Né à Bab El Oued - 1948 - ALGER

 

Bibliothèque des trois horloges

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Mustapha OUALIKENE

Le : 13/09/2012 01:06

Pour mon ami André Trives

Bonsoir mon ami André tu me demande si c'est bien la librairie Delacaze? Effectivement c'est bien de la même librairie dont on parle c'est dans cette librairie que j'ai achetais ma première boite de compas professionnel NESTLER et une série de plumes entonnoir et à palette pour mes cours de dessinateur industriel au Lycée Technique du ruisseau du Ruisseau pour le cycliste je me rappel pour avoir répare les roues de mon vélo et avoir acheté des autos coulants et des petits fanions chez lui. Ce cycliste était a une dizaine de mètres de la que la typolito. Le marchant de cacahouètes, ah ce personnage incontournable de tous les amateurs de ce fruit sec "la CACHOUETE" servie dans des cornets fais avec du papier de journal nous y avons tous dégusté il avais toujours le même emplacement devant la vitrine de cette papeterie. le parfum et le goût me reste en souvenir heureusement pour moi que ces marchants de cacahuète existent toujours à Bab El Oued entre les trois horloges et le square Guillemin plus spécialement au square Guillemin. Portez vous tous bien et bonne nuit à tous

André TRIVES

Le : 12/09/2012 15:50

A l'attention de Mustapha Oualikene :

Dans les noms de libraires et papetiers du quartier, tu cites BABY-SPORT avenue des Consulats. Est-ce qu'il ne s'agirait pas de la librairie "DELACAZE" près de l'hôpital Maillot? Elle se trouvait à quelques mètres du magasin de cycles KALLISTA. Chaque fin d'après-midi à l'angle de la rue, sous la vitrine du papetier, s'installait un vendeur de cacahuètes qui haranguait les passants en criant : "cacahuètes-guermèche ( ou guelmèche)". Elles sortaient du four toutes chaudes et embaumaient le trottoir. A l'aide d'un petit verre à thé en cuivre il vendait la portion pour 10 ou 20 centimes. Jamais de ma vie, je n'ai mangé d'aussi délicieuses cacahuètes. Tous les habitants de Notre-Dame d'Afrique qui prenaient le trolley à deux pas doivent se souvenir de l'aubaine qu'ils avaient de savourer cet en-cas gourmand en rentrant chez eux. Quand je dis que l'inventeur des cacahuètes vendues dans les supermarchés aujourd'hui est cet homme de Bab el Oued des années 50, je ne crois pas si bien dire...

Mustapha OUALIKENE

Le : 12/09/2012 01:41

Ce soir je suis épuisé mais content. Content et heureux comme un enfant J'ai refait les mêmes geste et la même corvée de mon enfance quand j'étais écolier. Je viens de couvrir 37 livres de classe de mes quatre petites filles. J'ai demandé à leurs parents "mes enfants" de me laisser ce plaisir, tâche fatiguant certes mais oh combien amusante. J'ai expliqué à mes petites filles que de notre temps c'était nous qui recouvrions nos livres et cahiers avec un papier bleu et que nous collions des étiquettes sur lesquelles nous inscrivions nos noms avec la fameuse plume sergent major. Cette instrument qui a disparue de nos jours remplacée par le vulgaire stylo à bille. Mais une chose que je ne m’explique pas, même la senteur des livres et de nos librairies: BABY SPORT avenue des Consulats, BLOGER et MESQUIDA boulevard de Provence, COCO et RIRI place Le Lièvre,PALOMBA rue Montaigne,PINELLI et REVEIL avenue de la Marne, la CHINOISE rue Franklin, cette odeur très particulière a disparue elle aussi,je ne sais pas si c'est le papier utiliser de nos jours ou autre chose, une chose qui est malheureusement sur tous nos petits enfants ne connaîtrons jamais cette particularité qui nous envoûtait et qui nous donnait tant de joie à chaque début de la rentrée scolaire. Quand je raconte à mes petits enfants ce qu'était notre école ils m'écoutent silencieux avec des yeux grands ouvert. il est 00h40 je vais dormir peut être que je rêverais de notre cher école demain matin quand mes enfants déposeront les gamines chez moi elles seront toutes heureuses de retrouvé leurs livres recouvert. Bonne nuit à tous

Robert VOIRIN

Le : 30/08/2012 18:05

Bonjour à tous, pardon je ne suis pas sur de quelques adresses, et j'ai du en oublier quelques uns ...

robert

LES CAFES DU BONHEUR

Encore une fois qu'est ce que je ferai pas pour retrouver ma jeunesse lointaine,

il y avait tellement de choses à vivre dans mon quartier, de force qu'elles me reviennent,

oilà c'était à Bab El Oued pendant une de ces purée de belles soirées d'été

akarbi jamais de la vie j'en avais vu autant à la fois des bars et des cafés,

entention j'avais seize ans, alors j'étais passé devant mais pas entré dedans

pace qu'autrement sur ma vie j'aurais été vite de schpaz ... fatalement !

Parti de chez moi je descends la rue Cardinal Verdier jusqu'au moutchou,

et juste après, le premier que je me retrouve devant c'est le bar " Le Scoubidou ",

anda que je remonte le boulevard de Champagne en direction de la Cantera,

au café " La Butte " yen a des jeunes qui sifflent les canus qui viennent de la Bassetta...

