Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

MANTECAO

Le : 27/10/2010 11:09

Quelques années après notre exode , la maîtresse nous donne un sujet de rédaction , "Si j'étais riche" .Purée.... j'me casse en 4 , je met une introduction , un developpement , une conclusion ... Je m'applique ... j'adore les rédacs , poussée par un vent d'inspiration ... je remplie ma page , je fignole , je brode .... "j'me ballade" au fil des mots.

JOUR J ..... j'suis contente , la maîtresse nous rends nos copies avec nos notes , j'vais avoir au moins 8/10 ..... !!!

Et bien oualou ....! Un zéro pointé j'comprends pas .....

En guise d'introduction j 'avais noté "Si JE SERAI riche " !!!

Conclusion a Bab-El-oued les si aimaient les ré !!! ;-)

Manuel ROBLES

Le : 25/10/2010 11:14

Madame Joseph ..

Le dimanche après-midi ...

104 avenue de la Bouzaréah...

Deuxième étage ...

La table étant débarrassée ..

Les joueurs de belote prenaient place .. sous le regard tranquille de ma grand-mère Ysabel...

En semaine .. l'oncle Manuel prenait bien soin des cartes .. les saupoudrant de talc...

Parfois .. je lui servais de "sparring-partner".. en prévision des "combats de chefs"...

Les participants étaient nombreux...

Si bien .. que se créa un nouveau jeu au 104 ... "la belote à 6" avec 64 cartes ...

Equipe immuable .. pour la "gagne" ... l'oncle Manuel et la tante Josée

Equipe plus détendue ...l'oncle Jean et ma mère Thérèse ... qui ne restait pas trop en place ...

Thérèse qui chantait : "mira que luna ... mira"...

Dédé et Isabelle SANCHEZ ... les cousins ... prenant la relève ...

Et à l'occasion ... les plus jeunes .. participions à ces joutes ...

Il fallait être fort et fair-play ... pour tenir les cartes en mains ... et ne pas être destabilisé .. par l'adversaire...

- On est des champions ..!!!

- La première ... c'est pour les petits ... !!!

L'oncle Jean excellait dans ce genre de lutte verbale...

L'oncle Manuel ... officiait comme caissier ... et distribuait les pions .. rouge ... bleu ... vert ... jaune ...

Quand on tournait .. on récoltait une grande barre jaune ..

Au beau milieu de l'après-midi ... c'était la mi-temps ...

Le grand moment des raffraîchissements ...

J'avais un rôle important ... je devais aller chercher à boire ...

Thérèse .. me donnait des sous ...et je dévalais les escaliers ...

Comme tout le monde .. j'avais soif ...

Le dimanche après-midi ... j'allais à l'épicerie de "Madame Joseph"..

juste en bas des escaliers qui menaient à la menuiserie Tamburini...

Madame Joseph était une dame âgée ...

Elle m'accueillai gentiment dans sa petite boutique ...

J'étais sans doute ... un des rares clients ... ce jour-là...

Mais un bon client ...

Je venais faire provision .. de bouteilles de bière et de limonade..

Des bouteilles ... avec un système de fer et de porcelaine ...qui enserrait le goulot...

J'adorais la limonade ...

Et en prévision du soir ... je prenais .. à la demande de Thérèse ... des cubes de pot-au-feu Maggi... dans leur petite boîte rouge et jaune .. à tête de vache ...

Pour me récompenser ... je réclamais ... des caramels mous ...

Auusi.. Madame Joseph .. passait sa main ... à travers une petite porte grillagée ... pour contenter mon souhait ...

Je crois qu'elle avait des doigts en moins ...

Près de l'épicerie ... se trouvait la pharmacie de Monsieur Villary ...

Un matin ... au 104 ... sur le palier .. je me trouvais face à Marco Melanchon et son chien ... un berger allemand ...

M'approchant du chien .. que je commaissais bien ... et que je caressais assez souvent ...celui-ci bondit sur moi et me mordit au ventre ...

Heureusement .. Marco ... le stoppa dans son élan ...

On m'amena chez Monsieur Villary ... qui posa sur les petites plaies .. deux agrafes qui pinçaient ma peau ...

Je ne pleurais pas ...

Mon tricot .. manches courtes ... était fichu ...

Revenons à ces dimanches après-midi ...

Bon ... je ramenais à la maison ... les commissions ...

Sur la table .. les verres étaient prêts ...

Je me régalais de limonade fraîche...

Les joueurs de cartes ... se désaltéraient en buvant un demi-panaché...

La pause était très agréable ...

Les bouteilles vides ... du dimanche ...

On les gardait .. pour la consigne ...

Et puis ... le dimanche suivant vivait son heure de gloire ...

