Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Keyword - chez Moati

Fil des billets - Fil des commentaires

Robert VOIRIN

Le : 28/11/2010 09:14

ON VA AU CINEMA

Comme souvent le samedi après midi mon père m’emmène au cinéma, on prend l’avenue de la Bouzareah et la rue Franklin et on arrive au Plazza,

Il joue la Bête Humaine, c'est un très vieux film avec Jean Gabin,

c'est en noir et blanc et je crois que ça parle de train,

dès les premières images je vois tout de suite que ce n’est pas très rigolo,

mon père ça a l'air de lui plaire mais moi il me tarde de sortir au plus tôt.

Enfin la séance se termine, une fois dehors c’est déjà le soir,

on descend la rue Suffren, il y a plein de monde sur les trottoirs,

on arrive aux Trois Horloges, c’est un va et vient permanent,

devant le Café de Provence et vers chez Moati il y a une foule de gens,

les conversations sont animées , on peut dire qu'il y a de l'ambiance ...

Je marche pas loin de mon père qui prend le boulevard de Provence

en direction du bar l'Olympic, de la Princesse et de la Consolation,

mais je le vois tourner avant dans la rue du Roussillon,

je rentre derrière lui dans un café, je crois que c'est le Balto,

c'est plein de monde, , mon père prend une anisette et moi un diabolo,

au comptoir on est serrés, certains sont surement à plusieurs tournées ...

je me régale avec la kemia, c’est des fèves poivrées que je n'arrête pas d'avaler...

En sortant on prend la rue de Chateaudun on arrive face à Saint Joseph et Coco Riri,

je voudrais rester Place Lelièvre mais mon père me dit de filer rue de Normandie,

je le précède ensuite dans la rue du Dauphiné puis on remonte la rue Cardinal Verdier

jusqu'à la Cité Picardie, au bas du chemin Notre Dame d'Afrique on est arrivés.

En rentrant chez nous rue Réaumur ma mère me regarde d’un drôle d'air ironique,

elle se doute de notre arrêt au café, elle fait gentiment à mon père une petite critique

car il est un peu tard et c’est le moment de dîner, mais je n’ai plus très faim,

autour de la table mes soeurs qui se moquent de moi sourient en coin,

c'est vrai que devant mon assiette bien pleine je n’ai pas l’air malin,

je crois que tout ça c’est la faute aux fêves poivrées et à Jean Gabin…

Robert Voirin

Robert VOIRIN

RIEN QUE JE MARCHE DANS L'AVENUE

Ca yest, me revoilà plongé dans des scènes qu'elles me reviennent,

akarbi elles sont comme écrites dans d'immortelles rengaines,

elles déferlent en moi pareilles aux vagues de la Madrague

que c'est la plus belle des plages.

Non bessif, je ne serai jamais dans la " nuit noire de l'oubli "

comme dans la chanson, car j'y pense bezef à mon petit paradis.

Il est six heures du soir mainant, je sors de chez moi rue Réaumur,

puis je descends fissa les escaliers du Cassis, qu'ils sont raides ça c'est sur,

je continue rue Cardinal Verdier jusqu' là bas en bas,

et la oilà mon avenue de la Bouzaréah !

Qué calor en ce début de soirée, mais c'est impeccable pour faire un tour,

j'arrive aux Trois Horloges que y'en a qu'une qui marche comme toujours,

cette place c'est le plus beau des carrefours !

Une affiche au sol annonce un bal à Padovani avec l'orchestre Ripoll

où yen a qui se prennent pour les rois du tango ma parole,

et que le choléra i'm dévore les yeux si c'est pas vrai,

on se croirait kif kif dans la scène principale d'un tableau animé

par des tchatcheurs heureux, acteurs pleins de gaieté.

Planté devant chez Moati où les gens font la chaîne, j'observe ce monde en ballade,

autour de moi ce n'est que tchalefs et rigolades,

ici on s'arrête, on tape cinq, et devant la pharmaçie on repart de plus belle

pour se faire l'avenue plusieurs fois comme dans un rituel.

Une fois que j'ai tout bien aregardé, et vinga comment que j'me lance

à mon tour dans cette folle ambiance,

ba ba ba ! les filles bras dessus bras dessous en robe légère ont un air triomphant,

les épaules bronzées , elles ont un sourire éclatant,

d'un pas léger et rien qu'avec un peu de tcheklala, elles sillonnent le trottoir,

suivies pas des garçons qui ne veulent pas faire tchoufa, alors ils sont pleins d'espoir...

Faut être jmaous pour vouloir traverser au milieu des Vespas et Lambrettas,

Dauphines, Arondes, Fregates, Dyna Panhard, 203, et autres motos Puch et Jawa,

c'est un tintamarre sympathique, sans parler des grincements terribes du tram des T.A.

Je rêve ou quoi, on perd pas la fugure devant ce spectacle sans égal,

heureusement que je suis pas bizlouche car pour moi c'est un régal,

ça peut pas exister ailleurs un endroit si convivial !

Des cafés et des magasins qu'est ce qu'y en a pas

les chaussures Pons, le photographe Petrusa,

le marchand de journeaux Spadaro, la teinturerie Serra, l'ébéniste Pedro,

Vidal et Méléga, le chausseur Marco

l'Epi d'Or, les jouets ElBaz, la boucherie Henny,

le Select Bar, Chez Jules, le monoprix ex Trianon, les vêtements Ricry

et par la rascasse de sa race, c'est sur que j'en oublie.

Quand j'arrive devant Roma Glace, qu'est ce que je vois pas devant mes yeux !

sur un fil glissent doucement des beignets délicieux...

Mais je continue, je sens qu'il flotte dans l'air des odeurs de kemias

surtout quand j'arrive au niveau de la rue Barra,

devant le bar Alexandre ça sent bon les brochettes,

dedans on dirait que certains sont un peu chispounes... c'est la fête...

En rejoignant mes copains rue Montaigne devant le café des frères Escobedo

je passe devant Discophone où je vois affichée une photo de Dario Moreno.

On se fait un aller et retour en errière dans l'avenue parce qu'on est pas des ouellos,

puis on pousse jusqu'à la Grande Brasserie où ça se bouscule au comptoir,

mais par la mort de ses os on doit la quitter cette avenue pleine de belles d'histoires,

nous on voudrait que ça s'arrête pas, pourtant on se dit chiao

en se séparant à la rampe en fer de l'avenue Durando.

Jean Michel et moi on descend jusqu'à la Consolation et bientôt

on passe la Poire d'Or et la Princesse, la Poste, Maillot et enfin devant la Cité Picardie

chacun remonte à la maison la tête encore pleine

des images de ce Bab el Oued que l'on aime,

je n'ai que seize ans, mais si je devais le quitter un jour, j'aurai la rabia,

j'ai l'impression qu'il me manque déjà...

Robert Voirin