Bien que c'est loin j'me tape jusqu'au " Bar du Triolet ", je contourne le carrefour

mais je vais pas plus loin, je suis au bout de Bab El Oued bessif que je fais demi tour,

et arrivé au coin des rues Léon Roches et Maxime Noiré je passe devant le " Milou Bar ",

je descends à toute blinde, et avenue de la Bouzaréah qu'est ce qui m'attends, à saouar,

je regarde tous les côtés, je rêve ou quoi, dans le coin y a des cafés partout mamamille,

et c'est pas des bloffes, " Mon P'tit Bar ", " Le Café de Barcelone ", le " Café de Séville ",

de chaque côté de chez Moatti le " Bar de la Petite Bourse " et le " Bar Charlot ",

c'est pas possible j'crois pas que ça existait, je vais devenir comme un babao,

le " Bar François ", " l'Atlantic ", " Quittard ", " Le Bienvenu ", le " Café de Provence ",

à l'intérieur on trinque pas avec du selectot ou de la gazouz... vas y l'ambiance !

on tchatche sec en rigolant, on tape cinq, et on se presse dans la gaieté aux comptoirs.

Après les Trois Horloges je vais tacher moyen de me faufiler sur le trottoir,

du " Bar des Nobles Arts " et du " Bar du Trianon " je passe au coin de la rue Suffren

vers le " Bar du Centre " et avant que la toca de rentrer dans un café me prenne

vinga que je remonte fissa en direction du bar le " Victor " en face de Bastos.

Ya le " Bar Lucette " rue Franklin et presque je loupe " Le Palace " purée de ses osses,

en bas de la rue Général Verneau zarma qu'est ce qu'y en a pas encore des cafés,

le " Select " le " Bar des Quatre As " rue Rosetti, le " Bar Alphonse, " Le Tout Alger ",

" Le Madrigal ", du côté Photo Pétrusa le" Café Casano ", le " Bar Ferrer ", le " Penalty ",

les clients ils se régalent attirés comme des arapèdes par des kémias " d'anthologie " ,

ça y va les pois chiches, poivrons, fèves au koumoun, petits rougets grillés, variantes ,

escargots, tramousses, sepia au noir, blis blis, moules, anchois, olives piquantes,

leurs odeurs ennivrantes me font marcher de travers pourtant j'ai pas bu d'anisette...

alors pour me remettre j'ai la gobbia de retourner me taper un beignet chez Blanchette.

Mais non je continue et plus loin je monte dans la rue Barra jusqu'à la rue Montaigne,

c'est là qu'on se retrouve avec les copains chez Escobedo au " Bar des Arènes",

je reprends alors l'avenue jusqu'à la " Grande brasserie " , à l'intérieur c'est la liesse,

il y règne une grande animation sous la baguette du patron Pépète Soliveres,

un peu plus loin c'est le " Café Bénaïm " et en allant tout droit c'est " Chez Lolo ",

en face au coin de la rue Cavalier de la Salle le " bar Aracil ", à coté le café "Scotto ".

J'arrive alors devant " Le Faisan d'Or " tout près des beaux jardins Guillemin,

je continue avenue de la Marne, quel populo au " Gentleman ", et patin et couffin...

à côté " Chez Prosper " , le " Jeny's Bar " où on joue au ping foot en sortant du lycée,

rue Eugène Robe " La Petite Marmite ", à Nelson le café " Soler " le " Bar des Variétés ".

J'arrive gatlek rue Borély la Sapie au " Grand Café Riche " près du somptueux Majestic,

à côté le café " Chez Gatto ", plus loin " La Cigogne " , mais je quitte ce ciné mytchique

pour l'avenue Malakoff, là c'est le " Café d'Alexandrie " et " Cerdan ", rue Rochambeau

" Le Café de Cadix ", et à " L'Algéria " boulevard de Provence j'arrive comme un kilo...

Je continue quand même et je fais un petit tour par la rue de la Consolation,

je passe " Le Taxi Bar " et " Les Ondines " puis je reviens en errière par la rue de Dijon,

à droite " Le St Henri " , j'arregare à droite et à gauche , qu'est ce que je vois pas,

les deux concurrents " l'Olympic " et le " Bar des Avenues " la classe, ba ba ba !

au coin de la rue des Moulins on se bouscule " Chez Riri " et " Au Roi des Escargots "

commme un peu plus loin vers la rue du Roussillon" chez Perez " et au " Balto " .

Je monte vers la Place Lelièvre et me retrouve au " Bar des Sports " rue de Normandie

puis rue de Séville au " Bar de l'Orphéon " près du magasin bien connu Coco Riri,

rue Jean Jaurès au " Bar Tolza " et plus bas au " Jumping Bar " le roi des petites cocas.

Et moins cinq que je l'ai pas vu " Chez Raymond " après la Poste avenue des Consulats,

je remonte alors jusqu'à la rue du Dauphiné en face de l'entrée de l'hôpital Maillot

où au niveau du terminus des TA , c'est " l'Andalou " qui concurrence " chez Mompo ".

Mainant rien que je monte vers chez moi , je retombe dans la rue Cardinal Verdier,

je la continue et je passe devant les bars " Chez Mario " et " Le Petit Glaçier "

mais rlass mon périple dans Bab El Oued se termine dans ma rue Réaumur,

je suis fatigué mais une fois de plus avec ce spectacle unique j'ai pas perdu la fugure.

Quand je rentre à la maison j'ai encore dans le nez toutes ces odeurs de kémia,

dans les yeux tout cette joie de vivre et ma parole c'est sur que je suis pas larma,

j'ai dans la cabessa le tourbillon de toutes ces devantures de bars et cafés,

tout ça c'est pas des tchalefs, ma parole je suis pas prêt de les oublier.