Je veux bien croire que Madame Joseph m'attendait ...

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André TRIVES

Le : 08/10/2010 10:39

UN TRESOR PERDU: la langue de chez nous.

Existait-il un parler rassembleur qui prenait en compte les langues des diverses communautés vivant en Algérie ? La réponse est OUI.

Ce parler est né dans les années 1850 et s'en est retourné dans l'oubli en 1962. Son lieu d'invention: le faubourg populaire de Bab el Oued à l'ouest d'Alger.Suivant les communautés, on parlait le français

( langue officielle et fédératrice), l'arabe, l'italien,le berbère, l'espagnol, l'hébreu ou le maltais; c'était aussi une bonne manière d'apprendre les langues étrangères à l'école de la rue, mais il fallait impérativement se comprendre. D'où le travail des anciens avec leur sagesse légendaire et l'aide de la vox populi qui ont trituré, malaxé et remodelé dans le creuset de notre quartier populaire les mots incompris pour leur donner une signification qui n'oubliait personne. Ainsi, le "sabir" et le "pataouète" sont nés pour que la vie se déclame en couleurs méditerranéennes pleine de soleil où l'étranger n'apparaissait pas comme un être étrange, mais plutôt comme un être faisant parti du tout. C'était avant tout une considération respectueuse à l'égard des autres que de prendre en compte les racines de chacun. Utiliser un langage commun contenant des tournures spécifiques aux différents cultures, démontrait que l'autre était notre semblable. Trouver ce qui réunissait les valeurs éparses de la diversité, tel était la langue de ches nous.

Auguste ROBINET dit "Musette", grand écrivain qui avait son buste sur la place du Tertre à la Bassetta nous a enchantés avec les célèbres amours de Cagayous. Edmond BRUA dans la célèbre parodie du Cid, plus tard "La famille Hernandez" et récemment Roland BACRI, ont donné leurs lettres de noblesse à notre richesse linguistique perdue. Le parler et l'accent du petit peuple de Bab el Oued étaient un patrimoine commun hérité des générations précédentes et avaient l'avantage de nous faire appartenir à une même et belle famille.

Cette langue singulière avait été façonnée avec l'emploi du geste pour communiquer l'image vivante de la pensée. Sans l'agitation des mains, la phrase perdait tout crédit. La manière était précurseur de la technique du camescope et probablement l'ancêtre de la vidéo actuelle. A l'école, nos maîtres gesticulaient leurs cours pour nous tracer dans un espace virtuel l'abcisse et l'ordonnée, le plus et le moins, sans oublier la place occupée dans la phrase par le sujet, le verbe et le complément. Pour se faire comprendre, il était indispensable de convaincre; alors, souvent, une conversation sur un trottoir laissait penser qu'elle était conduite par un chef d'orchestre symphonique.

A Bab el Oued, les communautés avaient inventé, bien avant l'Espéranto (1887), une langue universelle comprise de tous. Elle était une sorte de tramway de la pensée, comme dans nos anciens trams des T.A.à Alger: bourrés de Français, d'Arabes, d'Italiens, d'Espagnols, Juifs,Musulmans,Chrétiens ou pas. Un mélange extraordinaire échangeant des néologismes, des tournures, des constructions de phrases typiques, un langage parlé et gestuel des plus expressif comme le "bras d'honneur", des vocables télégraphistes ( téléphone arabe) et des syntaxes exubérantes chauffées à blanc par le soleil de méditerranée.

La langue de la tour de BABEL, OUED évidemment.

André TRIVES

Le : 20/09/2010 16:26

Mon cher Langlois,

La tournée de Rocky Volcano en Algérie c'était pendant l'été 196O ou 61 (?)si ma mémoire ne me trahit pas trop; j'étais sur ce stade de Guyotville avec mes copains Mimi, Georgeot BENSIMON ( le roi du pantalon de la cité HBM rue cardinal Verdier), Cosmes et Damien (tailleurs rue Léon Roches. Nous avions, par l'intermédiaire de son guitariste, Claude DJAOUI ( guitariste aussi de Jonnhy HALLIDAY) obtenu la responsabilité d'assurer la sécurité sur tous ses concerts pour un montant d'honoraires qui ne couvraient pas la moitié de nos dépenses. Ainsi, après Guyotville nous sommes partis par la route au Macumba à Oran comme gardes du corps. Nous avions vingt ans et les 480 kilomètres entre Alger et Oran, sous une chaleur de four de boulanger dans la région d'Orléansville, nous les avions parcourus en chantant et en riant.

C'était le bon temps ya rouilla!

