Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

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Pierre-Emile BISBAL

Une leçon.

C’est encore raté ! Le corps de bois heurte le sol en premier. Ma toupie, achetée ce matin, tournoie pitoyablement sur son ventre. Elle affiche les stigmates de ma maladresse et de mon inexpérience. Encore neuve, elle est déjà grêlée de chocs. Le trait de peinture rouge qui décore sa partie la plus renflée s’efface à plusieurs endroits. Avec persévérance, j’enroule la cordelette autour du corps de la toupie pour tenter un nouvel essai quand une voix me retient : -« Non, pas comme ça ! C’est pas bon !»

Devant l’entrée du kiosque, un vieux monsieur m’interpelle. C’est Vicente. C’est comme ça que j’ai entendu mon grand-père l’appeler au boulodrome. Depuis un moment, sous sa large casquette, il m’observe tout en surveillant son petit-fils qui fait du tricycle sur la place Lelièvre. Il vient vers moi et grimpe les marches du kiosque. Déjà deux ou trois autres enfants ont stoppé leurs jeux pour regarder ce qui ce passe.

- « Fais voir ta toupie. ».

Il tend sa main, la paume vers le haut et me fait signe de lui donner mon jouet en agitant ses doigts. Je m’exécute et je le préviens.

- « Elle marche pas bien.» Il examine la toupie et hausse les épaules.

- « Ahoua ! Tu racontes des « tchalefs », elle est bien cette toupie. C’est toi qui ne sais pas t’en servir !».

Doucement, il chausse des grosses lunettes marron qu’il tire d’un étui placé dans la poche de poitrine de sa veste. Précautionneusement, il enroule la cordelette autour de la toupie. Il a un petit sourire en coin en exécutant ce travail précis. Il tremble un peu . Je regrette de lui avoir confié mon jouet. Il va me l’abîmer c’est sur. Mon inquiétude grandit. Fataliste je me console en me disant que, de toute façon, cette toupie ne fonctionne pas. Elle doit être mal équilibrée ou alors le clou sur lequel elle est sensée tournoyer n’est pas bien affûté. A moins que ce soit la ficelle, trop courte ou trop longue. S’il la casse ce n’est pas bien grave.

C’est drôle une personne âgée avec une toupie dans la main. Un vieux bonhomme ça joue aux boules, au jacquet ou aux cartes espagnoles au café, mais pas à la toupie. Je suis persuadé qu’il va la jeter trop fort et qu’elle se fracassera sur le ciment du kiosque. Il a relevé un peu la manche de sa veste. En préparant son geste, il me prédit:

- « Tu vas voir comme elle marche bien ! ».

Il lance ma toupie si vite et si fermement que je n’ai même pas eu le temps d’être surpris. Elle atterrit sur sa pointe. Un instant, elle semble immobile, mais elle tourbillonne à toute vitesse. Son museau d’acier frotte sur le ciment, elle ronronne. Elle se déplace au grès des aspérités de la dalle. Le moindre obstacle la fait dévier de sa route. Elle demeure en équilibre pendant un long moment, puis, elle perd de la vitesse, fait quelques embardées comme si la tête lui tournait, deux petits rebonds et se couche sur le coté. Vicente ramasse la toupie et me la rend.

- « Tu vois, qu’elle tourne ta toupie. Mais tu n’enroules pas ta « guitane » comme il faut (Il n’a pas dit pas la ficelle il dit la « guitane ») et ton geste pour la lancer n’est pas bon ».

Il m’a montré comment bien mettre la « guitane ». Il faut que ce soit serré régulièrement autour du corps de la toupie. Pour le geste il m’explique que l’on fait comme si on voulait lancer un caillou pour un ricochet et vite ramener la main en arrière à toute vitesse pour dérouler la cordelette. A une des extrémités de la ficelle il fait une petite boucle qu’il me passe au majeur de la main droite.

- « Tu enlèveras la boucle quand tu sauras bien jeter ta toupie, sinon tes copains diront que tu envoies ta toupie « à la fille » ».

J’ai dit oui. Devant lui je fais un, puis deux, puis trois essais un peu lamentables mais je perçois que les choses vont mieux. A la quatrième tentative, la toupie tombe sur son axe. Elle tournicote maladroitement mais c’est un progrès qui me gonfle de fierté. Pour moi, l’espoir renaît. Je tourne mon regard vers mon mentor. Il a son pouce droit levé et il cligne de l’œil pour dire que c’est bien. Il appelle le gamin qui fait du vélo. Ils partent. Je vois s’éloigner mon professeur de toupie.

Toute la fin de l’après-midi je m’exerce consciencieusement en respectant les commandements de Monsieur Vicente : « Guitane » bien serrée régulièrement, geste sec. Maintenant je réussis à presque tous les coups et ma toupie ondule et virevolte comme il se doit. Alors, j’enlève la boucle autour du doigt et ça marche toujours. La prochaine étape c’est de pouvoir glisser mes doigts écartés sous la toupie quand elle tourbillonne et la récupérer sur la paume de ma main. Mais ça, c’est une autre histoire !

Annie SALORT

A David Medioni

D'après les dires de Mme Melia , patronne de la fabrique de cigarettes , MON PERE Manuel SALORT était le meilleur chauffeur poid-lourd. Sur son immense camion jaune dans l'avenue de la Bouzaréah et la remorque dans la rue Léon Roches chargé de balles de tabac, dont tout le monde regardait la manoeuvre, j'étais trés fière, c'était MON PERE qui était au volant !

De nombreuses voisines travaillaient à la fabrique, et se serait super que vous fassiez mettre la photo des femmes de chez Melia, en votre possession, sur le site ! Avez-vous d'autres photos de chez Melia sur les hommes ? Je suis preneuse !

A Pierre-Emile,

Bravo pour tous ces souvenirs, surtout celui de l'apéro ! Avec MON PERE, j'étais tous les jours au Café au Barcelone , tenu par la fa mille Pozas, eh oui, après l'usine, il jouait au cartes : belote et rebelote ! Et aux cartes espagnoles ! bastos, coppa, épées et ??? Il y avait un billard à trois boules au fond de la salle et pour me faire tenir tranquille j'avais la responsabilité de marquer les points sur le boulier accroché au mur. Et la Kémia de Mme Pozas quel régal, surtout ces beignets de sardines. Je crois qu'il y avait plus de bars que de boulangeries à Bab el oued et çà marchait fort ! et chacun avait sa spécialité de kémia en plus des tramousses, olives et bliblis .

Vous vous souvenez aussi, de la fanfare qui défilait le dimanche matin, et qui attirait toute la population de l'avenue et des rues adjacentes à les applaudir sur leur passage !

Merveilleux souvenirs d'une enfance et adolescence insouciante, malgré les strougas et les évènements comme ont disait ! Quel gachis cette guerre ! Nostalgie quand tu nous tiens !!!!

Fraternellement vôtre !

Annie pla-salort