Robert Voirin

André TRIVES et Emile BISBAL

Le : 30/08/2012 08:34

Je dédie ce magnifique texte à tous les enfants de Bab el oued qui nous quittent. Le dernier en date s'appelle Camille...

Comme un arbre...

La vie nous a dérobé le plus beau des matins celui où, sur une de nos branches nous aurions vu renaître la première feuille du printemps. Nous sommes un arbre dont les feuilles ne repoussent plus. Comment pourrait-il en être autrement avec nos racines désormais inutiles car arrachées à cette terre d'Algérie. Nos racines autrefois profondes, robustes, vaillantes, réduites à un entrelacs blanchâtre, stérile, noueux et sec, semblable à ces ossements extirpés à la hâte d'un caveau profané.

Nous vivons notre ultime et interminable hiver. Nos feuilles meurent doucement et partent docilement. Ces feuilles brûlées par un destin féroce et amoral. Une feuille d'Alger, d'Oran, de Tlemcen, de Bône, d'un village du littoral ou du bord de l'Atlas. Une feuille avec ses souvenirs et l'amour des siens comme unique bagage pour le dernier passage. Une feuille qui se détache et plane maladroitement soutenue par l'haleine de la mort dans un balancement disgracieux ignorant le chagrin des vivants.

Nous avons des mots usés et doux pour ceux qui restent. Une salutation murmurée avec son goût de larme. Un geste d'une tendresse retenue. Une main sur une épaule. Une dernière prévenance formulée dans un égal partage entre la mort et la vie. Un nom que l'on glisse lors d'une rencontre pour nous dire qu'il nous a quitté, pour dire qu'elle est partie.

Bientôt, plus rien de vivant ne subsistera de nous. Ceux de notre sang qui n'auront pas connu la vie de « là-bas », ne sauront bientôt plus rien de nos joies et de nos chagrins qui périront de ne plus être écoutés, asphyxiés par l'oubli. Sur ces vieilles photos que les familles conservent,un jour, un enfant cherchera notre nom, le nom d'un lieu, une date. Il ne trouvera pas d'écho. Les feuilles meurent en silence.

Pierre-Emile BISBAL

Tony BILLOTTA

Le : 25/08/2012 08:43

Pour André Trivès, notre....Berger...

Pour la 3è fois, je relis " Le Berger de Mostaganem".

En effet, j'ai été submergé par l'émotion et les souvenirs poignants puisque

- enfant de Babeloued, comme toi, avec le même âge, nous avons grandi ensemble dans ce quartier, joué au hand dans la même équipe, sous les couleurs "rouge et blanc" de l'OBO, exercé le même beau et noble métier d'instituteur et partagé des amitiés fortes et indélébiles comparables à celle que tu as si bien décrite dans ton livre...

- puisque, aussi, j'ai bien connu tes parents et leur magasin situé à quelques 50 mètres de mon domicile....

Tout est remonté à la surface et pour te remercier, te rendre hommage, j'ai voulu partager mes larmes de bonheur et de nostalgie en offrant une dizaine d'ouvrages à des parent-e-s et ami-e-s d'ici et de là-bas, avec l'idée d'en commander au moins autant pour de prochaines occasions.

Mais si la 1ère, voire la 2è lecture m'avaient plongé dans un brouillard de rêve éveillé, me faisant revisiter et vivre intensément notre propre vie avec ces visages, ces rues et ces lieux ô combien familiers et riches de nos enfance et adolescence, je me suis insurgé contre le fait que ton éditeur n'ait pas mis tout en œuvre pour que la forme soit la plus impeccable possible et n'annihile pas l'effet magique du Berger de Mostaganem...

Encore une fois, MERCI et BRAVO pour ta mémoire, ta persévérance, ton courage, ta générosité et ta sensibilité qui nous permettent d'aimer et d'apprécier à sa juste valeur ce fabuleux roman historique....

Historique? Oui, assurément...

Roman? Plutôt saga autobiographique dans lequel nous nous retrouvons toutes et tous, nous les Enfants d'Algérie dans l'amour de celles et ceux qui nous ont donné la vie et élevé dans le respect des autres, de TOUS les autres...

Avec toute mon admiration, je t'embrasse fraternellement,

Antoine / Tony

André TRIVES

Le : 22/08/2012 15:40

Noces de Bab el Oued à TIPAZA

J’ai toujours ce besoin incontrôlable de trifouiller dans l’enregistrement de ma mémoire ancienne pour retrouver la salle des archives qui contient tous les souvenirs, les bons et les mauvais. Je pousse la porte grinçante qui me rappelle que cela fait bien longtemps que je n’y suis venu. Dans la pénombre, sans hésitation, je me dirige vers un rayonnage couvert d’une épaisse poussière, et sur l’étagère branlante je saisis la bobine qui renferme les images en noir et blanc d’une inoubliable sortie éducative à la découverte des ruines romaines de Tipasa organisée par notre instituteur du CM2 de l’école de la Place Lelièvre: Monsieur BENHAÏM.

C’était il y a bien longtemps, 56 ans je crois, et pour moi c’était hier:

Avec l’ensemble des camarades de classe, nous étions excités à l’idée d’aller découvrir ce site historique, et par le fait de ne pas avoir classe ce jour là. Il faut dire aussi, que pour la majorité d’entre nous, partir en véhicule à moteur loin du quartier, c’était un véritable baptême.