Le "bastardo" et "falampo" de de-gol nous a même volé les rêves de jeunesse qui se formaient au hasard de la vie. Il était jaloux ce falso de Colombey car il ne pouvait pas comme nous tous, chaque jour, sentir l'iode de la mer et le jasmin, prendre un bain au Petit Bassin, manger un petit pain à 10 cts garni d'une calentita, pêcher des cabotes et des bouznings, s'tapper un créponné chez Grosoli et surtout, rire à gorge déployée des malheurs qui nous arrivaient...

Alfred LANGLOIS (Freddy)

Le : 20/09/2010 11:33

A Marie Ange

Je suis un "jeune homme", de l'époque (73 ans aujourd'hui) et qui a assister à cette fete de Guyotville qui d'ailleurs, a été la dernière de la région algéroise avant "notre départ".

A l'époque j'habitais Guyotville et jétais jeune marié, mais je suis né à BEO.

Lors de cette fete donc qui s'est déroulée sur le stade nous avons pu apprécier les prestations des CHAUSSETTES NOIRES, avec Eddie MITCHELL, également le groupe des CHATS SAUVAGES, du chanteur ROCKY VOLCANO (disparu des scénes ensuite), et aussi d'un "JAZZ BAND" qui n'avait pas été "gouté" du public, ce qui avait déclanché une petite émeute.

Un début de "bagarre" a fait intervenir une escouade de gardes mobiles, ce qui a provoqué une séance de TI TI TI TA TA, séance partie de l'attraction foraine de la chenille.

Une année ou deux avant lors d'une fete DES BAINBS ROMAINS (fete la plus célébre de notre littoral) nous avions pu apprécier le passage de COCCINELLE et de sa troupe venus spécialement de Paris.

Il ne faut pas oublier "le passage" lors de ces fetes de l'orchestre de JACQUES HELIAN et de son chanteur JEAN MARCO.

QUE DE SOUVENIRS.........

Amitiés

Freddy

Mourad MALKI

Le : 11/09/2010 16:31

Bonjour à Jean - Jean DU COEUR DE BAB EL OUED...

... Bien cher jean, j'etais tres heureux de vous suivre, dans un message ou j'en est eu plein de larmes, quelle emotion, à la rencontre de ces mots, qui evoquaient un souvenir plein de joie; merci pour ces mots qui accompagnaient tant de plaisir et tant de joie dans votre alicale recit. C'est merveilleux ! sensationnel de vous lire , l'effet d'une joie en etait à son plein , une joie que je neux vous decrire , c'est quelque chose qu'on ne peut vous decrire par le truchement des mots ,disant bref et merci encore infiniment ... C'est un plongeon de cinquante annees dans le passé que je venais de revivre à travers votre recit... ...

Mon cher ami jean-jean mon premier buberon je l'ai pris à la goutte de lait chez les petites soeurs bleues, j'habitais un peu plus haut de votre demeure au n° 206 av de la bouzareah tout juste en face la limonaderie DEDE, non loin du triolet - garage DENIS . une cite exiguée ou habitait des maltais espagnols italiens, arabes; francais juifs, chretiens musulmans, ma cohabitations qui battait son plein dans une harmonie fraternelle exceptionnelle c'est bien beau d'evoquer ces souvenirs plein de joie et de plaisir à les redecouvrir...

Concernant votre habitation je crois avoir connu ce lieu , pour l'avoir frequenter de passage puisque on passer a cote pour aller faire nos courses au marche aux fruits et legumes un peu plus bas . Il me semble bien qu'en face de votre demeure il y avait un bain maure , et à la fin un bar bar avec une esplanade ou degustaient les gens leurs boissons alcool, anisette, et soda, en face du bar l'arret du car " CARRERA" un transport pour frais vallon, beau fraisier, village celeste; bouzareah ect.. Juste a cote de la goutte de lait mitoyenne à la cite des moulins a cet endroit il y avait un gros arbre un centenaire je ne sais si vous vous rappelez de cet endroit... Ami jean, ces lignes que je vous trace vous parviennent non loin de l'endroit ou vous habitiez peut etre suis-je à deux kilometres ou moins j'habite actuellement au triolet à la rue de l'oise en contre bas de la cite PEREZ et la cite CHEVALIER,.... Je peux vous faire des pages et des pages sur ces souvenirs d'enfance dont je garde un perpetuel regret d'avoir perdu nos amis d'enfance.... Surtout ne soyez pas decu, vous aussi comme je le sens, votre BAB EL OUED est toujours la pour vous accueillir à revivre ces souvenirs dans la réalités du beau temps vecu... AMICALEMENT A VOUS MOURAD

Jean-Jean MORENO

Le : 11/09/2010 08:43

A Mourad, Kader et tous ceux qui ont encore cette nostalgie de Bab el Oued chevillée au corps comme moi

