qui partent à l’assaut de la pente. L’odeur forte des plantes. Mais, à sept ans ce ne sont pas choses que l’on remarque.

Depuis que je sais lire, j’aime bien accompagner ma grand-mère au cimetière. Je file entre les tombes, dans les différents secteurs du cimetière et je déchiffre les noms. On dirait la liste d’appel de la classe.

Aujourd’hui, nous sommes venus voir mon oncle Jean-Pierre, mon oncle paternel. Il est mort à la guerre, six ans avant ma naissance. Il est mort pour la France, c’est marqué sur la tombe. A chaque visite, le rituel est le même. Ma grand-mère pose un baiser sur sa main, ensuite elle caresse doucement la photo un peu bombée en émail. C’est la même photo que celle dans le cadre de cuir rouge foncé sur la cheminée de sa chambre.

Puis elle sort une petit éponge et des chiffons d’un sac en maille qu’elle a elle-même confectionné au crochet. C’est pour moi le signal d’aller jusqu'à la pompe et de rapporter un arrosoir en zinc. Il ne faut pas que je le remplisse entièrement car je ne pourrais pas le porter. Je le tiens loin de moi pour ne pas maculer ma chemise. Elle verse l’eau sur la tombe, doucement et elle nettoie la pierre par de petits frottements circulaires. Elle lave cette tombe comme elle lavait son fils quand il était bébé. Je vais chercher un autre arrosoir. C’est pour rincer. La chaleur chasse l’eau sur la dalle. Alors, cette toilette effectuée ma grand-mère s’assoit sur la pierre. C’est à cet instant que la dame est venue. On ne la connaît pas cette dame… jamais vue. Elle à juste posée une question à ma grande-mère :- « C’est votre fils Madame ? » Ma grand-mère a répondu mais sans dire oui. Elle a juste bougé la tête et bloqué un sanglot. - « Le mien est plus haut », a expliqué la dame. « Vingt ans… A Colmar ». Ma grand-mère s’est levée. Elle a pris la dame par le bras et elle a dit : « Allons le voir », puis elle s’est retournée vers la tombe en disant :-« Jean-Pierre, je reviens ». Nous sommes allés sur la tombe de la dame. La aussi c’est marqué « mort pour la France ». Il s’appelle Baptiste. Elles ont parlé ensemble, doucement, comme pour se dire des secrets. Leurs mouchoirs roulés en boule bloquaient leurs larmes. C’était long. Je me suis assis sur une tombe et j’ai sorti une petite voiture de ma poche. Une dauphine. Je l’ai fait serpenter entre les lettres gravées sur la dalle. Pendant ce temps la, en face de moi, deux mères innocentes subissaient la plus grande cruauté inventée par des Dieux déments : Perdre un enfant. Quand elles ont terminé d’échanger leurs malheurs nous sommes partis. On est passé récupérer le petit filet, l’éponge et les chiffons. On a dit au revoir à mon oncle et ma grand-mère a encore embrassé la photo. La vie nous a rattrapés quand nous sommes sortis du cimetière. :-« Ne cours pas devant Pierre-Emile !». Je suis vite revenu auprès de ma grand-mère. Elle avait cessé de pleurer, mais ça faisait de grandes traces rouges sous ses yeux bleus. J’ai pris sa main et j’ai fait un petit baiser. Avant de remonter à la maison elle m’a emmené chez Coco et Riri. Madame Tuduri , derrière son comptoir, m’a affirmé que j’étais beau comme un astre. :-« On est allé au cimetière », j’ai répondu.. J’ai eu droit à deux sachets de bibérine, un rouleau de réglisse avec un gros bonbon au centre, un coquillage à sucer et des cachous dans une petite boite en carton qui fait domino. C’est toujours comme ça quand on revient du cimetière.