Dès sept heures, on avait pris place dans l’autocar garé rue Jean Jaurès, et Monsieur BENHAÏM, tel un épicier vérifiant sa comptabilité, pointait et repointait les présents pour n’oublier personne. Un cri collectif de libération salua le départ et nous regagnâmes le littoral en chantant comme un seul homme toutes les rimes en « A » de notre « pataouète »: « Faire un tour en pastéra, lança pour débuter Ferrer; et tout le car reprit en cœur: « c’est tata, c’est l’algérois.».

« Manger d’la calentita » cria-t-il à nouveau, amenant à l’unisson la même réplique:« c’est tata, c’est l’algérois.». « Monter la côte de la Bassetta », « La figa de ta ouella », toujours le même cœur avec les veines du cou prêtes à éclater: « c’est tata c’est l’algérois.» L’énergie débordante et les cris d’exaltation se calmèrent subitement lorsqu’à hauteur du stade Marcel Cerdan, nous fûmes pour un court instant muet d’admiration : le boulevard et la mer, côte à côte dans un joue-à-joue sinueux, déroulaient en perspective des cartes postales animées que nous commentions le nez collé à la vitre.

« L’Eden, l’Eden !oh! là-bas la « pastéra », regardez sur l'eau, la pastéra! » En contrebas de la route, un pêcheur souquait ferme pour rejoindre le palangre posé à quelques encablures de la plage déserte. Le voyage allait être long. Pour beaucoup plongés dans la fascination, les yeux écarquillés par tant de tableaux de maître, ils découvraient pour la première fois d’un piédestal mobile la beauté insoupçonnée de leur pays. L’émerveillement était à son paroxysme ; l’album de photos en couleur défilait en continu sur l’écran transparent qui avançait. Notre appétit de découverte n’imaginait pas enregistrer pour toujours dans nos mémoires de citadins, le charme exceptionnel de ce coin d’Algérie où la nature ne pouvait échapper à l’omniprésence de la mer. On venait de quitter Bab el Oued et la ville, et déjà, Saint-Eugène, posé comme un balcon sur le large, nous en mettait plein les yeux. Nos deux quartiers limitrophes, unis comme les doigts de la main, avaient en commun la protection divine de Notre Dame d’Afrique érigée en vigie au sommet de la colline. Entre Raïsville et le Parc-aux-Huitres, les façades des maisons blanches s’alignaient fièrement comme des amandiers en fleurs dans la pente qui longeait le boulevard surplombant les plages et les calanques. Les constructions se dressaient avec pudeur à l’abri du soleil et des regards, derrière des jardins arborés de figuiers et de néfliers. Les fenêtres fixées sur l’horizon azur cueillaient une vue imprenable ; elles semblaient se faire la courte échelle pour ne pas manquer une seconde de l’impacte des saisons. De ces nids de verdures embaumés de jasmin on ne pouvait rater les bleus que la mer étalait au cours de la journée : au bleu gris du matin succédait un bleu nacré qui annonçait à midi le triomphe du bleu turquoise. Dans le contraste des lumières de l’après-midi, un bleu lumineux se faufilait avant de faire place au bleu d’encre de la nuit. La permanence du sublime ne pouvait laisser indifférent. On aurait pu raconter Saint-Eugène à la manière d’un conte de fées bien réel, qui aurait pu commencer ainsi: « Il était une fois un village aux fleurs parfumées d’iode avec des balcons galbés de lilas suspendus, des vérandas drapées de cascades de bougainvilliers rouges violacés, et des terrasses écrasées de soleil avec des linges blancs claqués par le vent du large, donnant l’impression de saluer inlassablement le va-et- vient des marins». Les Saint-Eugènois étaient, sans le savoir, les acteurs d’une pièce de théâtre marine perpétuée depuis des générations où chaque matin un hymne à la joie les réveillait.

Les criques, les rivages de sable blond, les ilots s’enfilaient comme des perles, à la queue leu-leu sur tout le bord de mer. La beauté n’était pas radine, et à midi plein elle scintillait de mille éclats. En quelques virages, on était bien loin des agitations de notre faubourg, du brouhaha incessant du marché, du tintamarre grinçant des tramways et du vacarme lancinant des moteurs et des klaxons qui envahissaient de plus en plus nos rues. La liesse enfantine qui perdurait dans le car ne cessait de commenter à haute voix le déroulement du trajet: Sebaoun s’écria:« Raïsville, et un cornet de frites, chaud bien chaud! », Ben Malek enchaîna « Le stade, dimanche, quand Hamoutene il a marqué, on a crié «iiiiilllll’yyyyyééééé; les morts au cimetière ont bougé.», Ayache repris:« La salle des fêtes: pour le mariage de ma sœur, on a fait une bombe à tout casser.» Quittard lança: « Le Petit Bassin, ici putain, on fait des oursins maousse comme des assiettes », Solivérès renchéri: « Les Deux Chameaux : j’ai un copain, il nage sous l’eau, la tête sans respirer du Fauteuil au Charlemagne, d’un seul coup », Lozano s’enthousiasma: « Le Parc aux Huitres : mon père ici, il a attrapé un poisson gros comme une baleine », Labianca interrogea: « Ma parole, comment ta mère elle a fait pour le mettre dans le four ? », Amara expliqua :

« Lavigerie : le frère de mon copain, il a fait une pantcha du plongeoir de la corniche, il est resté mort dans l’eau un quart d’heure.» Dans l’excitation du parcours qui commençait, le groupe était intarissable et chacun voulait exprimer une part de son vécu ; comme tous les enfants, nous avions le sentiment d’être le nombril du monde.