Où j’habitais, là-bas

L’appartement De Bab el Oued où je vivais avec ma mère, ma sœur et mes deux frères se situait au 64 avenue de la Bouzaréah, juste en face la «Goutte de lait », sorte de dispensaire médical où les personnes indigentes venaient se faire soigner, vacciner et profiter de la distribution journalière de lait pour nourrir leur bébé. Pour atteindre notre logement, on prenait l’entrée entre le Moutchou sur la droite et la mercerie de Mme Gilabert sur la gauche juste en face le café de la Butte et la charcuterie. Vous voyez bien l’endroit, bande de tchoutches ! Juste en bas la côte de la Bassetta, quoi ! On passait cette porte à double battant, traversait un long couloir assez sombre qui menait à un palier desservant d’une part sur la gauche les escaliers menant aux deux étages de l’immeuble où logeait l’ami Jacky Pastor et, d’autre part, en face, une rampe d’escaliers d’une vingtaine de marches descendant vers une petite cour qui desservait trois logements, celui de la famille Caseillès, la famille Ménaoui et le notre. Du fait de son niveau inférieur, cette cour se situait au même niveau que la petite rue Raspail qui reliait par des escaliers la rue Léon Roche à l’avenue de la bouzaréah et se trouvait, elle, en contrebas de l’avenue de la Bouzaréah donc en plein dans le lit de l’oued qui descendait de la Bouzaréah et qui a inondé notre quartier en 2001 entraînant la destruction de nos pâtés de maisons et la disparition de nombreuses personnes.

Malgré l’exiguïté de notre logement (deux pièces et basta !) la cohabitation n’était pas toujours facile mais on n’avait pas le choix ! Le soir on poussait la table, on dépliait les lits. Les matelas par terre pour dormir, on connaissait ! Surtout quand José ou/et Pierre-Jean mes cousins arrivaient pour quelques jours à la maison pendant les vacances et qu’il fallait dormir tête-bêche pour s’en sortir. Mais qu’importe, on faisait pareil quand on allait chez eux! Et on rigolait bien assurément.

Pour le bain, comme beaucoup de familles, on utilisait le grand baquet dans lequel ma mère faisait la lessive. Sous son œil attentif, on y passait chacun notre tour, je pense que beaucoup d’entre nous connaissait cette pratique parce que les salles de bains, à cette époque, y en avaient pas des masses à part peut-être les richards de la cité des Moulins en face de chez nous !!! Et j’en connais !!!

Bien sur, on avait bien une fontaine robinet commune aux trois logements dans le fond de la cour qui nous servait d’évier, lavabo et aux besoins courants de la maison. On y pratiquait également le débarbouillage le matin avant de prendre le chemin de l’école. Souvent c’était chacun son tour pour l’utilisation de la fontaine mais on s’en contentait largement d’autant plus que l’on avait pas encore goutté au progrès et au confort qu’on retrouve maintenant dans pratiquement toutes les habitations.

Je n’osais pas vous parler de notre petit coin, de nos toilettes communes également aux trois familles, mais je vais le faire tout de même parce que cet endroit fait partie de ma vie (j’y ai passé naturellement quelques moments !) Je dis « fait partie de ma vie » et non « faisait partie de ma vie » car l’image de ces toilettes turques me revient constamment en mémoire. Elles étaient également au fond de la cour, auprès de la fontaine, ce qui permettait à nos mères de les nettoyer souvent à grand coup de seaux d’eau, ce qui n’empêchait pas les cafards en été de s’installer au grand dam des utilisateurs. Pas besoin de vous expliquer la trouille qu’on avait quand l’obligation d’y aller se faisait sentir, on demandait toujours à quelqu’un de nous accompagner au cas où !

Chaque année aux beaux jours, généralement au printemps, avec ma mère on sortait tous les meubles de l’appartement (enfin le peu qu’on avait !) et on repeignait ces deux pièces à la chaux avec un gros pinceau rond qui étalait pas mal le liquide blanc tiré d’un grand sceau. Même les poutres du plafond y passaient. Quand le barbouillage était fini, restait plus qu’à nettoyer à grandes eaux la tomette du sol et ça, ce n’était pas une mince affaire ! Il y avait du blanc partout ! Jusque sur nous et nos vêtements!

C’est vrai qu’en arrivant en 62 en Normandie, nous avons eu de la chance de trouver rapidement un logement en HLM et le confort qui allait avec. Mais en pensant à l’accueil que nous avons eu ici où je me suis fait traiter de gros colon, moi le pauvre manant, je n’avais qu’une seule envie : Retourner dans notre Bab el Oued chéri

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