L’euphorie se partageait de part et d’autre de la chaussée bitumée. Sur la droite, la brume matinale de l’été roulait des fumées opaques jusqu’aux limites de l’horizon. Comme un rituel, le soleil embrasait le large pour commencer la journée. La mer habillée dans sa tunique bleue clapotait inlassablement contre les rochers la douce mélodie des vagues entre l’Eden et les Bains Romains. De partout, des cabanons sobres et modestes, vaporisés d’embruns salés et agglutinés en grappe sur des éperons, se miraient dans les eaux dansantes comme par coquetterie. Ici, si ce n’était pas le paradis, il lui ressemblait beaucoup. Les ilots de Baïnem-falaise, dressés comme des remparts sur les eaux argentées, affrontaient allègrement l’écume de colère des tempêtes hivernales. La côte dans sa totalité s’ouvrait en toute innocence aux assauts de la haute mer. Dans le lointain du phare de Cap Caxine, des guirlandes de fumées noires suspendues dans le sillage d’un paquebot à destination de terres inconnues maculaient le ciel de rêves incertains. En traversant Guyotville, Jeandet, garçon malingre et rieur, déclara: « En août, La Madrague c’est une réserve de Peaux Rouges; y s’tape la gazouze les pieds dans l’eau et la tête coincée dans les baleines du parasol ». Les bavards de la classe avaient confisqué la parole et seuls les rois de la tchatche s’en donnaient à cœur joie pour exprimer le trop plein qui bouillait en eux. Le seul lieu connu de tous qui fit l’unanimité fut Sidi Ferruch, lieu mythique que fréquentait tout Bab el Oued lors d’excursions traditionnellement organisées les lundis de Pâques et de Pentecôte, ainsi que le 15 Août; le souvenir historique du débarquement de 1830 était loin de nos pensées, seule la forêt des plaisirs que l’on partageait en famille et entre amis depuis des générations avait un sens et les noms qui nous faisaient vibrer étaient: le Robinson, le Normandie, la plage Moretti, le vivier. Toutes les bourgades traversées déclaraient avec fierté leur union à la mer: Daouda-Marine, Fouka-Marine, Castiglione et son aquarium. Un sardinier de retour de pêche avec des hommes affairés sur un monticule de filets, franchissait la passe du port de Chiffalo, suivi par les cris d’une nuée de mouettes rieuses affamées. Le spectacle maritime sur notre droite, ne nous faisait pas perdre une miette de la vie rurale qui défilait sur notre gauche, de l’autre côté de la route.

La plaine côtière se découpait en damiers successifs de terres cultivées de légumes et d’agrumes protégées des bourrasques par des claies de roseaux et d’espaces caillouteux tapissés de buissons épineux, d’acacias sauvages et de végétation jaunie par la sècheresse. Quel contraste avec les jardins d’hibiscus rouges et d’iris bleus au centre des villages où la profusion de roses accrochées aux façades donnait aux maisons des allures de chars en compétition pour un corso fleuri.

La seule ombre au tableau de ce florilège d’images qui donnait à l’été ses couleurs de vacances, c’était l’usine des ciments Lafarge qui dressait dans le ciel de longues cheminées fumantes, juste dans la descente après le Casino de la Corniche en direction d’un petit joyau qui avait pour nom: la Pointe Pescade.

Mieux que dans un film, la bobine déroulait une magnifique pellicule de scènes et d’images avec en prime les couleurs de la réalité. A Zéralda, près des Sables d’Or, un groupe de travailleurs échangeait des rires complices et se désaltérait sous le jet d’une gargoulette à l’ombre d’un caroubier. Un peu plus loin, à la sortie de Tefeschoun, un char à banc se frayait un passage chaotique dans les ornières d’un chemin de terre et transportait des ouvriers agricoles enturbannés dans les champs. A l’orée du village de Bouharoun réputé pour son eau minérale, en bordure d’un champ de céréales, une moissonneuse-batteuse dissimulée dans un nuage de poussière, crachait en saccade des fumées pétaradantes et alignait alternativement sur le côté une botte de paille et un sac de grains. Un peu plus loin, dans les rangs de vigne qui épousaient la pente d’un coteau, un chasseur, fusil en bandoulière, dans le pas de ses chiens, avançait à découvert dans les mottes de terre encore humides de rosée. Partout des collines boisées de chêne-liège et de pins maritimes jouaient à saute-mouton de loin en loin dans la découpe du ciel immaculé ; elles préservaient un peu d’ombre dans la fournaise de cet été interminable traversé par la stridence des cigales. En somme de notre car transcendé par la liesse enfantine, nous assistions à rien de plus qu’à un moment de vie banale qui faisait notre Algérie et dans laquelle on était si bien. Comme dans n’importe qu’elle région du monde, une journée ordinaire chez nous, ne pouvait se défaire de l’ambivalence humaine à la fois fraternelle et égoïste où charme et disgrâce s’accorde avec pile ou face.

Seulement voilà, dès les prémices du printemps, la nature qui se pomponnait des couleurs de l’arc-en-ciel nous enivrait d’Algérie: les amandiers en fleurs badigeonnés de crème fouettée ouvraient le bal des émotions et la campagne dans un sursaut d’imagination répliquait avec la tâche rouge-sang des coquelicots qui, sous l’impulsion de la brise, dansaient au rythme d’une marche espagnole. Le ballet de jouvence se poursuivait avec le jaune cérémonie des boutons d’or qui scintillaient sous les rayons de midi comme des lucioles virevoltantes dans l’obscurité de la nuit. Le souffle d’un air tiède ondulait les tapis fleuris disséminés sur la nappe blonde des blés dans un mouvement perpétuel de va et vient tels le flux et le reflux de la vague le long de la grève. On pouvait penser que le Grand Architecte de l’Univers, artiste-peintre à ses heures perdues, sublimait ses émotions en gambadant sur la terre de chez nous. Le vent vorace inspirait à pleins poumon s l’envol des pollens et restituait avec générosité l’odeur des roses, du jasmin et du romarin qui s’imposait ici comme une marque de fabrique. Les coins enchanteurs de cette côte littorale appelée

« Côte Turquoise » se succédaient telle une pièce de théâtre en plusieurs tableaux où, les spectateurs charmés, espéraient que la fin n’arriverait jamais pour ne pas détruire le rêve éveillé qui les régalait.

De criques tourmentées d’à-pics aux étendues de sable fin parsemées d’algues séchées, de vignes aux raisins muscat gorgés de sucre, aux champs labourés de sillons à perte de vue, nous fûmes brusquement saisis dans le lointain entre Marengo et El Affroun, par des alignements d’orangers, de clémentiniers, et d’oliviers qui bordaient la plaine de la Mitidja. Soulevant dans l’autocar de l’admiration: « C’est immense! ça nous change du Beau Fraisier et de la campagne Jaubert ». Enfin, Tipasa parfumée d’embruns nous apparu dans un havre de beauté prodigieux bordé en tout lieu par le bleu nacré de la mer. Sur la gauche fermant l’horizon, le massif du Chenoua dressé en bouclier, préservait le port des caprices du vent qui désormais, forcissait et moutonnait la crête des vagues venant du large d’un diadème de première communiante. Nous étions cloués d’émerveillement comme devant un cadeau de Noël. Nous nous apprêtions à visiter un patrimoine de ruines et de monuments anciens figé dans un écrin de verdure que les « colonialistes Romains » (citation que les Berbères chrétiens et juifs ont dû employer à l’époque) laissèrent à la postérité dans notre pays.

L’excursion se fit au pas de course sous le chant stridulant des cigales que le vent colportait en blanchissant d’écume les caps de Sainte Salsa et du Forum. Les oiseaux en concert répliquaient leur partition à la cime des arbres, créant une ambiance de gaîté et de joie. Dans ce site majestueux embaumé des parfums d’armoise et de lentisque, les dieux Romains avaient probablement été, eux aussi, éblouis et fascinés par tant de beauté. N’étaient-ce pas des noces qui se célébraient aujourd’hui entre l’innocence de ces enfants venus de Bab el Oued et l’attrait sublime de cette nature éternelle. Quelques années auparavant un jeune écrivain, promis à un brillant avenir, Albert Camus, avait écrit: « Noces à Tipasa » comme un cri d’amour à toutes ces merveilles qui nous entouraient. Nous suivions Monsieur BENHAIM qui s’efforçait de nous intéresser à l’histoire de la Catacombe des Evêques, du Mausolée Circulaire, de la Grande Basilique Chrétienne, des Grands Termes ou de l’Amphithéâtre. Notre imagination sans borne nous faisait entendre les eaux en cascade de la fontaine de Nymphée et les cris de la foule enthousiaste dans le Petit Théâtre où le premier spectateur était la mer. Nous avions l’impression que le Cardo avec ses alignements de colonnes s’enfonçait dans la mer. Nous apprîmes en franchissant les portes des remparts protégeant la ville qu’à cette époque, Alger s’appelait Icosium et Cherchell: Césarée. La pause pique-nique se fit sur un quai du port où nous partageâmes

« omblettes de pon de terre », « cocas à la frita », « casse-croûte à l’huile frotté d’ail» arrosés d’un « sélecto Hamoud Boualem » et d’une limonade « Dédé ». Et l’incroyable c’était que le banc de pierres sur lequel on déjeunait avait mille huit cents ans. Nous formions un cercle attentif autour de notre maître d’école qui mêlait le geste à la parole pour mieux expliquer les évènements historiques de la période romaine. Cela n’empêchait pas les rangs arrières de se distraire, le nez levé au ciel pour suivre un vol noir d’étourneaux qui passait, ou cueillir à la hâte une poignée d’arbouses sucrées dans les genêts et les jujubiers sauvages qui jalonnaient le parcours. Monsieur Benhaïm , nous expliqua que notre pays avaitsubit, depuis ses origines, un mélange extraordinaire : « Mes enfants, nous dit-il, les véritables ancêtres de l’Algérie sont les Berbères ; ensuite se succédèrent des colonialistes de tout le bassin méditerranéen: Phéniciens, Numides, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Espagnols, Turcs et enfin nous autres les Français.»

Mon copain Djillali provoqua des rires en interrogeant : « Qui prendra le tour suivant ? »

La journée à Tipasa s’acheva par un léger détour à travers des champs plantés d’amandiers qui nous menèrent dans une solitude sauvage au sommet d’une butte où trônait un tas de pierres architectural impressionnant : le tombeau de la Chrétienne ; un monument de l’époque barbare qui témoignait des hautes valeurs du peuple Berbère. Le retour fut tout autre. Finie la chorale impromptue qui ébranlait le car ce matin avec des « plus vite chauffeur ! plus vite chauffeur ! plus vite ! » La fatigue était passée par là, et le ronronnement du moteur accompagnait la somnolence générale qui s’était emparée du groupe avant Bérard. Plongés dans la léthargie qui avait calmé les plus loquaces, nous revisitions dans nos pensées la page d’histoire de notre pays que nous venions de découvrir dans les pins et les tamaris aux troncs torsadés par le vent. Nous ne pouvions nous défaire de l’aquarelle de bleus lumineux accouplés à l’ocre des monuments qui s’était incrustée dans nos mémoires. Les pierres dressées, les arches, les arceaux et les colonnes Toscanes surmontées de chapiteaux à feuilles d’acanthe qui encadraient l’horizon et la mer, formaient d’incroyables tableaux suspendus aux cimaises de la féérie pour l’éternité.

A l’arrivée devant chez « Coco et Riri », Pappalardo lança : « Icosium, Icosium dernier arrêt, tout le monde descend », et les éclats de rires rappelèrent à nouveau la joie de vivre qui nous collait à la peau.

Après tant années, surtout les jours gris sous la pluie, je repense souvent dans le détail à cette admirable balade de lumière avec les camarades du CM2 sur la Côte Turquoise. La fresque sur Tipasa, imprimée à jamais dans ma mémoire, resurgit dans les nuits agitées par ma « nostalgérie » : je ne peux oublier la crête des vagues blanchies par le vent, le chant des cigales, l’odeur du jasmin et de l’armoise, les accents et les amitiés d'enfance. Je retrouve intacte la bravoure et l’humanité de Monsieur Benhaïm qui ce jour là avait délaissé son habille guindé d’instituteur pour devenir le père et l’ami de tous les élèves.

Vous imaginez l’émotion lorsque six ans plus tard, ayant intégré l’Education Nationale, je recevais ma nomination d’enseignant pour l’école de la rue Léon Roches dans le quartier qui m’avait vu naître. Je frappais à la porte du bureau du directeur pour me présenter. Je n’imaginais pas une seule seconde, que le Chef d’établissement qui allait m’accueillir était Monsieur BENHAÏM, le maître du CM2 qui avait contribué à célébrer à l'age de dix ans, mes noces indéfectibles avec Tipasa. Je retrouvais l’homme qui ne parlait pas avec la bouche mais uniquement avec le cœur. L’étreinte et l’émotion furent à la hauteur de l’estime que nous nous portions.

Nacéra ADDADAHINE

Le : 22/08/2012 09:09

Un jour de canicule à Alger.

La veille, il avait fait très chaud. Moi, je dirais comme tous les étés à Alger.

Mon père avait décidé de nous emmener à la plage de Sidi Ferruch le lendemain matin.

Nous avions aidé ma mère à préparer le cabas avec serviettes de plage, vêtements pour le change au cas où ainsi que les chapeaux.Les maillots nous les portions à la maison pour gagner un peu plus de temps soi-disant. Pour nous les filles c'étaient des maillots d'une pièce.

Dans les couffins en raphia nous avions mis toutes les victuailles et l'eau fraîche presque glacée dans des jerricans.

Mon père avait pris soin de vérifier la guitoune ainsi que la grosse bouée pneu noire.

Nous ne tenions plus sur place, impatients d'arriver et de passer une belle journée au bord de l'eau.

J'ai oublié de dire que nous étions quatre filles et trois garçons. Deux autres sont nés après.

<< Tout le monde est prêt? >>

Oui!!!! en choeur.

<< Vous n'avez rien oublié? >>

Non!!!

<< Allez en voiture! >>

C'était une Ondine de couleur vert clair.

Nous nous sommes mis en file indienne, du plus grand au plus petit.

Pourquoi??? Parce qu'il n'y avait pas de place pour tous.C'était toute une organisation. Les plus grands sur le siège et les plus petits et moins lourds sur les genoux des ainés.

Nous étions collés les uns aux autres comme des sardines en boites.

Ma mère avait pris place devant, à côté de mon père. Il lui arrivait parfois de mettre le plus jeune sur ses genoux.

Oui! La ceinture de sécurité n'existait pas à l'époque.

A peine avions nous démarré qu'il fallait s'arrêter pour faire le plein d'essence à la station de la Consolation en face du stade Cerdan.

La voiture redémarrait et nous nous mettions à chanter des refrains de chansons apprises à l'école ou des chansons en vogue.

Parfois nous demandions à notre père de doubler les voitures. C'était un jeu pour nous. Il ne le faisait pas souvent nous expliquant que c'était dangereux.

Lorsqu'il apercevait au loin un contrôle de gendarmes, il demandait à ceux qui étaient sur les genoux de se baisser pour éviter la contravention.

Sidi Ferruch n'étant pas très loin de Bab El Oued, nous arrivions en peu de temps.

Parvenus à destination, mon père garait sa voiture. Nous l'aidions à transporter couffins et autres...

Aux environs de onze heures, la plage grouillait de monde. Il ne s'y attendait pas.Nous déposions nos affaires sur le sable brûlant et mon père accompagné de l'un de mes frères est allé à la recherche d'un endroit discret, je dirais protégé de la vue des autres.

Hé oui! Haramète ( respect s'il vous plait ). Il ne fallait pas que les hommes z'yeutent sa femme et ses filles. Il trouva tant bien que mal un espace qui ne convenait pas mais il n'avait pas tellement le choix.

Le clou de l'histoire est là: A l'instar de Zina et Bouzid dans la bande dessinée " Zid ya Bouzid ", Zina (ma mère) était affublée d'un voile blanc en soie ( Haïk ). Elle attendait que Bouzid ( mon père) plante la guitoune. Nous étions à ses côtés, sous un soleil de plomb et une chaleur écrasante.

Nous voilà sous la tente ( ma mère et les filles )pour une séance de sauna tandis que mon père et mes frères profitaient des bienfaits de la mer. Pour nous la baignade avait été interdite; nous avions entre huit et quatorze ans voir un peu plus. Je vous laisse deviner.

Après le bain de mer et le ventre criant famine, ils se sont rassasiés.

Nous ne voulions pas leur adresser la parole car nous étions vexées et déçues.

Voyant que nous étions fâchées, mon père nous proposa de finir la journée à la forêt de Sidi Ferruch.

<< Allez les garçons encore une petite baignade et on s'en va.>>

Quinze heures, nous plions bagages et nous partions pour la forêt .

Les années suivante, il louait avec ses frères et soeurs un cabanon à Surcouf. Nous nous retrouvions avec cousins, cousines, oncles et tantes. Heureux, heureuses de partager de délicieux moments.

André TRIVES

Le : 12/06/2012 09:12

LA LANGUE DE CHEZ NOUS...

Le 27 juin 2012 à Rognes nous avons retrouvé une richesse perdue. S'agissait-il d'or ou d'argent ? De châteaux ou de palais ? De placements bancaires ou de pierres précieuses ? Evidemment, rien de tout cela. Le trésor inestimable perdu en 1962,et retrouvé au Grand Saint-Jean, c'était notre langue. Un patrimoine commun qui s'héritait sans droit de succession et qui avait l'avantage de nous réunir en une seule et même famille.

Notre accent inimitable nous était enseigné dès l'école. Nos maîtres avaient inventé la vidéo orale. Avec de grands gestes ils dessinaient dans l'espace la place de l'abscisse et de l'ordonnée en géométrie.

Nos mères n'étaient pas en reste. Pour convaincre, elles utilisaient sans le savoir,le symbole et la métaphore. Par exemple, lorsque son enfant s'agitait tout le temps, une mère du monde entier aurait dit ; " Paulo, attention, tu vas salir ta cuissette neuve ! " Mais pour une mère de Bab el oued, culotte neuve ou pas,elle criait à son petit démon : " C'est ça mon fils, pourris-toi bien, ta mère elle fera la bonne..." Sans parler du mur qui chez nous avait le pouvoir de " t'en redonner une autre ".

Notre langue était destinée a être comprise de tous les locaux, et en ce sens, nous la voulions un tantinet universelle, car pour nous l'Univers avait son centre place des Trois Horloges.

C'est dans le tram qui emportait chaque matin les travailleurs en ville, bourré de Français, d'Arabes, d'Italiens, d'Espagnols, de Juifs, de Musulmans, de Chrétiens ou pas, que notre langue trouvaient ses tournures et ses néologismes.



Ainsi, elle était devenue la langue de chez nous, la langue de la Tour de Babel...oued évidemment!

En hommage à nos parents, nous ne pourrons jamais l'oublier.

André TRIVES

Le : 28/05/2012 07:53

Hier 27 mai 2012, sous la houlette de l'Association des Anciens et Amis de Bab el oued (ABEO), les enfants de notre cher quartier s'étaient donnés rendez-vous à l'abri des feuillages du Grand St-Jean à Aix en Provence. Une journée ensoleillée avec des coeurs tristes : cela fait 50 ans que l'on a quitté dans les larmes notre beau pays d'Algérie. A midi, autour des Trois Horloges reconstituées, et au cours d'une émouvante minute de silence, nous nous sommes souvenus de notre vie de la-bas, de nos chers parents abandonnés dans le cimetière de St-Eugène, de nos matins baignés de soleil, de nos parties de foot "en bas la rue", de l'odeur de la mouna à Pâques,de nos sorties en excursion à Sidi Ferruch, de l'amitié de nos voisins dans les maisons aux portes d'entrée toujours ouvertes, de la photo en communiant prise sur le parvis de Notre-Dame d'Afrique, de notre passion pour le cinéma vécue le dimanche après-midi en famille, de la volée de cloches de l'église St-Joseph les dimanches matin, du beignet arabe et de la calentita qui l'huilait nos mains d'enfants, des baisers dans le cou de nos mamans, des fêtes religieuses : Yom Kippour, le Ramadan ou la Noël qui mettaient en joie tout le quartier...

A l'issue de ce moment d'émotion qui nous ramenait 60 ans en arrière, spontanément comme l'expression d'un patrimoine commun à protéger jusqu'à notre mort, retentissait le chant des Africains. Jusqu'à plus de souffle nous revendiquerons ce droit d'être des Français d'Algérie et parce que le mot Algérie a été inventé par la France, j'ajouterai aussi que nous sommes des Algériens français.

Je faisais remarquer il y a quelques années que les ondées qui arrosaient les réunions annuelle de l'ABEO, c'étaient nos absents venus en masse se rendre compte de ce qu'étaient devenus leur progéniture. Eh bien, hier le miracle s'est reproduit : vers 14 h, le ciel s'est assombri et une pluie douce et rafraichissante nous a carressés le visage un court instant. Nul doute, ils étaient là avec nous pour nous dire " enfants de Bab el oued, continuez à préserver notre mémoire, la seule richesse qui nous reste"

Bravo et mille merci à ces bénévoles de plus de 70 ans qui chaque année depuis 30 ans perpétuent notre bien le plus précieux : LA FRATERNITE.

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